Dans un long argumentaire commun, l'ASBL Ramur ( http://ramur.be/) et le Collectif Parc Léopold ( https://www.facebook.com/NamurParcLeopold) démontent les affirmations du collège communal namurois à propos du projet de revitalisation de l’îlot Léopold. Ces deux organisations dénoncent tout à la fois la perte d'espaces publics au profit d'intérêts financiers privés, l'irresponsable gestion environnementale au niveau communal, le mépris affiché par la majorité politique pour l'opinion de sa population, l’obstination et le manque de recul en matière urbanistique. Elle craignent en même temps un risque de déstructuration brutale et durable de la fonction commerciale historique de la vieille ville.

Perte d'espaces publics au profit d'intérêts financiers privés

On dispose actuellement d'un potentiel de près de 57 000 m² d'espaces publics accessibles gratuitement. Le projet actuel réduit l’espace public à une succession de trottoirs et d'un escalier monumental d'une superficie approximative de 2200m². "Vouloir qualifier d'espaces publics de rencontre et de convivialité, des escaliers et des trottoirs, certes élargis, mais dédiés aux déplacements des piétons relève de l'ironie. Les fonctions libres d’accès et gratuites qu’offraient le parc Léopold pour s'assoir ou se reposer, se mettre à l'ombre ou à l’abri du bruit de la circulation, ou même laisser jouer les enfants, seront perdues ou partiellement déportées vers des espaces Horeca payants", estiment le Collectif et Ramur pour qui il est mensonger de présenter le projet comme un nouveau quartier: "L'accès à la partie centrale n'est autorisé qu'aux conditions imposées par le propriétaire comme la fermeture hors horaires commerciaux et selon des conditions de circulation et sécurité assurées par lui-même. De toutes les manières, les parties accessibles au public ne permettront aucune des fonctions dédiées habituellement à l'espace public, détente, pique-nique, jeux d’enfants, etc."

Gestion environnementale irresponsable au niveau communal

Pour les deux organisations, le projet présenté est la suite logique d'une gestion de ville totalement déconnectée de l'urgence environnementale, de la perte vertigineuse de biodiversité à tous les niveaux et de la crise sanitaire que nous traversons. Notamment parce qu'il s'implante sur le dernier espace arboré de l'hyper centre ville sur lequel sont présents des arbres en tout point remarquables et qu'il propose un parking voitures de 900 places, ce qui va à l'encontre de toutes les tendances volontaristes en matière de mode de déplacements doux et de réduction des gaz à effet de serre. Ce choix est d'autant plus aberrant que la qualité de l'air en ville est très moyenne, surtout aux heures de pointe, et que ce projet va induire 4000 mouvements de voiture supplémentaires alors que sur ce même axe de pénétration, la ville a installé en périphérie un nouveau P+R censé décourager l'entrée des véhicules en centre urbain. Ce P+R est resté quasi désert depuis son ouverture.

Selon elles, le projet est un pur produit de greenwashing poussé à l'extrême (NDLR: Le greenwashing (éco-blanchiment) est une méthode de marketing consistant à communiquer auprès du public en utilisant l'argument écologique. Le but du greenwashing étant de se donner une image éco-responsable, généralement trompeuse et pouvant être assimilé à de la publicité mensongère). En effet, sur les illustrations présentées, la majorité des plantations proposées au sein du bâti le sont dans des pots ou bacs de dimension variable. Aucune structure ne laisse entrevoir la possibilité de plantation en pleine terre, seul gage d'un développement conséquent de la végétation. Le projet n'est pas en mesure de proposer une végétation apte à remplir les fonctions attendues habituellement d'un espace arboré alors même que la densification de l'activité humaine sur le site nécessiterait une augmentation de son potentiel en terme de capacité d'ombrage, de réduction de la température ou de la capacité d'amélioration de la qualité de l'air, entre autres.

Enfin, l'argument de compensation par la création d’un parc sur le site actuel de l’Espena, qui justifierait l'éradication de la zone végétalisée du parc Léopold est aberrant. La transformation de ce site en zone de parc est une hérésie financière, écologique et énergétique. Son achat (2,1 millions d'euros) et son aménagement vont nécessiter des fonds importants supportés par les citoyens, et les diverses nuisances engendrées par l'excavation, la démolition des structures militaires, la dépollution et l'apport de matériaux propres aux plantations vont induire une pollution que ne compenseront jamais les nouvelles plantations projetées. S'il s'avérait utile de développer un projet immobilier, c'est sur ce site qu'il aurait été intéressant de le faire et non sur l'espace Léopold.

La majorité politique méprise l'opinion de sa population !

Alors même que la majorité politique propose un échevinat de la participation, cette majorité affiche le plus total mépris pour l'avis rendu lors de la consultation populaire qui demandait la restauration et le maintien de l'espace parc Léopold, lancent Ramur et le Collectif.

Le comité de conciliation instauré au terme de cette consultation n'aura été qu'une manœuvre de manipulation qui s'est répétée lors du groupe de co-construction pour l'espace Léopold que 4 associations (dont le collectif et l'association des commerçants) ont quitté tant la manipulation des participants s'était révélée évidente. Néanmoins et alors qu'une abondante référence est faite sur les conclusions de ce groupe pour justifier certains aspects du projet actuel, il est affligeant de constater que toutes les recommandations qui gênaient le promoteur ont été totalement ignorées: les espaces publics doivent être les éléments structurants du projet; nécessité d’intégrer le projet dans une réflexion macro en matière d'espaces verts, de paysages et de biodiversité, etc.

Obstination et le manque de recul en matière urbanistique

Pour les deux organisations, la vision globale du futur de cette ville ne passe que par sa densification immobilière et par ricochet l'augmentation de sa population (résidentielle ou professionnelle), sans prise en compte des besoins de cette nouvelle population en termes d’espaces partagés et de qualité de vie. Le facteur humain est donc entièrement oublié au profit d'intérêts financiers à court terme des promoteurs privés. "Comment qualifier de logement de “qualité “ un appartement dont la terrasse donne sur une structure ferroviaire hyper active et extrêmement bruyante de jour comme de nuit et une passerelle de bus? Dans le même ordre d’idées, la rue Borgnet devient un couloir incroyablement sombre, la construction de logements de qualité ayant donc pour conséquence de dégrader la qualité de logements existants. En outre, l’harmonie des superbes bâtiments (hôtel Bibot) du rond-point Léopold est complètement écrasée par le bâti proposé".

"La pandémie COVID-19 accélère tellement de mutations dans nos sociétés qu'il est à ce stade impossible d'en tirer toutes les conséquences; elle devrait inciter tous les décideurs à se laisser le temps d’intégrer l’impact COVID dans tous leurs projets structurants, a fortiori quand ces projets s’inscrivent dans le temps long nécessaire à l’évolution d’une ville ancienne", ajoutent les signataires de l'argumentaire. "A l’inverse, le promoteur peut lui se contenter d’un horizon d’investissement beaucoup plus court, puisque le projet entier sera revendu peu après son inauguration. Il a intégré l’incertitude liée au COVID en prévoyant une réversibilité des différentes fonctions (commerce / bureau / résidentiel), qui lui permettra d’adapter sa configuration aux conditions du marché lors de la revente du projet dans 4 à 5 ans."

Un risque de déstructuration brutale et durable de la fonction commerciale historique de la vieille ville

Pour l'ASBL Ramur et le Collectif Parc Léopold, la diminution de la superficie commerciale de 23000 à 18000 m² par rapport aux projets précédents est une affirmation fausse. "On mélange les superficies nettes et brutes pour faire croire à une diminution de la superficie commerciale. Ce projet de 18.000m² représente un apport de superficie commerciale supplémentaire de 25% par rapport à la situation existante à Namur à laquelle il faut encore ajouter les superficies dédiées à l'Horeca et aux services."

Les promoteurs locaux contactés par le collectif s'accordent sur le fait que cette superficie commerciale va sensiblement impacter l'activité commerciale du centre et du bas de la ville. L'argument des 200 m² censés limiter les transferts d'enseignes du centre ville vers le centre commercial est fallacieux. En effet, une étude note que les grandes enseignes présentes à Namur occupent des superficies nettement moindres que celles occupées dans d'autres villes ; on peut donc supposer qu'elles profiteront de leur transfert pour adapter celles-ci à la hausse. De nombreuses cellules vides sont présentes à Namur et les nouvelles implantations avenue de la gare et rue de Fer (notamment : Actibel sur ex-magasins Optique Dieu) ne trouvent pas d'acquéreurs, certains chantiers sont à l'arrêt, comme l'ancien cinéma Eldorado, ce qui dément le fait que certaines enseignes souhaiteraient quitter Namur par manque de place. "Il nous revient également que plusieurs commerces souhaitent mettre fin à leur bail commercial ou conditionnent leur maintien dans les locaux à une baisse importante du montant de leurs loyers."

Plus de 70 enseignes présentes à Namur ont déjà des implantations dans des centres commerciaux hors Namur et pourraient donc se montrer intéressées par un transfert ; le déplacement d'une partie d'entre elles (et notamment des enseignes dites " locomotives") impacterait durement l'activité commerciale du bas de la ville.

Enfin, ajoutent Ramur et le Collectif, comme l’exemple du centre commercial Rive Gauche à Charleroi l’a démontré, concentrer l’attractivité sur un îlot de prospérité autonome a imposé au quartier de la Ville Basse une mutation brutale dont il mettra une génération à se relever...