De nombreux témoignages ont été collectés dans le cadre de la "Prison Walk", dont celui de Blaise Pascal, libéré de prison en septembre 2020 après plusieurs années de détention. Il s’est livré sur plusieurs sujets, à commencer par celui du confinement. "Lorsqu’on est privé de liberté, on se retrouve déjà en dehors de la société, mais là cela a été une rupture brutale de tous les contacts sociaux. J’avais reconstruit des liens avec six personnes et, du jour au lendemain, ils ont disparu. Or, c’est la seule chose à laquelle on s’accroche et qui nous permet de tenir. Le pire, c’est qu’on s’est tenus informés via les médias, nous n’avons jamais reçu aucune explication de la part de l’autorité pénitentiaire. Pour tant, au mois de juillet, à Andenne, on a vu que les visites pouvaient se faire dans de bonnes conditions, avec deux mètres de distance, le port du masque et un contrôle de température."

Blaise a pu malgré tout se créer des espaces de liberté et occuper son temps, mais toutes les personnes n’en ont pas la capacité. "J’ai écrit et j’ai beaucoup lu mais beaucoup de détenus ont des addictions. La drogue et les médicaments, cela permet de beaucoup dormir. Ils ne dérangent personne, alors l’établissement les laisse tranquilles."

La possibilité de travailler a également disparu. "C’est une occupation et cela permet de se faire un peu d’argent, même si, en étant payé 0,80 euro de l’heure, on ne va pas très loin, surtout quand on sait que pour avoir une TV il faut débourser 25 euros par mois. On reçoit trois repas par jour et de l’eau mais c’est tout. De temps en temps, on peut avoir l’envie de s’acheter d’autres produits, même s’ils coûtent 30 % de plus que dans les commerces les moins chers."

Blaise a donc maintenant retrouvé la liberté et ses marques mais il estime ne le devoir qu’à lui-même et aux contacts qu’il a réactivés. "La prison, elle ne t’aide pas, elle se contente de te parquer dans 9 m². C’est un système qui tourne fou et qui est en pleine dérive autoritaire", conclut-il froidement.

“Enfermer n’a jamais rien réglé”

Demain, je sors, c’est le titre d’un documentaire réalisé à la prison d’Andenne par Daniel Nokin il y a un peu plus de quatre ans. Il avait alors pu recueillir le témoignage de détenus. “Un jour ou l’autre, ils sortent de prison et ils ont des espoirs et des attentes”, confie l’ancien journaliste de RTL. “Or, aucune aide n’est mise en place dans les institutions pendant leur séjour. On se contente de les mettre hors d’état de nuire mais on ne règle rien. Que du contraire, lorsqu’ils sortent, le risque de récidive est énorme.” Le manque de moyens financiers serait une fausse excuse. “On va construire une mégaprison de 1 000 places à Haren alors que la logique serait de créer de petites structures. Enfermer, cela coûte cher, il faut un gardien pour un détenu. Il serait plus intelligent de trouver des solutions plus humaines.”

Grégory Piérard