Le tribunal correctionnel de Namur a prononcé mercredi une peine de prison de 5 ans assortie d’un sursis probatoire de 5 ans et une amende de 12.000 euros à l'encontre de René Tonneaux, ancien comptable à l'office wallon des déchets, et une peine de 5 ans de prison assortie d’un sursis probatoire de 5 ans à l'encontre de son épouse.

Au civil, les 2 prévenus doivent rembourser à la partie civile, la Région wallonne la somme de 2.043.722 euros dont 936.000 euros à charge de la prévenue. Le tribunal a constaté le dépassement du délai raisonnable dans le dossier, sans quoi des peines de prison fermes auraient pu être infligées aux prévenus, et a considéré que l’épouse de René Tonneaux, qui a perçu près d’un million d’euros en 9 ans, ne pouvait ignorer l’origine illicite des fonds que lui versait son mari.

Dans son jugement, le tribunal souligne la gravité des faits, notamment le fait que la confiance placée en un fonctionnaire ait été trahie et que des fonds publics aient été détournées à des fins de consommation, via des faux en écriture. Une "violation des valeurs cardinales de la vie en société" est évoquée.

Des préventions de détournement par fonctionnaire, de faux et d'usage de faux, de blanchiment et de recel étaient reprochées au couple.

René Tonneaux, âgé aujourd'hui de 70 ans, était accusé d'avoir détourné une somme de 2.043.722 euros entre 2007 et 2016. Le prévenu créait des faux au niveau des journaux d'achat et des d ocuments comptables afin de dérober d'importantes sommes, qui étaient versées sur ses comptes, ceux de son épouse ou de sa belle-mère puis retirées en liquide. Elles servaient également à acheter des cartes de débit prépayées afin de financer des voyages, des sorties au restaurant ou des achats de luxe. Ces factures "gonflées" échappaient à la vigilance de la Cour des comptes qui vérifiait l'affectation de certaines sommes mais pas leurs montants.

C'est en 2016, après l'informatisation du service, qu'une employée a découvert un versement de 52.000 euros de l'office wallon des déchets vers le compte de René Tonneaux. Questionné, le prévenu déclarait le 2 juin dernier: "Je ne vais pas nier l'évidence. Nous avions des problèmes d'argent et j'ai fait cela la première fois sur un coup de tête. La banque nous avait dit que nous étions foutus. Je touchais 1.900 euros par mois. La première fois, je me suis dit que j'allais prendre et rembourser."

L'épouse de René Tonneaux, également prévenue, affirmait qu'elle n'était que vaguement au courant des problèmes d'argent. "Nous fonctionnions à l'ancienne. Je ne gérais pas l'argent. Il m'a dit un jour qu'il avait gagné au Lotto et de ne plus me tracasser pour nos problèmes financiers. Je n'ai pas cherché à savoir combien. J'ai découvert tout cela à la télévision quand il a été arrêté. Il me donnait bien une dringuelle de temps en temps. Mais j'ignorais l'origine des fonds et ce qu'il avait fait."

Me Wilmotte, avocat de la Région wallonne, constituée partie civile, réclamait le remboursement des sommes détournées. "Il est désagréable d'entendre René Tonneaux se poser en victime de sa situation financière. Avoir falsifié des documents et avoir détourné l'argent public ne semble pas lui poser de problème. L'argent était là et il s'est servi et n'a rien remboursé depuis. Il a abusé de la confiance de la Région wallonne et l'a trahie."

Le parquet de Namur soulignait la durée de la période infractionnelle, la hauteur des montants détournés et le fait que les actes du prévenu ruinent la confiance dans les fonctionnaires publics, tout comme l'absence de remords, de regrets et de remboursement dans le chef des prévenus, qui ont spolié la collectivité pour leur seul plaisir personnel. La défense de René Tonneaux plaidait une peine assortie d'un sursis, mettant en avant les aveux du prévenu et l'ancienneté des faits. Le conseil de l'épouse de René Tonneaux demandait l'acquittement, estimant que sa cliente n'était pas au courant de l'origine des fonds et qu'elle ne peut donc être condamnée pour blanchiment et recel.