La prévenue a aussi harcelé ses voisins pendant 10 ans : ils ont fini par déménager

Annie (prénom d’emprunt), née en 1959, devait répondre le 17 janvier devant le tribunal correctionnel de Namur de préventions d’entrave méchante à la circulation, de coups ayant entraîné une incapacité de plus de 4 mois sur une personne vulnérable, de menace, de harcèlement et de calomnie.

La scène qui concerne l’entrave, les coups et les menaces se déroule dans les alentours du rond-point des 3 clés à Gembloux et oppose la prévenue, ancienne conductrice de bus, à une dame âgée de 79 ans au moment des faits. L’une des deux protagonistes serait passée devant l’autre à cet endroit. Un appel de phare ou du moins la mise en route de ceux-ci par la victime aurait semble-t-il mis le feu aux poudres. Dépassement, brusques coups de frein, la tension est montée. Annie a alors suivi sa victime jusque chez elle. Après lui avoir bloqué le passage de son habitation, elle l’a menacée de représailles de la part de son fils avant de lui donner un coup de pied qui a fait tomber la dame âgée, qui s’est cassé le poignet droit. Annie est alors remontée dans son véhicule en laissant sa victime au sol.

Interrogée par la police, la fille d’Annie, présente dans la voiture, confirmera bien les coups portés par sa mère. "Elle a dit ce que les policiers voulaient qu’elle dise." La prévenue n’en démord pas : dans cette affaire, elle est victime et n’a pas levé la main sur la senior. "Je ne me suis jamais battue de ma vie, je ne sais même pas comment on fait."

Me Meurice, avocate de la partie civile, fulminait lors de l'audience de janvier : "Le rapport psychiatrique de la justicière du rond-point de Gembloux est hallucinant : elle minimise ses gestes et est profondément ancrée dans la victimisation. Ses auditions sont un ramassis de mauvaise foi. Elle a pisté ma cliente jusque chez elle, rendez-vous compte ! Comme une folle furieuse, elle a tenté de l’empêcher de rentrer chez elle avant de la frapper et dira par la suite qu’elle ne s’était pas rendue compte qu’elle avait une dame âgée en face d’elle."

Mettant en avant le stress post traumatique de sa cliente, l’avocate demandeait une somme de 2500 euros à titre provisionnel et la réalisation d’une expertise.

La prévenue était également accusée d’avoir harcelé pendant 10 ans ses voisins, qui ont fini par déménager. Et de réitérer les mêmes comportements avec les suivants. On lui reprochait de les interpeller sans cesse, de les suivre en voiture, de crever le ballon des enfants, de mettre de l’herbicide dans les parterres,… Pour l’ensemble de son œuvre, le parquet réclamait 2 ans de prison à l’encontre de la prévenue, sans s’opposer à un sursis probatoire comprenant un suivi psychiatrique strict ainsi que la saisie du véhicule.

L’avocat de la prévenue demandait l’acquittement pour les faits de coup, aucun témoin ne pouvant les confirmer, et la suspension probatoire du prononcé de la condamnation pour les autres préventions.

Le tribunal a rendu son jugement ce vendredi. Il tient notamment compte du caractère répétitif des faits, le mépris du respect de l'intégrité physique d'autrui. La suspension du prononcé de la condamnation demandée par la défense de la prévenue a été écartée, étant donné l'absence de prise de conscience par celle-ci de l'inadéquation de son comportement. Le tribunal prononce donc une peine de prison de 2 ans assortie d'un sursis de 3 ans pour ce qui excède la détention préventive déjà effectuée. Au civil, la dame de 79 ans obtient une somme de 2500 euros à titre provisionnel. Un des voisins harcelés obtiendra pour sa part 3000 euros de dommage.