Namur Un ancien policier a tiré avec son arme à la kermesse de Bonsin. La victime a frôlé la mort.

Les faits remontent au 11 novembre 2014 à la kermesse de Bonsin. Kévin Hougardy, originaire d’Erezée, a failli perdre la vie alors qu’il rentrait chez lui. L’homme a été la cible d’un coup de feu porté par Quentin D., ancien policier, revenu à la soirée après en avoir été mis dehors avec son frère Emmanuel. Leur procès a débuté ce mercredi matin au tribunal correctionnel de Dinant. On parle, entre autres, de tentative d’assassinat.

Les faits se sont produits en plusieurs temps lors de cette soirée sous chapiteau. Notamment par une bagarre dans laquelle les deux frères étaient impliqués. Selon Quentin D., une discussion qu’il a voulu avoir avec le papa d’un enfant qui était dans la même école que sa fille a viré aux insultes. "On nous a conseillé de quitter les lieux mais mon épouse ne voulait pas, on se plaisait bien. Plus tard dans la soirée, quelqu’un m’a maintenu par l’arrière pendant que d’autres personnes tabassaient mon frère devant moi. J’ai réussi à me libérer et à intervenir", poursuit Quentin D.

Persona non gratta, les deux frères ont rejoint leur domicile, ivres et contrariés par ce qu’ils venaient de vivre. Une des épouses les chauffant au passage au leur disant qu’ils "n’avaient pas de couilles". Les deux frères ont décidé de retourner sur place, armés de l’arme de service de Quentin D. (un P40) et d’un autre pistolet, un Glock 17. "Mon arme de service était chargée, l’autre non", a précisé Quentin D.

Alors qu’ils se trouvaient à proximité du chapiteau, Emmanuel D. a sorti son Glock. "Le viseur laser s’est enclenché automatiquement. J’ai joué avec comme un gamin." Le point rouge lumineux s’est alors retrouvé sur le dos de Christopher Detraux, qui quittait les lieux en compagnie de Kévin Hougardy. "On pensait que c’étaient des enfants qui jouaient avec. Il faisait noir. A la troisième fois, on a voulu aller leur dire d’arrêter puis on s’est retrouvé à 5m des deux frères qui avaient chacun une arme pointée sur nous", explique Christopher Detraux qui a ensuite eu un geste fou. "J’ai avancé et j’ai pris le canon de l’arme de Quentin et l’ai mis sur mon front en lui disant qu’il tire, qu’il allait tout perdre. Il m’a alors mis un coup au niveau de l’arcade." C’est alors que Kévin Hougardy est intervenu. "J’ai cru qu’il allait lui tirer dessus. Je lui ai mis un coup de pied pour le dégager. Il s’est avancé vers moi, m’a regardé et m’a tiré dessus à bout portant", explique la victime.

Quentin D., lui, dira que le coup de feu est parti accidentellement après avoir essuyé une série de coups de pied. Réquisitoire et plaidoiries de la défense sont fixés au 13 novembre.

La vie de Kévin Hougardy s’est jouée à quelques minutes. Et centimètres.

Les deux victimes gardent logiquement des séquelles de cet événement peu banal. Kévin Hougardy le reconnaît, sa vie ne tenait qu’à un fil cette nuit-là. “Quand il m’a tiré dessus, je me suis effondré. J’ai appuyé sur ma blessure comme je le pouvais et je disais à Christopher d’appeler le 112. En tant qu’ancien ambulancier, je savais que chaque minute comptait. Je suis resté conscient en attendant les secours. Les 20 minutes d’attente m’ont paru des heures”, explique la victime qui a ensuite été placée dans le coma artificiel et hospitalisée en soins intensifs à Aye. “J’ai eu le colon perforé et on m’a retiré 80cms d’intestin (NdlR : la balle a frôlé le foie et la colonne vertébrale). J’avais une chance sur 80 de m’en sortir car je souffrais d’une hémorragie interne. Si les secours étaient arrivés dix minutes plus tard, je ne serais plus ici. J’ai encore des séquelles psychologiques. J’ai fait deux séjours psychosomatiques de dix jours car j’ai des problèmes pour trouver le sommeil. J’ai un ulcère à l’estomac et je fais de l’eczémas chronique et je vois encore régulièrement un psychologue.”

Ce mercredi matin, Kévin Hougardy a été conforté dans son idée lorsqu’il a entendu les explications livrées par les prévenus. “Je me suis longtemps demandé si j’allais pouvoir avoir un peu de compassion pour eux mais ce n’est pas le cas. Depuis ces faits et encore ce mercredi, je n’ai entendu aucun regret, reçu aucune excuse. Quand j’entends que Quentin D. parle de coup accidentel, c’est du dégoût que je ressens.”

Son ami, qui a assisté à la scène et qui a été blessé à l’arcade, souffre lui aussi de séquelles psychologiques.

S.M