"Ils faisaient un maximum d’argent avec des chantiers en un minimum de temps, avant de diviser les bénéfices et de disparaître."

Ce mercredi, Patrick B. devait répondre du blanchiment de près d’un million et demi d’euros devant le tribunal correctionnel de Namur. C’est la somme qui a transité par ses comptes entre 2010 et 2011. Et pourtant, il affirme n’être au courant de rien. "Seriez-vous le pigeon de l’histoire ?", lui demande le président. "Certainement", répond-il.

C’est en compagnie de 2 autres personnes, qui faisaient défaut devant le tribunal, que Patrick, 58 ans a décidé de relancer la société Belgica Construct. "On s’est lancés dans le domaine de la construction et ils voulaient tout m’apprendre. J’étais le gérant". C’est à ce titre que la signature de Patrick apparaît sur de nombreux faux : 7 fausses fiches de paie, 10 fausses factures, de fausses attestations destinées à un secrétariat social, des faux statuts de cession de parts… C’est également par ses comptes que transitaient de grosses sommes d’argent. Celles-ci provenaient de chantiers effectués par la société, qui n’avait qu’une boîte aux lettres située impasse des Ursulines à Namur, et servaient à payer en liquide la quarantaine d’ouvriers qui ont travaillé sur les chantiers alors qu’ils étaient déclarés au chômage durant cette période. Les retraits en liquide pour payer le travail frauduleux se sont multipliés, certains avoisinant les 170.000 euros. Outre le fait que le prévenu ait fait aveu tardif de faillite et qu’il n’ait pas collaboré avec le curateur, on lui reproche de ne pas avoir tenu de comptabilité, d’avoir perçu indûment près de 20.000 euros d’allocations de chômage, mais aussi… de ne pas avoir signalé le décès de sa maman afin de toucher pendant 2 ans des allocations de chef de famille.

"Je ne suis pas au courant de 90 % des choses dont vous me parlez. Ce sont les deux autres qui faisaient tout, je signais des papiers quand on me le demandait, je n’avais plus la maîtrise de rien, je n’ai rien détourné. On me demandait de retirer l’argent de mon compte pour faire les enveloppes destinées aux ouvriers. Je ne me suis pas enrichi. L’argent passait par mon compte mais était aussitôt retiré. Je n’ai plus aucun document de cette époque, un des deux autres a tout pris. Qui a signés les documents ? Sûrement moi."

Le curateur de la société réclame le remboursement de 550.000 euros à titre provisionnel afin de payer des fournisseurs et des débiteurs institutionnels.

Le substitut Debelle réclame une peine de travail de 140 heures pour le prévenu, 1000 euros d’amende, des confiscations pour près d’un million 500.000 euros et une interdiction professionnelle de 5 ans. Pour celui qui était vraisemblablement l’instigateur des faits, absent à l’audience, un an de prion est demandé. "Nous avons ici affaire à des négriers de la construction, qui œuvrent au mépris de la légalité en essayant de faire un maximum d’argent avec des chantiers en un minimum de temps, avant de diviser les bénéfices et de disparaître. Dans ce cas, des montants colossaux ont été engrangés sur une courte période. Patrick B. faisait office d’intermédiaire, il n’est pas crédible quand il dit qu’il ne sait pas ce qui se passait. Il n’était pas une simple marionnette : la plupart des documents sont rédigés par ses soins." Plaidoiries le 25 mars.