Cindy et son compagnon Daniel vivent un cauchemar depuis la fin mai 2021. Et celui-ci n’a pas encore pris fin. Pire, il a pris une autre tournure il y a quelques jours.

Ce couple a fait l’acquisition d’une habitation quatre façades datant d’avant 1850 en 2012, rue Salzinnes les Moulins à Namur. "Nous y avons fait des travaux jusqu’en 2016. On y a investi tout notre argent, on ne regardait pas à un franc", explique Daniel. Récemment, ils souhaitaient construire une annexe et une terrasse pour accueillir la maman de Cindy. "Les travaux ont débuté le 25 mai. Malheureusement, tout ne s’est pas passé comme prévu", enchaîne Cindy, désespérée.

Une semaine après le début des travaux, le couple s’est aperçu que des fissures apparaissaient au niveau du carrelage et de certains murs. "L’entrepreneur nous a répondu que c’était normal car les grues faisaient bouger la maison en creusant les fondations de l’annexe. En pleine confiance, nous en sommes restés là", précise Cindy. Quelques jours plus tard, ce même entrepreneur leur disait avoir entendu un craquement. "Il avait remarqué une fissure qui commençait à appaître sur le mur latéral et m’a priée de quitter mon bâtiment. L’annexe qui devait être construite était plus basse que notre maison. On devait donc faire une reprise des fondations en sous-œuvre. À ce niveau, il y a eu un mauvais calcul de l’ingénieure et des malfaçons de l’entrepreneur."

Cela aurait déstabilisé le bâtiment. Et les fortes pluies du 4 juin dernier ont accentué le phénomène. En effet, une source d’eau passe à droite de leur propriété. Un muret censé retenir les eaux en cas de débordement, affaibli selon le couple par l’entrepreneur qui avait percé un trou dedans, a cédé. Résultat : tout le jardin a été inondé provoquant un tassement des terres de plus de 15cm. "Nous avons passé une partie de la nuit à pomper l’eau avec l’appui des pompiers."

Leur maison est désormais inhabitable. Pire, le bourgmestre de Namur Maxime Prévot a pris un arrêté de police ordonnant la démolition partielle de leur maison. "Pour le 5 janvier, le tiers arrière de la maison doit être abattu." En effet, selon un bureau d’études en stabilité, "le pignon arrière de la maison existante a été totalement déstabilisé. La travée arrière menace aujourd’hui sérieusement de se décrocher. Si cela devait être le cas, tout l’intérieur avant de la maison serait entraîné et soumis aux intempéries", indique l’expert dans un rapport précisant être convaincu que l’effondrement, en l’absence d’actions rapides, surviendra dans les semaines à venir.

Une situation difficilement tenable

Tout cela a inévitablement eu des répercussions (Ndlr : qui sont toujours d’actualité) sur ce couple et leurs trois enfants. Dès le mois de juin, ceux-ci ont dû être relogés à l’hôtel. Ils ont aussi passé quelques nuits en tente avant de trouver un logement militaire, à Anseremme, grâce au service social de la défense. Daniel étant militaire de carrière. "Mais celui-ci était vide. Nous avons dû faire appel à la solidarité pour trouver des lits et le strict minimum dont une famille a besoin", explique Cindy. Durant plusieurs jours, ils ont dû s’éclairer avec du matériel de chantier.

Le couple doit désormais payer un prêt et un loyer. "Soit 1518€ par mois. Financièrement, on n’a plus rien. Chaque vendredi, on doit aller chercher un colis alimentaire au CPAS… Psychologiquement et moralement, c’est compliqué. On a dû changer nos enfants d’écoles et d’activité sportive. Nous n’avons qu’une voiture, cela crée aussi des complications pour aller travailler. Moi, par exemple, j’ai 35minutes de marche, deux trains et une navette à prendre pour me rendre à la caserne d’Amay", explique Daniel. Ces soucis, le couple ne les avait évidemment pas lorsqu’ils étaient installés à Namur.

Tous deux sont conscients qu’ils pourraient encore durer des mois, voire des années. Car les différents protagonistes se rejettent la faute. "On en a pour 30.000€ de démolition et encore quelques dizaines de milliers pour reconstruire. On a lancé une conciliation à l’amiable. L’ingénieur doit prendre 45 % des frais à sa charge, l’entrepreneur 45 % et l’architecte 10 %. Mais personne n’est d’accord. On a l’impression que nous sommes les méchants dans l’histoire et qu’ils se foutent totalement de la situation dans laquelle on se trouve. Ils ont jusqu’au 15 janvier pour trouver un accord si pas, on est parti la justice et on sait que ça prendra plusieurs années."