Aline Martens est en colère. Cette jeune dame, qui a été élue pour la première fois conseillère communale (Oxygène-Autrement) en 2018, rencontre le 23 octobre un monsieur d’une soixantaine d’années, apparemment épuisé, en grande souffrance, dans la Grand-Rue à Somzée. Pour l’aider, avec d’autres personnes, elle se propose de le ramener là où il habite depuis peu. Où elle se rend compte de la vétusté des lieux et que ce monsieur ne possède plus rien. Aline prend différents contacts, notamment avec le CPAS de Walcourt où elle n’obtient, en ce vendredi après-midi, aucune réponse. Heureusement, un médecin appelé décide de faire hospitaliser le malheureux.

Émue, elle dépose un message sur Facebook le soir même, accompagné d’une photo de la caravane de ce monsieur. “À 60 ans, avec de graves soucis de santé, et ne plus rien posséder. Quelle tristesse… Enfin au moins il pourra dormir au chaud pour cette nuit à l’hôpital”, écrit-elle avant de remercier les différentes personnes qui sont intervenues, passants, docteurs, pompiers,… et d’ajouter “Merci au CPAS de m'avoir répondu ‘en dehors des heures de bureau rien n' est possible’. ” Une dernière phrase qui n’a pas plu au collège communal de Walcourt.

La jeune conseillère a en effet reçu quelques jours plus tard un courrier officiel, signé de la bourgmestre et du directeur général de la ville de Walcourt l’accusant “en publiant cette photo et en diffusant des propos dénigrants, d’avoir porté préjudice à l’image de marque du CPAS sans parler de l’atteinte au respect de la vie privée de la personne concernée”.

À la réception de cette missive, sa première réaction est la surprise. “Je n’ai pas porté atteinte au respect de sa vie privée, rien ne permet de l’identifier. J’ai publié cette photo de sa caravane avec son accord. Surtout pour montrer qu’en peu de temps tout peut basculer dans la vie de quelqu’un et que personne n’est à l’abri de ce type de mésaventure”, explique la militante politique.

Qui décide de répondre au courrier reçu (voir la réponse entière ci-dessous) . “…si vous estimez mes propos publiés sur ma page Facebook personnelle le 23 octobre déplacés, je vous prie d’accepter mes plus sincères excuses. La volonté, que vous qualifiez de dénigrante n’était nullement recherchée”, écrit-elle pour commencer. Quant à la phrase de son post relative au CPAS, qui souligne que joindre celui-ci en dehors des heures de bureau n’a pas été possible, elle demande au collège de clarifier ce qu’il y trouve de dénigrant.

Ce courrier lui a été envoyé en sa qualité de conseillère communale, ajoute-t-elle, mais jamais dans sa publication elle n’a mentionné cette qualité, agissant en tant que simple citoyenne et sur une page Facebook privée. “À vous lire le fait d’être un élu vous prive de la liberté d’agir comme un citoyen responsable.”

Enfin, à propos d’articles légaux évoqués dans le courrier du collège, elle rétorque que les faits matériels de cette malheureuse expérience la confortent dans l’idée qu’elle a parfaitement agi et qu’avoir porté assistance à une personne en grande difficulté est une obligation non seulement légale mais surtout morale.

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La réponse d'Aline Martens au collège communal

Me La Bourgmestre , Mr le Directeur général

Sachez que si vous estimez mes propos publiés sur ma page Facebook personnelle le 23 octobre déplacés , je vous prie d’accepter mes plus sincères excuses. La volonté, que vous qualifiez de dénigrante, n’était nullement recherchée.

Vis-à-vis du CPAS : « Merci au CPAS de m’avoir répondu ». « En dehors des heures de bureau ,rien n’est possible ».

Propos non dénigrants à mon sens , mais qui soulignent que joindre le CPAS en dehors des heures de bureau n’a pas été possible. Mais également un MERCI publique pour m’avoir répondu par la suite. Merci donc de clarifier votre analyse , qualifiant mes propos de « dénigrants ».

Visà-vis de ce Monsieur: pour information, autorisation lui a été demandée de photographier ce « logement » et de diffuser cette information dans le but de solutionner sa situation. Son identité n’a jamais été divulguée.

Vous m’adressez ce courrier en ma qualité de conseillère communale, jamais dans ma publication, je n’ai mentionné cet état de fait, c’est en ma qualité de simple citoyenne que cette publication fut éditée (page Facebook privée).

A vous lire le fait d’être un élu vous prive de la liberté d’agir comme un citoyen responsable. Merci également de clarifier votre position à ce sujet.

Quant aux articles que vous mettez en avant pour justifier ma faute: je vous relate brièvement les faits matériels de cette malheureuse expérience. Ceux-ci me confortent d’être dans mon bon droit et surtout d’avoir porté assistance à une personne en grande difficulté, une autre obligation légale et combien morale, me semble-t-il.

Ce monsieur présentait des signes alarmants d’épuisement laissant présager une chute imminente en pleine rue. Agé, très affaibli, avec d’autres personnes nous lui prêtons assistance et le ramenons à son logement.

Une révoltante indignation envahit les personnes présentes face à l’état d’insalubrité de ce « logement ». Un dialogue s’installe avec ce monsieur. Il nous explique être aidé par les habitants du quartier quant à ses besoins élémentaires. Il nous dit aussi être en contact avec le CPAS, Il revenait d’ailleurs de s’être présenté au CPAS (à pieds) mais fermé le vendredi après-midi. Nous tentons à ce moment de joindre le CPAS, mais sans réponse, l’état de santé de ce monsieur ne s’améliorant pas, nous joignons un médecin qui organisera son départ en clinique .

Il était humainement évident que la situation devait changer au plus vite. Nous décidons avec ce monsieur de mettre en avant sa misérable situation de détresse, notamment au moyen d’une publication sur les réseaux sociaux. Vivons avec notre époque.

Les articles cités dans votre courrier parlent: d’être à l’écoute, de respect des droits fondamentaux, de dignité humaine, de valeurs démocratiques, de tolérance, de respect d’autrui.

Quant à « divulguer toute information confidentielle concernant la vie privée, je vous rappelle que nous parlons ici de « misère humaine » d’une personne seule , âgée et malade, sans ressource.

Divulguer avec son accord est certainement le moyen le plus efficace pour faire bouger les choses, l’avenir nous l’apprendra.

Dans l’attente de vous lire, recevez Me La Bourgmestre, Mr Le Directeur général, mes salutations distinguées.

Aline Martens.