Namur Levée de boucliers contre la décision de démolir un élément important du patrimoine historique de la Ville

La maison Solbreux, du nom de son ancien propriétaire pourrait être en voie de disparition, en bas de la Grand-Place de Walcourt. Cette ancienne boulangerie a été rachetée par la ville (parce que personne n’en voulait) en 2009 pour la somme de 69 000 euros. Des travaux ont été entrepris pour restaurer une ancienne tour, faisant partie des remparts de la ville, à l’arrière du bâtiment mais peu de choses ont été faites dans la partie principale, qui abrite aujourd’hui l’office du tourisme. Celle-ci s’est donc détériorée à un point tel que lors du dernier conseil communal, le collège a annoncé que deux rapports consécutifs émis par des sociétés différentes préconisaient une démolition d’urgence de ce bâtiment avant l’hiver. Il semble que la façade arrière se désolidarise et que l’action simultanée de l’eau et du gel pourrait conduire à son effondrement. La majorité a voté cette démolition estimée à 150.000 euros. Problème : si la façade avant n’est pas un chef-d’œuvre d’architecture, elle est adossée à une vieille maisonnette dont le dessous est constituée d’une voûte surplombant d’anciens escaliers et le tout est classé. Il s’agit probablement, avec la basilique, d’un des endroits les plus photographiés de la ville. Un endroit que de nombreux Walcouriens refusent de voir disparaître.

Un groupe de citoyens s’est donc constitué sous l’appellation "SOS Patrimoine Walcourt" parce qu’il semble d’abord que l’étude évoquée par le collège prévoirait soit une rénovation rapide des lieux pour éviter toutes aggravations, soit la démolition et seule cette solution a été proposée. Ce groupe veut prendre connaissance des études de stabilité mais aussi proposer des solutions alternatives acceptables en termes de coût afin d’aboutir à une rénovation respectueuse de ce lieu historique si pittoresque de leur cité. Une pétition a été mise en ligne.

À noter qu’Anne Gouverneur, conseillère indépendante, qui s’était abstenue lors de ce vote vient d’introduire un recours au gouvernement wallon contre cette décision de démolition, faisant suite ainsi aux remarques de SOS patrimoine.


Eric Dubois, un des initiateurs de SOS Patrimoine Walcourt, ne cache pas sa colère:

"Pour ce dossier il y a quelques temps j’avais déjà qualifié nos mandataires de fossoyeurs ce ne sera donc plus un scoop mais je récidive. Leur acte n’est motivé que par leur propre intérêt : se protéger de leur responsabilité en cas d’accident quoi qu’il en coûte et quelle qu’en soient les conséquences. Après avoir gérer ce dossier de manière calamiteuse reste l’échappatoire de la démolition... à nouveau portée à la charge de nos concitoyens..."
Pour lui, dès ses origines ce dossier a été géré de manière calamiteuse. "Dès le départ ce dossier bien géré n’aurait dû coûter que quelques dizaines de milliers d’euros pour sa mise en valeur grâce aux subsides. Mais non.. il est tellement plus simple d’indiquer une somme en dépenses au budget et porter la note en compte des citoyens que de monter un bon dossier qui demandera travail et acharnement au mandataire en charge... Le pire c’est qu’on se targue de faire de la gestion rigoureuse."

Le résultat des options prises est catastrophique estime l'ancien conseiller communal: "il restera visible pour les générations futures. Pour dénoncer ces mauvais traitements réservés à notre patrimoine local j’ai adressé plusieurs courriers de contestation ou d’alerte, notamment à la commission royale des monuments et sites, au ministre de l’AT, au ministre des Pouvoirs locaux, à l’administration. Aucune suite ne sera donnée à ces courriers. Comme disait mon père tout s’écroule normalement ! Ces missives dénonçaient pourtant le non respect du permis d’urbanisme, La défiguration d’un site classé, des cahiers des charges imprécis (je suis gentil), le non respects du cahier spécial des charges, la surfacturation de travaux inutiles, l’absence d’un suivi correct du chantier, l’arrogance des autorités communales dans la gestion des contestations citoyennes... Seule la presse fera échos à certaines de mes déclarations."

Et la démolition prévue n'est vraiment pas faite pour le rassurer. " La médiocrité qui a émaillé la gestion de ce dossier reste de mise : on démoli c’est dangereux on n’a pas le choix... on espère qu’il ne faudra pas reconstruire... (ce serait encore du boulot pour nos édiles en écharpes) mais si on doit reconstruire... pas grave on mettra la dépense au budget et le citoyen casquera... Peut on encore parler de gestion correcte du domaine public de la part de ces mandataires qui laissent pourrir des dossiers pareils pour les traiter comme tels ? "

Il veut pouvoir consulter les rapports établis préconisant une démolition. "De qui se moque t’on ? Rapports de complaisances ? Des bureaux en stabilité qui prennent 300% de sécurité pour remettre un avis qui ne risque en rien de les mettre en difficulté. On démolit ainsi on est certain du résultat, plus d’instabilité assurée. Mais qu’en a t’on à f... du patrimoine dans ces société consultées?"

Enfin, demande Eric Dubois, de quel bâtiment parle t’on exactement ? " A mon sens le seul bâtiment qui présentait des signes d’instabilités était le bâtiment de l’office du tourisme, du moins sa façade arrière, et qu’à t’on fait ? On a posé une ceinture métallique au niveau de la façade arrière de la maison Solbreux et des étançons vers la façade de l’office. On croit rêver on place des poutres métalliques de plusieurs centaines de kilos sur des façades de l’époque médiévale sans se soucier de l’impact de la mesure...
Ce travail a t’il endommagé le bâtiment Solbreux qui avant cela ne présentait aucune fissures? N’aurait il pas été plus judicieux d’étançonner sur base des escaliers nouveaux sans risquer de porter atteinte aux structures périphériques anciennes ? Que de questions auxquelles je ne peux répondre mais qui mériteraient d’être posées aux gestionnaires de ce dossier calamiteux afin de connecter les véritables responsable de ce gâchis patrimonial.
"

Avec une poignée de passionnés, Eric Dubois était sur le point de déposer un projet au gal dans le cadre des initiatives citoyennes visant à la préservation et la mise en valeur du patrimoine. Force est de constater, selon lui, que malgré la passion et la volonté de quelques citoyens engagés rien n’est possible dans cette jolie localité que l’on nommait autrefois la perle de l’Entre Sambre et Meuse....