Le responsable de l’aide médicale urgente pour la zone de secours NAGE voudrait conscientiser la population.

Le lieutenant Pierre-Yves Paquot-Servais, officier responsable de l’aide médicale urgente, constate une évolution du rôle et des missions premières des interventions.

La mission première des ambulances était historiquement d’aller sur les accidents de voiture, mais cela a changé au fil des années ?

"D’abord, on imagine toujours le pompier avec sa lance sur un incendie. Or, la majorité des interventions sont en ambulance. Initialement, on intervenait plus sur des gros accidents de la route, pour des polytraumatisés notamment. Heureusement, même si les accrochages en voiture sont nombreux, ceux provoquant des dommages corporels graves sont de moins en moins fréquents."

Le nombre d’interventions de l’aide médicale urgente augmente pourtant de 4 à 7 % chaque année dans la zone Nage (Namur, Gembloux, Andenne, Eghezée). Pourquoi ?

"Les gens passent très rapidement un coup de fil au 112. Trop rapidement dans certains cas. Dans le temps, quand lors d’une fête, une personne était ivre, on la couchait dans une chambre de la maison le temps qu’elle récupère. Aujourd’hui, si je schématise, les gens craignent que la personne ivre gâche la fête et ont plutôt tendance à appeler l’ambulance. Les secours prennent en charge la personne en l’amenant à l’hôpital et la fête peut continuer."

© John Swijsen

Les gens veulent ouvrir un parapluie sur leur tête et se protéger au cas où ?

"On a parfois cette impression-là lorsque les écoles demandent trop vite une ambulance par exemple. Les gens appellent plus facilement le 112 qu’avant. Et comme nous n’avons pas de contact direct avec l’appelant - notre dispatching reçoit les demandes reçues par le 112 - il est difficile de savoir ce qui justifie l’ambulance ou non donc on l’enverra de toute façon, par prudence."

Vous parliez des personnes en état d’ébriété : elles ne concernent pas la majorité des interventions ?

"Non, même si c’est parfois l’impression ressentie par les ambulanciers parce que les interventions de ce type-là se concentrent lors des week-ends notamment. En fait, la plupart de nos interventions aujourd’hui concernent les personnes âgées. C’est lié au vieillissement de la population."

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Outre les personnes qui vont à l’hôpital trop vite, il y a des déplacements qui ne servent à rien. Ils sont nombreux ?

"On compte environ 30 % de courses inutiles, où l’ambulance part et ne transporte personne. Une augmentation liée à l’usage du GSM notamment. Les gens voient un accident sur la route, appellent les secours et ne savent pas dire s’il y a des blessés ou non parce qu’ils n’ont pas pu s’arrêter. Par prudence, on envoie une ambulance sur place, mais elle rentre souvent bredouille. C’est ce qu’on appelle une course inutile."

Comment les citoyens lambda peuvent-ils faire la distinction en toute bonne foi ?

"Ce n’est pas forcément de leur faute. La population n’est pas assez informée, par exemple sur l’état de conscience ou d’inconscience. Quand quelqu’un dort dans la rue, il n’est pas forcément inconscient. Il faut essayer de le réveiller pour voir s’il réagit. On se rend compte que les gens ne sont pas éduqués aux gestes des premiers secours. On panique vite quand il y a un malaise alors que parfois, il suffit de mettre les jambes en l’air pour que ça aille mieux."

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Une suggestion pour les programmes de cours ?

"Je dis toujours que ça devrait figurer dans l’enseignement obligatoire. Quels sont les réflexes, qu’est-ce qu’on peut faire avec ses deux mains, devant une brûlure, quelqu’un qui a des problèmes respiratoires ou qui fait une crise d’épilepsie ? Ce sont des petits gestes qui pourraient être facilement enseignés à l’école."

45 sorties ambulance par jour en moyenne

Le Service AMU (aide médicale urgente) de la zone de secours NAGE, c’est 5 implantations, à Namur, Andenne, Gembloux et Eghezée ainsi qu’un PIT (Paramedical Intervention Team) basé au CHR de Namur. En tout, les 13 ambulances de la zone NAGE ont parcouru 430 000 km en 2019, effectuant plus de 16 000 missions, soit une moyenne de 45 sorties ambulances par jour. Le service AMU représente 75 % des missions de la zone. Dans la zone Nage, tous les pompiers sont aussi ambulanciers.

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"Davantage de problèmes respiratoires en hiver et plus d’accidents en été"

Le métier d’ambulancier n’est pas toujours bien connu de la population. Contrairement à ce que pensent certains, ils ne sont pas infirmiers. "Mais le secouriste ambulancier est un professionnel de la santé. Nous, on ne s’occupe que des urgences, pas du transfert de patients. Donc on dépend du fédéral. C’est un métier en soi, même si tous nos ambulanciers sont aussi pompiers, ce qui n’est pas le cas dans toutes les zones", précise le lieutenant Pierre-Yves Paquot-Servais. L’ambulancier intervient aussi bien sur des accouchements que des fins de vie, des accidents domestiques ou du travail…"L’ambulancier procède à l’évaluation du patient, relève les signes vitaux, les paramètres, il prépare le travail des médecins et assiste l’infirmier du SMUR, il peut donner de l’oxygène." Petite observation : l’hiver, la consommation d’oxygène en ambulance double par rapport à l’été. "C’est parce qu’on est appelés pour davantage de problèmes respiratoires alors que l’été, on a affaire à beaucoup plus d’accidents", note l’officier.

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Une première en Europe pour les ambulanciers

La zone NAGE lance un processus d’accréditation internationale et se positionne comme précurseuse en matière de qualité des soins de santé ambulanciers.

C’est le lieutenant Pierre-Yves Paquot-Servais, responsable de l’aide médicale urgente (AMU) au sein de la zone de secours Nage, qui en a eu l’idée : pourquoi ne pas lancer la procédure d’accréditation internationale pour le service d’ambulances ? "J’ai travaillé pendant plus de 20 ans comme infirmier urgentiste au CHR et, en constatant que les hôpitaux sont accrédités ou en phase d’accréditation, je me suis rendu compte qu’aucun service ambulancier n’était accrédité en Europe alors que c’est obligatoire au Canada par exemple", explique-t-il.

L’idée n’est pas d’être précurseur par principe, mais de s’inscrire dans la même démarche d’excellence que les institutions hospitalières. Nul doute que d’autres zones de secours vont suivre dans cette voie, en Belgique et en Europe.

Le lieutenant Paquot-Servais n’a pas eu de mal à convaincre le commandant de la zone NAGE de l’importance que la qualité constante des soins soit formalisée à travers des procédures écrites, mesurée et attestée de manière externe. "Les pompiers sont un maillon important de la chaîne de soins entre l’appel au 112 et la prise en charge du patient à l’hôpital. Il est important qu’on puisse garantir une qualité de service au patient. Ce processus a aussi le mérite d’assurer la sécurité de nos pompiers", commente le commandant Pierre Bocca alors que les exigences de la population augmentent ainsi que son souci de transparence.

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Vincent Collet, infirmier en chef des urgences du CHR, en première ligne au côté de l’AMU avec le SMUR, vit la procédure au sein de l’hôpital public namurois qui recevra la visite de certification en novembre. La zone NAGE, elle, recevra la visite d’état des lieux en avril. 3 à 5 ans peuvent se passer entre le début du processus et l’accréditation.

"On fait les choses plutôt bien au quotidien, mais souvent de manière implicite et habituelle. Ce que l’organisation de certification demande, c’est que tout soit établi par écrit de manière à ce que tous les processus de l’hôpital soient accessibles à tout nouveau collaborateur", témoigne Vincent Collet. Si la check-list existe, les erreurs sont moins susceptibles d’arriver.

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"Cela concerne aussi bien les procédures de désinfection que ce qui concerne le management. À court terme, c’est un peu rébarbatif et chronophage. Mais à moyen et à long terme, c’est un bénéfice car cela évite des incidents ou des accidents. Un accident de photocopieuse, c’est facile à réparer. Quand il s’agit de vies humaines, on n’a pas le droit à l’erreur. La santé publique demande d’ailleurs aux institutions de soins de garantir qualité et sécurité au patient", souligne l’infirmier urgentiste.

Actuellement, l’aide médicale urgente n’est soumise à aucune exigence de qualité par l’autorité fédérale. "Les subsides se basent uniquement sur le nombre de missions et de permanences tandis que les normes ne s’appliquent qu’au matériel et à la formation du personnel, souligne Maxime Prévot. J’avoue que la première chose qu’on a demandée, c’est le coût de l’opération : 90 000 € au départ puis 30 000 € par an ensuite. Mais il est aussi important d’assurer la qualité des soins qui sont prodigués à l’occasion des transports en ambulance", relate le président de la zone NAGE, Maxime Prévot.

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"C’est normal qu’on s’inquiète du coût de cette accréditation dans un premier temps. Mais vous ne savez pas ce que vous coûte l’inefficience. En formalisant toutes les procédures de cette manière, on obtient non seulement l’accréditation, mais on gagne en efficience. À terme, c’est profitable pour les patients, les travailleurs, l’institution et la collectivité", conclut Marie Eeman, relais belge de l’organisme d’Accréditation Canada, en charge du processus.

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