Un Marocain accusé pour trafic de migrants dans le Tournaisis

En échange d'une importante somme d'argent, le jeune homme tentait de faire passer des migrants en Angleterre.

M.P.
Un Marocain accusé pour trafic de migrants dans le Tournaisis
©demoulin

Accusé d'être l'organisateur d'un trafic de migrants, Ali (prénom d'emprunt) a fait face ce jeudi matin aux juges du tribunal correctionnel de Tournai. Au printemps 2021, plusieurs bandes sont interpellées sur l'aire d'autoroute de Froyennes. Les individus tentaient de pénétrer dans des camions afin de rejoindre l'Angleterre en échange d'une somme colossale de 1 000 euros. Selon différentes sources policières, ces groupes, pouvant aller jusqu'à 40 personnes, quittaient une villa située à la chaussée de Tournai à Ramegnies-Chin.

Peu à peu, les policiers ont commencé à observer Ali, effectuant des allers-retours répétitifs, muni d'un téléphone entre la villa et l'aire d'autoroute mais aussi sur le quai de la gare, sans prendre le train. A la barre, le prévenu, âgé de seulement 23 ans, a nié les faits. "Mon objectif était de rejoindre l'Angleterre", a-t-il confié à son interprète. "A Ramegnies-Chin, je m'y rendais de manière occasionnelle, je n'avais pas toujours de moyen de locomotion".

Sur plusieurs clichés pris par les services de police, on observe le jeune Marocain dépourvu de sacs ou de bagages. "N'est-ce pas étonnant de vouloir quitter la Belgique, pays dans lequel vous séjournez depuis 5 ans, sans affaires personnelles", a questionné la juge Laus. "Je n'en avais pas besoin. Etre habillé me suffisait", a répliqué le détenu.

Des analyses téléphoniques ont également été effectuées. Il en ressort que la somme de 38 000 euros a été envoyée au Maroc. "Je travaillais sur les marchés et dans des salles de fêtes à Lille pendant deux ans. Je transférais la totalité de mes rémunérations à ma famille dans le besoin et ne gardais rien pour moi".

La juge a également interrogé Ali sur les photos d'armes et le listing composé de noms de personnes retrouvés dans son téléphone portable. "Il a été acheté d'occasion, les fichiers ne m'appartenaient pas", a-t-il déclaré. "En 5 ans, comment se fait-il que vous n'ayez pas réussi à atteindre l'Angleterre malgré vos nombreuses tentatives?", a poursuivi la présidente. "Nous ne sommes pas tous chanceux".

D'après le représentant du ministère public, les explications du jeune homme semblent peu vraisemblables. "Il déclare avoir été à plusieurs reprises interpellé en tentant de rejoindre l'Angleterre. Toutefois, Interpol dément les dires du détenu." Le prévenu précise aussi être migrant mais ne possède pas le statut."Pour ma part, il a organisé sa vie autour du travail de passeur et est l'organisateur de ce trafic". Une peine de 4 ans de prison a été requise.

Selon Me De Beco, avocat de la défense, son client possède bel et bien un parcours de migrant. "En 2017, il a sollicité être demandeur d'asile et sera condamné en 2018, en Belgique pour avoir déjà tenté de s'installer en Angleterre. En ce qui concerne le peu d'affaires en sa possession, les personnes à force d'essayer ne prennent que le minimum pour survivre", a relevé l'avocat. "De plus, rien ne prouve que l'argent envoyé à son père et à son grand-père, provenait d'un trafic illégal".

Dans sa plaidoirie, Me De Beco a prononcé plusieurs déclarations émanant de personnes qui ont occupé la villa. "Aucune ne se considère comme victime d'un trafic et aucune ne parle de mon client comme étant l'organisateur". L'acquittement ou un sursis a été sollicité. "Je suis innocent, je n'ai rien fait", a conclu Ali. Le jugement sera prononcé le 8 septembre.

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