Agriculture : avec la pluie vient le bilan

Au sortir de l’été, il est l’heure pour le secteur de l’agriculture de jeter un regard en arrière sur une saison marquée par la sécheresse.

Jonas Bourion
Agriculture : avec la pluie vient le bilan
©EdA

La pluie est enfin là. Depuis quelques jours, les prairies reverdissent (un peu), les plantes reprennent vigueur et le soleil se fait plus rare. Une météo bien plus noire-jaune-rouge que les records de chaleur et de sécheresse établis cet été. Mais ces précipitations seront-elles vraiment salvatrices pour les cultures ? "Elles arrivent beaucoup trop tard", tempère immédiatement Amaury Deguffroy, agronome au service Économie-Information de l'ASBL CARAH (Centre pour l'agronomie et l'agro-industrie de la province du Hainaut). "À la rigueur, elles auront un impact minime sur les betteraves et les chicorées, mais c'est tout. Les autres cultures ont déjà été récoltées ou sont à un stade trop avancé de leur évolution pour bénéficier des pluies actuelles."

Côté prairie, bien que leur couleur jaune ait presque disparu, le constat est le même. Philippe Limbourg, éleveur-agriculteur à Meslin-l'Évêque, explique : "Le rendement en herbe ne changera pas maintenant. Normalement, je fais cinq coupes chaque été. Cette année, je n'ai pu en faire que trois."

La faute, évidemment, à un manque de pluie ayant directement influencé la croissance des pâturages.

Les agriculteurs ont alors entamé un jeu de domino, chaque cause entraînant une nouvelle conséquence. "Forcément, on a dû à la fois acheter de la nourriture pour nos bêtes et aller puiser dans nos réserves, et ce, depuis début août. Il est déjà arrivé qu'on doive compenser. Par contre, aussi tôt dans l'année, c'est du jamais-vu", affirme le Meslinois.

Le maïs, élément important dans l'alimentation des bêtes, a aussi beaucoup perdu en qualité. "Les grains sont trop secs, ce qui les rend beaucoup moins assimilables pour les bêtes. En plus, si le maïs est trop grand, trop sec et avec peu de carotte, il manquera d'amidon. Or, engraisser des bêtes sans amidon, c'est difficile", résume Philippe.

Conséquences à long terme

Comme le craint Amaury Deguffroy, les traces économiques de la sécheresse seront visibles jusqu'en 2023. "En étant obligés d'entamer leurs réserves hivernales, les agriculteurs se sont compromis pour les mois à venir. Avec le prix de la nourriture des bêtes qui augmente à cause de la guerre en Ukraine et de la crise énergétique, ils s'exposent à de grosses dépenses, car les stocks ne sont pas prêts."

Le conflit ukrainien et la crise de l’énergie impactent également le prix des intrants, à savoir les éléments servant à améliorer le rendement des terres (engrais et autres). Même si le prix du lait a augmenté dernièrement, et que certains produits se vendent bien, la marge diminue peu à peu à cause de cette hausse. D’autant plus que la sécheresse a gravement diminué la productivité de divers secteurs.

"Les légumes, c'est le secteur où l'impact de la sécheresse a été le plus important. Les haricots, par exemple, sont semés au mois de mai. Cela signifie qu'ils ont subi la sécheresse de plein fouet, pendant leur période de croissance", analyse Amaury Deguffroy.

Une question de timing donc, qui n'a pas épargné les pommes de terre hennuyères. "Généralement, un hectare de terrain peut produire 45 tonnes de pommes de terre. Cette année, certaines parcelles n'en sortent qu'une quinzaine", poursuit l'agronome. Le manque d'eau aura eu raison des deux tiers de la récolte. Dans ces circonstances, il devient de plus en plus difficile de rentrer dans ses frais.

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