Ce samedi, grâce à dhnet.be, vous avez pu prendre part à distance à la 26e édition des Olympiades d'orthographe de la Ville de Tournai. Événement qui, crise sanitaire oblige, n'avait évidemment pas pu se tenir en présentiel.

Si vous vous êtes prêté au jeu, il est désormais temps de passer à la correction ! Découvrez ci-dessous le texte de l'épreuve. Cerise sur le gâteau, Jean-Claude Bossut, champion de Belgique d'orthographe, vous livre en vidéo ses commentaires sur les petits pièges et autres difficultés que présentait le texte.

Enfin, si vous le souhaitez, vous pouvez envoyer votre dictée corrigée aux organisateurs par mail via citoyennete@tournai.be ou par courrier à l'hôtel de ville, rue Saint-Martin 52 à Tournai (7500).



Darjeeling

Et si toute fin n'était que l'autre face d'un début ? Ce début où je plonge quand je me sens trop seule, quand la fatigue m'envahit, et que m'appellent les lieux de l'enfance...

Par la fenêtre de ma chambre, je distinguais le chat énigmatique sur le lilas fané, tandis que sur la corniche de la grange voisine s'étiraient des brochettes d'étourneaux et que le soir sentait déjà la pluie. Je grimpais dans le saule ou dans le noyer voisin et j'y paressais comme le chat, à me rêver sept vies, six brèves, une longue. Au creux du vieux cerisier, un merle noir comme les cerises noires, juteuses, sucrées, qui tachaient les doigts, les lèvres, les tee-shirts.

Le jardin, c'était le grenier des beaux jours. Deux pêchers, des couches à semis couvertes de vieux châssis - vitres carrées, peinture blanche écaillée, le mur de briques couvert de grosses tuiles, la haie de troènes, le céleri perpétuel planté par l'arrière-grand-père, et les asters, les astres mauves à cœur doré où butinaient les papillons - vanesses, machaons, et les grands paons de jour.

L'étang pas plus grand qu'une flaque, la balançoire, le colombier de bois, le petit banc. Et le tas où pourrissaient les épluchures. L'odeur âcre du buis, et la grille du fond, aux pointes dangereuses, qu'il fallait franchir prudemment pour courir vers le ruisseau.

J'étais née un 22 novembre, et mes parents m'avaient appelée Cécile, comme la sainte de ce jour-là, et comme la cantatrice Cecilia Bartoli, que mon père adorait.

Après mes études secondaires, j'ai pris une année sabbatique avant d'entrer à la Faculté. Et j'ai pris l'avion pour l'Inde, munie des recommandations de mes parents et de la bénédiction de grand-maman.

(Fin dictée pour les ados)

J'ai débarqué à Calcutta, où la misère hantait les rues. Un troupeau d'enfants aux yeux fiévreux m'a entourée, quémandant une aumône. La plupart des touristes restaient de glace, disant qu'il valait mieux ne rien donner, sinon il faudrait offrir à tous. Ils seraient insatiables. Mais j'ai distribué mes piécettes. Les autres s'étaient bientôt égaillés, mais une toute petite tendait encore la main, pieds nus, cheveux emmêlés, m'observant d'un seul œil, l'autre fermé comme par une taie. Elle me fixait de cet unique œil noir et elle attendait. C'est alors que j'ai songé à la poupée de chiffon, cette Capucine à robe rose, à coiffe de dentelle blanche qui m'avait toujours servi d'amulette et, d'une impulsion, je l'ai sortie de ma poche, l'ai déposée entre les mains de la petite Indienne qui l'a collée contre son corps et je me suis éloignée dans la cohue.

À l'arrêt du bus, une femme m'a regardée fixement. Ses cheveux étaient teints d'une sorte de henné qui leur donnait un aspect presque blond, de ce blond-roux que l'on dit vénitien. Au front, le cercle solaire du troisième œil. Elle portait un sari éclatant, rouge garance, surmonté d'un ample foulard de soie bleue à doublure verte. Elle posa le pouce de sa main libre au milieu de mon front, puis s'agenouilla, me baisa les mains avant de se relever.

Après neuf heures d'un voyage qui m'avait fait traverser et l'espace et le temps, le contrôleur me secouait : nous étions à Darjeeling...

Daniel Charneux

Éd. Service général des lettres et du livre - Ministère de la Communauté française.

Test

Quelles que fussent les vicissitudes d'une météo capricieuse et quelques bourrasques et giboulées qu'il redoutât, l'ombre falote d'un promeneur tournaisien s'agrippait aux branches d'un paulownia, refuge de maints geais, pipits et même chats-huants.