Réélu bourgmestre pour la 3e fois d’affilée, André Desmarlières ne reconnaît plus les valeurs du PS dont il a été exclu.

À l’heure du débriefing post-électoral dans l’ex-cité sucrière, le maïeur à nouveau plébiscité pour six ans s’épanche sans langue de bois sur la victoire de sa liste qui était loin d’être acquise mais aussi sur l’après scrutin ayant donné lieu à des réclamations jugées non fondées par le gouverneur.

Face à autant de listes, pensiez-vous être réélu pour un 3e mandat de bourgmestre ?

"Il est vrai que j’avais des doutes, mais j’ai été accosté par tant de personnes qui m’ont dit que parmi les candidats en présence, ils ne voyaient personne d’autre que moi pour occuper le siège mayoral ! De tels propos vous remettent malgré tout en confiance. Je me dis aussi qu’il ne suffit pas de paraître pour être et que la population n’est quand même pas dupe. Entre la situation financière de la commune en 2007 et celle d’aujourd’hui, il n’y a pas photo."

Comment interprétez-vous le résultat du scrutin ?

"Le résultat me semble logique, je crois pouvoir dire que nous avions la meilleure liste avec des candidats de qualité. Certes, les nouveaux venus devront faire leurs preuves, mais je crois qu’ils sont à même de devenir d’excellents échevins ou conseillers Je suis malgré tout étonné du peu de suffrages obtenus par des candidats avec lesquels nous formions la majorité et qui ont voulu quitter le navire. Je constate aussi qu’il ne suffit pas de parcourir des kilomètres à vélo et de s’inviter dans toutes les maisons pour convaincre les électeurs."

Comment avez-vous vécu cette campagne ?

"Depuis ma première candidature en 2000, je n’ai jamais connu campagne aussi méchante et dénigrante, surtout de la part de quelques personnes qui n’en voulaient qu’à moi-même. Pour certaines d’entre elles qui ne connaissent absolument rien à la gestion communale, le bourgmestre est responsable de tous les maux. Même des gens qui n’habitent pas ou plus l’entité se permettent des considérations sans aucun fondement."

Vous allez vous retrouver face à une opposition plus forte.

"Il est clair que nous n’aurons plus la même minorité mais encore faudra-t-il que les trois listes en présence puissent s’entendre pendant six ans. Notamment dans l’une d’elles, je sais que certains non élus ont déjà démissionné du groupe ! Le fait de retrouver Michel Niezen de l’autre côté de la table ne m’impressionne pas du tout. Comme je l’ai déjà dit et je le rappellerai encore, la salle du conseil n’est pas une salle de spectacle où l’on vient faire un show. Je peux aussi comprendre que l’on pose des questions pour essayer de coincer la majorité. Il me semble plus intelligent et plus porteur d’essayer de faire avancer le débat en étant constructif."

Que vous inspire le recours introduit contre les élections par trois listes concurrentes à la vôtre ?

"La défaite est toujours difficile à accepter ! Même si mes opposants ne seront pas d’accord avec cela, je suis certain que des réunions, voire des accords pré-électoraux, avaient été prises pour reléguer ma liste dans la minorité. Malheureusement pour eux, la population brugelettoise n’est pas dupe et a su reconnaître le travail que nous avons accompli depuis deux législatures."

Avez-vous craint une non-validation du scrutin qui aurait conduit à la tenue de nouvelles élections comme en 2012 ?

"Peur, pas vraiment car un avocat spécialisé s’était montré rassurant par rapport à cette plainte que le gouverneur a finalement jugée recevable mais non fondée. Si certains propos relayés par Didier Strebelle sur les réseaux sociaux peuvent être considérés comme répréhensibles, je crois que des commentaires publiés par certains de nos opposants pourraient également faire l’objet d’une plainte en diffamation. Je suis néanmoins convaincu que si les Brugelettois devaient retourner aux urnes, ce nouveau scrutin ne serait pas profitable aux réclamants."

Selon vous, le 1er échevin a-t-il commis une faute ?

"Une faute, non. Une maladresse peut-être. De là à prétendre que sa publication de dernière minute sur Internet a pu influencer le scrutin d’une manière sensible, je n’en suis absolument pas convaincu. Il appartiendra au nouveau collège communal qui prendra ses fonctions le 5 décembre prochain de prendre attitude."

Briguerez-vous un 4e mandat en 2024 ?

"Même si ma santé me le permettait, je vous répondrais par la négative. Il me reste six ans pour préparer l’avenir. C’est ce à quoi je vais m’atteler."

Un dernier mot sur votre exclusion du PS ?

"Au moment de faire valoir mes arguments, je me suis retrouvé comme devant une dictature. C’était marche ou crève d’où mon éviction que je ne regrette nullement. En réalité, je ne me sens plus socialiste, je ne reconnais plus les valeurs du parti auquel j’ai longtemps adhéré. Cela n’empêchera jamais mon cœur de rester rouge."

Admiration

Entre le bourgmestre de Brugelette et le patron du parc Pairi Daiza, les prises de becs appartiennent à une époque révolue. Les deux hommes ont enterré la hache de guerre et semblent devenus les meilleurs amis du monde depuis que la commune et le domaine animalier de Cambron-Casteau ont encore renforcé leur partenariat dans le cadre du projet de réhabilitation du site de l’ancienne sucrerie.

C’est à se demander si Eric Domb n’a pas été le meilleur allié d’André Desmarlières durant cette campagne et contribué au succès électoral de ce dernier. "C’est une question à laquelle il m’est difficile de répondre. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’a rien fait pour nous conduire à la défaite."

Le bourgmestre se réjouit que les relations avec le parc soient désormais au beau fixe. "Durant quelques années, Eric Domb et moi-même nous nous sommes regardés en chiens de faïence jusqu’au moment où chacun s’est rendu compte qu’il était beaucoup plus intelligent de travailler main dans la main et en bonne collaboration. Cela a déjà commencé à porter ses fruits."

Notre interlocuteur souligne qu’il a fallu plusieurs rencontres et explications avant d’aboutir à une parfaite réconciliation. "C’est souvent le manque de communication qui est à l’origine des problèmes relationnels."

Le maïeur brugelettois ne tarit plus d’éloges envers le fondateur de Pairi Daiza. "Que serait devenu ce site sans un visionnaire tel qu’Eric Domb. D’autres ont essayé avant lui et, à chaque fois, ce fut l’échec. Ce que nous pouvons voir et visiter aujourd’hui n’est pas un aboutissement car sa tête fourmille de nouveaux projets à réaliser, ce qui ne pourra que me rendre encore plus admiratif."

Entre les pros et les anti-parc, André Desmarlières préfère rester neutre. "Même si les premiers sont beaucoup plus nombreux que les seconds, nous ne parviendrons jamais à mettre tout le monde d’accord. Chacun a le droit d’avoir son opinion sans pour autant utiliser des propos d’une agressivité sans limite."

Le maïeur accepte les critiques

Être bourgmestre à temps plein, même à la tête d’une petite commune rurale d’un peu moins de 4 000 âmes, est loin d’être de tout repos. André Desmarlières ne nous contredira pas, même s’il prend plaisir à exercer quotidiennement cette fonction très prenante et parfois épuisante pour de multiples raisons, notamment pour le contact humain.

"Bien que certains peuvent aller jusqu’à me détester, j’ai besoin d’être proche de la population. J’aime également travailler en équipe, en premier avec le personnel communal mais aussi avec mes collègues du collège communal où nos réunions sont toujours empreintes de cordialité."

Le mayorat lui permet , en outre, de continuer à gérer des dossiers passionnants comme il l’a fait pendant les 40 ans qu’a duré son job de secrétaire communal.

Régulièrement sous les feux des critiques comme n’importe quel homme politique à l’heure actuelle, notre interlocuteur les accepte pour autant que celles-ci soient constructives.

"Hélas, elles le sont rarement. Quand ces critiques s’attaquent à ma seule personne et deviennent même menaçantes, je ne peux l’accepter ni le tolérer. Il m’est d’ailleurs arrivé de devoir déposer plainte. Les réseaux sociaux ont malheureusement été détournés de leur fonction première qui est d’échanger et non de critiquer. J’ai d’ailleurs pris la sage décision (je crois) de ne plus répondre aux interpellations dont je fais partie par ce canal. Les citoyens connaissent mon numéro de GSM, mon adresse mail du bureau ainsi que celle de la commune. Ils peuvent également s’adresser au service communal à même d’entendre leur problème."

À l’aube d’entamer cette nouvelle et dernière législature en ce qui le concerne, nombreux sont les défis qui attendent la nouvelle majorité. Parmi les principaux enjeux, le maïeur pointe le maintien dans le vert des finances communales ainsi que des taxes à un niveau acceptable.

"Nous allons aussi veiller à maintenir une bonne et franche collaboration avec les responsables de Pairi Daiza. Pour le reste, la priorité sera d’élabo

Propos recueillis par Bruno Deheneffe