Ce dimanche 28 février, il y aura un an jour pour jour que Gaëtan Dezoteux et Jonathan Corselis ont repris la Taverne du Château à Belœil. Et en une année, il s’en est passé des choses, entre l’annonce de la pandémie, le premier confinement, la réouverture et la deuxième vague. Une fameuse aventure pour Gaëtan et Jonathan, amis depuis plus de 20 ans.

Fatigués, stressés, ils gardent malgré tout le moral et continuent à se battre pour maintenir leur affaire. “Nous sommes comme sur un ring de boxe. On nous frappe mais nous ne tombons pas, nous ne sommes pas K.O. On garde le sourire. C’était notre rêve et nous n’avons pas envie de lâcher. Si nous arrivons à surmonter cette crise, on est parti pour 40 ans”, assure Jonathan. Le ton est donné.

Ayant travaillé dans un même restaurant, ils ont eu envie de lancer le leur. Le projet a mûri et en 2019, ils ont créé leur société. L’an dernier, ils ont franchi le cap. C’était donc le 28 février 2020. Les deux amis concrétisent un projet commun à deux pas du célèbre château. À l’époque, il est question du coronavirus… en Italie. Mais la pandémie ne connaît pas les frontières et 15 jours à peine plus tard, le couperet tombe. “Un ami nous a envoyé un message pour nous dire que nous devions fermer le lendemain”, se rappelle Gaëtan.

Symboliquement, les pages du calendrier n’ont plus été tournées depuis le 13 mars. C’était un vendredi. Comme pour conjurer le sort.

“Nous avons pu rouvrir le 8 juin, jusqu’au 19 octobre. Au total, sur un an, nous aurons eu 5 mois d’ouverture”, fait remarquer Gaëtan.

Pour rester debout, ils ont dû se montrer imaginatifs, créatifs. “Au printemps dernier, se rendre à la mer n’était plus permis. Nous avons décidé de mettre la mer ici dans les assiettes, en proposant des plateaux de fruits de mer et ça a cartonné”, indique Jonathan.

Les deux associés sont parvenus à garder la tête hors de l’eau grâce au take away et à différentes actions. “On a fait des hamburgers, du couscous, une love boxe Belœil pour la Saint-Valentin. Ici, pour notre premier anniversaire, on a élaboré un menu, poursuit Gaëtan. Nous n’avons pas le choix. Nous vivons avec le stress mais en même temps, nous mettons un point d’honneur à bien servir nos clients, qui nous soutiennent et qui nous ont déjà promis d’être là à la réouverture. Ce jour-là, on affichera complet !”

Être à deux, dans pareille situation, s’avère précieux. “C’est simple. Si l’un est moins bien, l’autre le rebooste. Et vice-versa, assure Jonathan. Nos parents nous apportent aussi un gros soutien moral. Ils sont aussi indépendants, ce sont des vieux de la vieille.”

Jonathan Corselis et Gaëtan Dezoteux ont misé sur une cuisine locale avec des produits du terroir, en tablant sur des collaborations avec des producteurs et indépendants du coin : boucher, primeur, chocolatier….

“Nous estimons que nous devons nous entraider, ne pas rester dans notre coin et ne pas non plus se tirer dans les pattes”, stipule Jonathan.

Ils attendent un vrai soutien

La carte est revue tous les mois. Le duo table, surtout quand le château est accessible, sur une clientèle de touristes mais également sur des gens de la région. “Je dirais que pour au moins 35 %, nous accueillons des gens venant de Gand, d’Anvers, des clubs de moto par exemple aussi. Des gens que nous n’avons plus depuis la fermeture, dit Gaëtan. Il nous reste les 60 % de clients de la région et c’est grâce à eux, avec le take away, que nous continuons à vivre.”

Gaëtan en profite pour jeter quelques pavés dans la mare. “J’ai lu et entendu que les gens de l’Horeca gagnaient mieux leur vie en gardant leur restaurant fermé grâce aux aides. Il faut arrêter de rire ! Oui, nous avons reçu des aides, mais il y a toujours les frais fixes à payer. Sans compter que sur le droit-passerelle et aussi maintenant le double droit-passerelle, nous serons taxés. Sur papier, c’est beau d’avoir de l’aide, mais c’est dangereux quand tu vois ce qu’on te prend dessus.”

Les associés disent comprendre tout à fait l’urgence sanitaire. Ils n’ont pas hésité à investir dans du matériel de désinfection et ont mis en place le tracing. "Nous avons eu zéro cas. Nous avons déboursé 2 000 € pour ces mesures sanitaires. Pour de jeunes indépendants comme nous, c’est déjà beaucoup”, ajoute Gaëtan.

En avril

Ils veulent des perspectives. “Nous espérons rouvrir en avril. Le système des terrasses ? Il faut oublier. Nous sommes en Belgique et les gens ne vont pas venir manger dehors s’il fait 4 degrés. Un système à l’italienne, de 10 h à 18 h, serait une bonne solution pour débuter, continue Gaëtan. Nous demandons un plan de relance. Il faut que les gouvernants se réveillent, qu’ils se rendent compte que oui, des jeunes comme nous ont osé se lancer en 2020. Les aides entre Wallonie et Flandre sont trop différentes. Pourquoi ne pas fédéraliser ces aides ? Certains nous disent : désobéissez, ouvrez le restaurant ! Pour payer une grosse amende après, non merci.”

Le secteur de l’Horeca a été stigmatisé. Ils le regrettent. “Les banques ne nous suivent pas tandis que les assurances pourraient faire un geste. Il est temps, assène à son tour Jonathan. Nous aurions voulu embaucher des gens et acheter du nouveau mobilier. Tous ces projets, nous devons les remettre à plus tard. Mais on y arrivera. On va s’en sortir.”

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