Nous avions évoqué hier l’enquête publique qui se tient jusqu’à ce vendredi 29 janvier à 11 heures suite à la demande d’obtention d’un permis unique de la SRL Happy Dogs située rue Meuris Marais à Blaton pour la régularisation d'un élevage professionnel de chiens bergers australiens de 36 femelles reproductrices et 4 mâles dans un établissement existant.

Les associations de protection animale n’ont pas tardé à réagir pour s’opposer à la régularisation de ce qu’elles nomment une usine à chiots !

L’Union wallonne pour la Protection animale (UWPA) s’exprime sans détours dans un communiqué. "Une pétition contre cette nouvelle extension pour Happy Dogs a d’ailleurs déjà recueilli plus 3 469 signatures en quelques heures."

L’UWPA, qui regroupe 24 associations et refuges en Wallonie, indique "qu’en cas d'avis favorable, Happy Dogs pourra continuer à exploiter une trentaine de femelles reproductrices sur le site concerné par la demande et qu’hasard du calendrier, la problématique des animaleries a été une nouvelle fois soulevée et dénoncée par plusieurs députés ce mardi en Commission du Parlement wallon. L’UWPA invite les autorités à tout mettre en œuvre pour s’y opposer, tout en réclamant de légiférer enfin contre ces pratiques commerciales. La fédération s'étonne aussi que, malgré des plaintes récurrentes et très nombreuses, Happy Dogs a pu exercer ses activités d'exploitation animale pendant des années en toute illégalité."

Appel à la mobilisation citoyenne

L’UWPA dénonce un projet insoutenable. "Le tristement célèbre élevage de Blaton, souvent qualifié d’usine à chiots, vend actuellement plus de 2.000 chiens chaque année. Lors d’un récent contrôle des autorités, plus de 365 chiots et chiennes reproductrices ont été dénombrés sur place. Le responsable a déposé une demande de permis visant à régulariser sa situation et à étendre ses installations sur l'un de ses sites. Face à ce projet inacceptable pour les défenseurs des animaux, l’UWPA introduira un avis argumenté dans le cadre de l’enquête publique et appelle les autorités communales et régionales à mettre tout en œuvre pour s’y opposer. La fédération invite également les citoyens à faire entendre leur voix en participant à l’enquête publique."

Sébastien De Jonge, vice-président de l'UWPA et directeur de Sans Collier, monte au créneau. "Alors que la fin des animaleries est réclamée par la société, que de nombreux politiques demandent au Gouvernement d’agir à cette fin, accepter le projet déposé par l’usine à chiots de Blaton afin de maintenir ses activités est un non-sens inacceptable, à contre-courant de l'évolution de la société en matière de bien-être animal."

L’UWPA signale encore qu’en Wallonie, "il existe une quinzaine d’éleveurs commerçants qui reproduisent et importent plusieurs milliers de chiots chaque année. Ces activités relèvent non seulement d’un problème éthique mais sont régulièrement dénoncées : plaintes des consommateurs, importations frauduleuses, conditions de vie des chiennes reproductrices, problèmes de santé et de socialisation des chiots… Certains ont fait également l’objet de saisies pour infractions multiples à la législation sur le bien-être animal."

Un rapport parlementaire du 28 février 2019 recommande de supprimer la catégorie des éleveurs commerçants (animaleries) et dénonce leur fonctionnement : "il apparaît que c’est principalement chez les éleveurs commerçants que l’on constate le plus grand nombre de problèmes. On peut évoquer de réelles dérives essentiellement au niveau de l’état de santé et de bien-être des chiens. Tout laisse à penser que ces éleveurs-commerçants sont en réalité des revendeurs et qu’ils n’ont en rien la fibre de véritables éleveurs. C’est aussi via ce canal de revendeurs que l’on retrouve souvent ces chiots produits dans les pays de l’Est, amenés sur notre territoire dans des conditions de transport parfois déplorables."

L’UWPA ajoute qu’aucun texte n’a encore été déposé alors qu'une base solide avait été approuvée en première lecture par le Gouvernement wallon il y a déjà 18 mois. Elle demande au Gouvernement de passer des intentions aux actes et d’agir enfin pour mettre un terme définitif à ces pratiques d’un autre âge.

Nous avons contacté Frédéric Duez, responsable d’Happy Dogs. Il ne comprend pas trop la polémique.

"Nous ne sommes pas dans une situation où on achète pour revendre. Il ne s’agit pas ici d’un gros élevage. Il n’y a même pas 100 chiens. En plus, ce sera dans un endroit bien distinct des autres sur notre site et ça ne concerne qu’une seule race, pas plusieurs. Oui, les chiots seront vendus, mais c’est tout."

Il est au passage important de rappeler que l’enquête publique dont il est question ici n’a pas pour vocation de statuer sur des infractions éventuelles au respect du bien-être animal. Elle va se pencher sur la demande de permis unique, autrement dit regroupant permis d’environnement et permis d’urbanisme.

Quoi qu’il en soit, ce dossier n’a pas fini d’engendrer des réactions.