Cette jument a participé à une opération d’évacuation du foin dans une zone humide.

Le foin est chargé. Sirène peut entrer en piste. Cette jument de 13 ans, de la race trait du Nord, était à l’œuvre ce mardi à Blaton, à deux pas de la station d’épuration, en plein cœur d’une zone humide gérée par le parc naturel des plaines de l’Escaut (PNPE). But de l’opération : évacuer les andains de foin fauché. Avec son traîneau, Sirène effectue donc des allers-retours entre la zone de déchargement et celle où se trouve le foin.

"Dans le cadre du GAL, le Groupe d’action locale des plaines de l’Escaut, nous intégrons à ce projet de ramassage du foin des personnes en réinsertion socioprofessionnelle et nous travaillons donc avec les CPAS des communes du parc" , souligne d’emblée Pierre Dumortier, chef de l’équipe de gestion du PNPE.

La zone visée ici, sorte de grande prairie humide, s’étend sur un peu plus d’un hectare. Elle appartient en réalité à Ipalle mais le parc naturel a conclu une convention avec l’intercommunale visant au fauchage et à l’exploitation de la zone pour la maintenir dans son état initial remarquable.

"Nous sommes sur un site de grand intérêt biologique " , poursuit Pierre Dumortier. "Ce site est géré par le parc depuis 2011 et on a pu y observer un grand développement d’orchidées par exemple. Leur nombre se multiplie. La bécassine des marais y est présente également et on y voit aussi de nombreux insectes. Les libellules viennent ainsi y pondre."

Le parc naturel reçoit aussi le concours de son voisin français, le parc régional Scarpe-Escaut. " L’opération de base consiste à faucher tardivement cette prairie humide. On fauche notamment les joncs et les graminées et le foin va ensuite être exporté puis valorisé. Le but est d’éviter que le milieu s’enrichisse trop. De la sorte, nous préservons les habitats des espèces. Nous sommes ici dans un milieu moyennement pauvre à tendance calcaire qui renferme de nombreuses espèces patrimoniales, donc menacées et protégées."

Paillage ou engrais

Mais de quelle manière le foin sera-t-il valorisé ? Un agriculteur du coin va en réalité le récupérer. Le foin servira au paillage, qui empêche les mauvaises herbes de se développer, ou sera utilisé comme engrais sur les prairies ou les champs. "Le foin est aussi valorisé au sein d’une unité de biométhanisation pour produire de l’énergie" , assure encore le chef d’équipe.

Tout est pensé, sur cette zone particulièrement humide, pour préserver la nature. "Sur les côtés, nous avons par exemple réalisé un paillage sur lequel nous viendrons ensuite placer des haies", ajoute Pierre Dumortier.

Le traîneau vient d’être chargé par l’équipe sur place. Il y a environ 200 kilos dessus. Pas de quoi faire peur à Sirène, qui nous salue au passage.

"Elle a son petit caractère mais elle a surtout la gnaque", nous dit Hélène Dubois, membre du syndicat d’élevage du cheval trait du Nord, qui l’accompagnait ce matin. Sirène ne rechigne pas à la besogne. Elle passe là où les gens ne passent pas. La "dame" a tout de même été championne de France 2011.

Il a fallu deux jours pour faucher et il faudra aussi deux journées de travail pour tout évacuer. Sirène reviendra sur place mardi prochain.

Hélène Dubois a donc arpenté la prairie humide avec Sirène. " On retrouve cette race aussi dans l’Aisne et la Somme mais son bassin, c’est le Nord. Il s’agit d’une race en voie de disparation. Notre but est d’assurer sa subsistance. Il y a actuellement moins de 100 naissances par an."

Autrefois, cette race était beaucoup utilisée

Hélène mène Sirène de manière spécifique, uniquement au cordeau, pour effectuer tous les mouvements. "Le cheval trait du Nord est un cheval de traction avant tout. Autrefois, cette race était beaucoup utilisée pour le travail des champs. Sa puissance est réputée."

La mission du syndicat est aussi de trouver des débouchés pour cette race : débardage, travail dans les vignes et aussi en ville. Par exemple pour le ramassage des déchets verts dans des communes en France. "Le cheval est alors secondé par du matériel moderne comme des remorques prévues à cet effet" , précise Hélène. "Ce cheval est également utilisé pour l’arrosage des espaces verts. Travailler avec des chevaux offre un triple avantage : économique, écologique et aussi social puisqu’il permet de tisser des liens avec la population."