Il y a souvent du monde dans le jardin de Colette Bourdon. Et c’est normal. Depuis deux ans, la citoyenne de Wiers, par ailleurs ex-échevine et toujours conseillère communale, accueille à son domicile des personnes souhaitant faire le grand saut vers l’Angleterre. Pour parler concrètement, des migrants.

"Tout a commencé il y a deux ans après un spectacle à Bruxelles. J’avais eu l’occasion de passer au parc Maximilien, d’où les migrants partaient le week-end pour rejoindre des familles d’accueil. J’ai alors souhaité en prendre deux chez moi."

Elle est en contact régulier avec la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés, région Wallonie Picarde. Devenue hébergeuse, comme elle dit, Colette Bourdon offre le gîte et le couvert. Irakiens, Palestiniens, Érythréens, Éthiopiens : accueillir les gens chez elle est devenu une habitude.

"Ils venaient souvent du vendredi soir au lundi matin. L’occasion pour eux de se reposer et de laver leur linge. Quelqu’un venait les conduire. D’autres sont restés plus longtemps. Je continue à en accueillir régulièrement."

Une petite "jungle", pas comparable à celle de Calais, loin de là, s’est créée aux abords du parking de l’E42 à hauteur de Bury. "C’est une boulangère qui au départ m’a parlé de ce camp. Les migrants venaient lui demander à manger. Un premier camp a été démantelé. Ils sont partis ailleurs, explique Colette Bourdon. Aujourd’hui encore, il y a toujours des tentes près du canal. Mais le camp est vide depuis la fermeture du parking de Bury."

C’est juste. Nous sommes allés sur place, quelque part le long du canal. Les tentes sont là, fermées. Une mini-cuisine, façon de parler, a été aménagée. Il fait humide, mais c’est à partir de là que se joue souvent le destin de ces personnes. Leur objectif ? Monter dans un camion en espérant atteindre l’eldorado, à savoir l’Angleterre. Pas pour le soleil, bien entendu.

"Pourquoi outre-Manche ? Déjà parce qu’ils parlent tous anglais mais aussi pour les conditions d’accès à un travail", souligne-t-elle.

Colette distingue trois profils dans les gens qu’elle accueille : les demandeurs d’asile, les personnes en attente d’une demande d’asile et enfin les migrants en transit, qui tentent leur chance chaque soir sous la houlette des passeurs pour monter dans un camion. Encore une fois, depuis la fermeture du parking de Bury, ils n’en ont plus beaucoup l’occasion.

"Certains migrants ont essayé plus de 100 fois avant de parvenir à gagner l’Angleterre. Ils étaient partis à 15 ans de leur pays, fuyant la dictature, les guerres ou la misère, tout simplement. Ils tentent d’abord de fuir vers les pays voisins et après essaient de venir en Europe. Je reste dans la légalité. Je leur donne à manger, je les loge. Ne pas les aider, ce serait de la non-assistance à personne en danger. On parle beaucoup du bien-être animal. C’est bien, mais il faut aussi voir où sont les priorités. Maintenant, je ne les accompagne pas quand ils tentent de monter dans un camion. Ce n’est pas mon rôle. Mais on ne peut pas laisser des êtres humains dans une telle situation. La Belgique a des engagements internationaux. Elle n’est pas la seule."