Le grand entretien de la semaine Rencontre avec Pierre-Marie Sprockeels, initiateur du mouvement citoyen CAP Belœil.

Le mouvement citoyen CAP (citoyens, agissez, participez !), initié il y a une bonne année par Pierre-Marie Sprockeels, avait obtenu deux sièges aux communales en 2018. L’avocat de Stambruges nous a reçus afin de dresser un premier bilan. Entretien à bâtons rompus.

Pierre-Marie Sprockeels, avec le recul, que vous inspire le résultat de CAP ?

"Ma réaction est double. D’abord, la joie d’avoir obtenu deux sièges au conseil communal et un au niveau du conseil de l’action sociale. C’est la première fois qu’un mouvement non issu des partis traditionnels remportait des sièges. Ensuite, je me dis que nous sommes dans l’opposition et que mettre en œuvre nos projets concrets, on n’y arrivera pas vraiment, ce qui a un côté frustrant. D’autant que nous sommes impliqués beaucoup plus que d’autres dans les débats et la gestion communale quotidienne."

Que voulez-vous dire ?

"Je consulte par exemple assez tôt certains règlements que nous devons ensuite voter au conseil communal. Je n’hésite pas à y apporter des corrections juridiques et orthographiques, que je transmets ensuite en envoyant un mail à l’échevin compétent. Je ne voudrais pas associer mon nom et celui de ma colistière à des textes mal ficelés. Et puis, je suis un maniaque de l’orthographe. Si ça ne va pas, je m’énerve. Il me paraît donc indispensable d’effectuer ce travail. Neuf fois sur dix, mes remarques sont reçues de façon très positive. Mais je constate qu’il n’y a pas de contrepartie. Ce n’est pas du donnant-donnant. Je me dois quand même de dire que quand je demande certaines pièces aux services communaux, je les reçois sans problème."

Sur les bancs du conseil communal, le climat semble constructif.

"Il l’est. Si vous observez la disposition des tables, ma colistière Gaëlle Moulin et moi sommes installés juste en face du bourgmestre et de l’ensemble du collège. Ils nous ont dans leur champ de vision, ce qui crée une sorte de relation intime. Aussi bien avec le bourgmestre qu’avec le reste du collège, ça se passe bien et ça me fait plaisir."

Certains vous voyaient sans doute sortir le bazooka régulièrement.

"Dans mon métier, j’ai une réputation de tueur. Mais je fais aussi de la médiation depuis dix ans et ça influence la manière de voir les choses. De toute façon, faire de l’opposition à tous crins ne sert à rien. Même si le groupe Pour l’avenir et nous faisons bloc, nous ne serons jamais qu’à dix et nous resterons en minorité. Maintenant, on peut se distinguer des uns et des autres en adoptant des discours différents sur certains sujets. En tout cas, nous ne la jouons pas perso. S’il faut faire des suggestions, on les fait. Et on vote aussi des projets avec la majorité."

On vous sent prêt à continuer à vous investir.

"Écoutez, dans mon esprit, c’est clair, je fais un mandat. La suite ? Je suis disponible, mais je n’ai pas d’intentions personnelles. Je suis un vieil anarchiste qui déteste le pouvoir."

Vous n’aimeriez pas gouverner malgré tout ?

"Je répète qu’il y a une certaine frustration à figurer dans l’opposition. Mais être sur le devant de la scène ne m’intéresse pas. Je préfère un rôle d’éminence grise, d’influenceur. Mettre son grain de sel, parvenir à influencer les décisions."

Depuis octobre 2018, des mouvements citoyens ont du mal à tenir leurs troupes et certains ont même déjà explosé. Qu’en est-il du vôtre ?

"On tenait à présenter une liste complète. C’était mon obsession. Maintenant, on savait que tout le monde n’arrivait pas avec la même motivation. Après, il y a eu quelques défections. Mais le noyau du groupe est toujours là et nous discutons avec des gens."

Comment faire pour élargir votre base justement ?

"Nous avions une liste aux forts accents campenaires, centrée sur Stambruges. Il faut sortir de cette configuration, convaincre des gens d’autres villages de nous rejoindre. Je suis persuadé que le prochain bourgmestre de Belœil sera une femme. Et de CAP."

Ah bon ! À qui pensez-vous ?

(Il rit) "On en reparlera."

Pourquoi une femme ?

"Belœil est l’archétype du conservatisme. Il faudrait quelqu’un de nouveau, d’imaginatif, qui n’a pas été élevé durant 40 ans dans le sérail."

Geoffrey Devaux