Depuis 1989, entre grandes joies et heures sombres, Phil’s Confection garde le cap.

La visite du ministre fédéral des Indépendants et des PME, Denis Ducarme (MR), chez Phil’s Confection n’était pas anodine pour Philippe Cohen et son épouse Katty.

C’est en 1989 que l’entreprise est née. "Dès 1985, nous étions sur les marchés, où nous vendions des chaussettes, se souvient Philippe. Nous fabriquions déjà quelques vêtements à Blaton. Puis, l’aventure Phil’s Confection a commencé quand nous avons décroché un gros contrat avec la firme Wollux de Mouscron pour fabriquer des drapeaux. Wollux préparait la Coupe du monde 1990 et avait perdu son confectionneur. Il lui fallait retrouver quelqu’un."

Phil’s Confection, dont le travail était reconnu comme une composante du secteur de la bonneterie, connaîtra son apogée dans les années 2000. "Lorsque les tours jumelles ont été attaquées en 2001, il a fallu produire des drapeaux dans le cadre des funérailles et autres commémorations. Nous avions le surplus des États-Unis. Pendant un mois, nous avons confectionné entre 15 000 et 17 000 drapeaux par jour ! Nous avons aussi travaillé à un moment avec la NBA, la ligue américaine de basket."

L’entreprise a compté jusqu’à 49 salariés. "On a senti le vent tourner en 2010, assure Philippe Cohen. Nous entendions alors parler des prix pratiqués en Roumanie et Wollux a décidé de délocaliser là-bas."

En décembre 2014, le couperet est tombé. Philippe a tenté de retrouver des clients dans le drapeau en France, en vain. "Il a fallu liquider, licencier. Et payer, aussi, pendant cinq ans. Ici, l’entreprise sort la tête de l’eau. Les dettes fiscales, l’ONSS : on ne nous a pas lâchés."

Ils se sont recentrés sur la vente de vêtements de travail, de loisir et aussi sur les vêtements de sport en gros. Sans oublier l’impression. La vente de drapeaux continue mais ils ne sont plus produits sur place. "Changer de nom, tout recommencer à zéro : je n’avais pas envie de ça. Aujourd’hui, nous sommes trois indépendants, mon épouse, un associé et moi. Il y a eu des moments difficiles. Ici, nous avons augmenté notre cahier de clients et même réalisé des travaux."

À 55 ans, Philippe est passé par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Mais ce mercredi, il faisait soleil à Grandglise…

Des survivants !

Philippe Cohen et le ministre ont aussi discuté des obstacles à surmonter pour les PME.

Vous êtes des survivants." C’est ainsi que le ministre Ducarme s’est adressé à Philippe Cohen lors de sa visite.

Délocalisations, concurrence, complexité des marchés publics, clauses abusives : les obstacles ne manquent pas pour les sociétés comme Phil’s confection.

Philippe Cohen a mis le doigt sur les lourdeurs administratives. "Pour presque rien, il faut remplir dix pages. Nous sommes trois indépendants multifonctions. Et par rapport à des soumissions, si nous n’avons pas le temps, on ne remet pas de prix. En Belgique, pour une soumission de 100 €, il faut trois mois de palabres. Sans compter qu’on reçoit parfois des cahiers des charges pour des activités qui ne sont pas les nôtres comme de l’outillage ou des pneus."

Denis Ducarme a expliqué qu’il était désormais plus facile en tant que petite PME d’avoir accès à des marchés publics. "Et ce en subdivisant les marchés par lots. Ceci est une avancée au plan fédéral et ça doit inspirer les autres niveaux de pouvoir. Il faut clairement simplifier l’accès des PME aux marchés publics."

L’une des pistes à suivre pour avoir son mot à dire pourrait être celle des achats groupés, englobant plusieurs sociétés. Le ministre a précisé que ce procédé était en vogue en France. "Chez nous, on a encore du mal."

Le travail s’en va

En matière du coût de la main-d’œuvre, Denis Ducarme a rappelé la nécessité de lutter contre le dumping social. "On voit le travail partir vers l’Est. Nous devons être plus compétitifs en matière de coût du travail. Nous avons déjà évolué à ce niveau et il faut continuer à protéger nos PME par rapport à la délocalisation. Indépendants comme salariés sont touchés. L’Europe représente des garanties et des opportunités sur le plan commercial, sur celui de la sécurité aussi, mais elle doit en même temps pouvoir protéger ses entreprises."

Il martèle qu’il faut s’opposer à des accords et traités comme celui du Mercosur qui permet à des pays d’Amérique du Sud d’exporter leur viande. "Oui, il faut savoir dire non à ces procédés. Car au final, c’est l’agriculture familiale qui est en péril."