En inaugurant fin 2019 ses nouvelles installations à l’occasion du 250e anniversaire de la brasserie, Hugues Dubuisson et ses collaborateurs ne pensaient sans doute jamais devoir faire face quelques mois plus tard à une crise sanitaire qui, forcément, a un impact sur l’entreprise.

Aujourd’hui, le sentiment oscille entre déception et colère au vu des disparités d’aides entre Flandre et Wallonie.

"En Flandre, nous aurions bénéficié d’aides à hauteur de 105 000 €, contre 30 000 € reçus en Wallonie pour une période équivalente de 3 mois de fermeture. Soit 3,5 fois plus, assène Hugues Dubuisson. En plus, la Flandre aide l’ensemble de la filière impactée par la fermeture de l’Horeca, donc aussi les acteurs de la production et de la distribution. Son aide s’adresse à toutes les entreprises sans distinction, à condition d’avoir subi une perte de 60% de son chiffre d’affaires et/ou d’être une entreprise dont le chiffre d’affaires est dépendant à 50% d’un secteur ayant été totalement fermé suite aux mesures Covid. La Wallonie, elle, a fixé des règles en fonction du secteur d’activité. Toutes les entreprises n’ont pas droit à une aide. C’est le cas du secteur de la distribution ou de la production. Le Gouvernement wallon a bien annoncé qu’un subside serait octroyé aux fournisseurs de l’Horeca, mais à ce jour, il n’y a toujours aucune trace d’un quelconque soutien."

D’après le groupe Dubuisson, l’entreprise de distribution dans laquelle il est actif aurait reçu 80 000 € d’aides en Flandre contre 0 € en Wallonie pour une période équivalente de 3 mois de fermeture.

"Nous avons enregistré un recul pendant les mois de confinement de près de 40% des volumes écoulés en 2020 en comparaison avec la même période de l’année 2019. A contrario, nous n’avons reçu aucune aide de la Région wallonne pour combler ces pertes, poursuit Hugues Dubuisson. Au niveau de nos quatre établissements Horeca, les aides reçues ne permettent parfois même pas de couvrir un mois de loyer… Ces subsides représentent 0,38% du chiffre d’affaires total des établissements calculé sur l’année 2019."

Bref, le bilan 2020 est désastreux pour le groupe Dubuisson, qui n’est pas seul dans le cas puisque de nombreux acteurs de la filière sont également en train de trinquer. "Nous comprenons la mise en place de mesures sanitaires mais nous restons dubitatifs quant à la politique d’aides. Une cacophonie à la belge qui crée de fortes inégalités entre nord et sud, estime Hugues Dubuisson. Les mesures sanitaires de confinement sont prises, pour la plupart, par le Fédéral via le comité de concertation. Les Régions ont ensuite la responsabilité d’octroyer les aides nécessaires. Or, la Région flamande propose des subsides bien plus concrets et substantiels."

Chez Dubuisson, on a fait un autre calcul. "Là où le sud du pays a décidé d’une prime fixe en fonction du nombre de salariés employés par une entreprise, le nord du pays propose une mesure adaptée et plus conséquente, explique Hugues Dubuisson. Le calcul de l’aide se base sur le chiffre d’affaires de l’établissement. Ainsi, un restaurateur flamand touchera 10% du chiffre d’affaires perdu sur la même période un an plus tôt. Une méthode plus juste et mieux adaptée à la situation de chacun. Il y a évidemment des plafonds fixés à ces aides et dépendant du nombre de salariés employés par l’entreprise. Un mécanisme commun donc entre Wallonie et Flandre, à deux grosses différences près : les montants d’aide sont sensiblement inégaux et le baromètre wallon est prévu pour des entreprises allant jusqu’à 10 salariés contre 50 dans le système de calcul flamand."

Le comité de concertation de ce vendredi 26 février ne devrait pas, selon le groupe Dubuisson, apporter de grandes solutions aux entreprises ayant une activité économique liée à l’Horeca. La plus ancienne brasserie de Wallonie tire la sonnette d’alarme afin que les pouvoirs publics réagissent et sauvent ce qui peut encore l’être dans le secteur, sous peine de voir l’Horeca wallon se transformer en un cimetière de faillites.