Fermeture des bars à 23 heures, tables de 4 personnes maximum… Les nouvelles mesures gouvernementales vont donner grise mine aux cafetiers. Plusieurs d’entre eux nous ont signifié qu’ils préféraient ne pas s’exprimer publiquement. "Mes paroles seraient trop extrêmes. Je suis sur les nerfs, nous a dit l’un deux. Je ne vais pas savoir me contenir. Je sais que le virus est là, aucun doute, mais rien n’est logique dans les mesures annoncées", assure un autre.

De son côté, Maxime Dangreau, à la tête du Napoléon à Bon-Secours depuis moins d’un an, évoque une certaine forme d’acharnement. "Je suis frustré, c’est sûr, dit-il. Pourquoi une fois de plus tout mettre sur le dos du secteur Horeca ? En plus, on limite les tables à quatre mais peut-être qu’en sortant de mon café, les gens se réuniront à quinze en privé pour finir la soirée. J’ai encore vu récemment qu’il y avait plus de 2 000 personnes dans une grande surface. Il y a deux poids, deux mesures."

Le vendredi, Maxime a l’habitude d’organiser des soirées jusqu’à 1 heure du matin. Forcément, ces nouvelles mesures vont constituer un manque à gagner. "Je vais perdre 30 % de ma caisse le vendredi. Et le samedi, j’ouvre jusqu’à 22 heures mais à 20 h 30, il n’y a plus grand monde. Les gens ont peur et puis, ils ont aussi perdu du pouvoir d’achat."

Lorsqu’il a repris le Napoléon, le jeune homme âgé de 19 ans aujourd’hui n’entendait pas placer tous ses œufs dans le même panier. Il avait déjà un pied dans le secteur de la construction. Bien lui en a pris. "Je voulais faire une évaluation de la situation de mon café à un certain moment, histoire de voir quelle direction professionnelle prendre. Mais avec l’arrivée du Covid, il n’y a plus eu photo et j’ai décidé de lancer mon entreprise de construction tout en continuant à exploiter le café. Évidemment, je dois payer quelqu’un pour tenir mon bar. Mais je n’ai pas le choix si je veux gagner ma vie convenablement. Je suis jeune et je vis encore chez mes parents mais je pense à mes collègues cafetiers qui doivent se débrouiller seuls."

Maxime indique aussi qu’à part quelques exceptions, le secteur respecte bien les mesures sanitaires. "Dans mon café, les clients n’ont pas de soucis à respecter la distance de 1 m 50. Il y a du gel et j’ai aussi la check-list à l’entrée. Je ne veux pas juger le nouveau gouvernement, qui vient de se mettre en place, mais pourquoi toujours l’Horeca ? Vendredi, quand je vais dire aux clients vers 22 h 30 qu’ils doivent boire le dernier verre, ils vont faire une drôle de tête."