Le Brexit fait plus que jamais l'actualité. Loïc Delhuvenne, directeur de l'Agence de l'Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai et Maître de conférences, spécialiste sur les questions européennes, à Espol Lille et la HEH Tournai, s'exprime sur le sujet dans une carte blanche.

Un moment historique pour l’Union Européenne, la sortie du Royaume-Uni est imminente. Il n’est plus question de savoir si c’est une bonne ou une mauvaise chose, la sortie est en cours. Européen.ne.s, tenons compte de cela et apprenons des effets de ce Brexit. Il est à présent temps de se construire avec ceux qui sont plus que jamais porteurs des valeurs européennes et se concentrer à faire évoluer l’Europe pour éviter d’autres sorties.

Les politiques au repli identitaire trouvent vigueur sur nos terres. Pourtant nos valeurs sont nées au lendemain des atrocités de la seconde guerre mondiale. Nous avions réussi à nous unir pour faire face à l’abject et à l’impensable. Ensemble, nous avions réussi à construire une Europe solide et soudée.

La sortie du Royaume-Uni doit éveiller nos consciences, secouer nos idées, renforcer nos unions. Voyons cela comme une opportunité pour renouer le dialogue et pour traiter les sujets qui font actuellement défaut au sein de l’UE.

La nouvelle commission européenne devra faire œuvre de ténacité et de pragmatisme afin de mettre en œuvre ses priorités pour 2024. Un Green Deal européen qui ambitionne de faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre, une économie soucieuse des citoyens et de leur avenir, une Europe qui diminue la fracture numérique, renforce l’appartenance et les valeurs européennes.

Des ambitions, il y en a et il en faudra…toujours. À ceux qui estiment que cela est inatteignable, je leur dirai que poser le pied sur la lune était une impossibilité début du siècle passé. Pourtant, l’homme a réussi « l’impossible » voici 50 ans.

C’est dans cette démarche positive, optimiste et volontaire que nous devons nous situer.

Si le Brexit et l’atteinte, par certains gouvernements, aux valeurs européennes entachent l’image européenne, les enjeux climatiques, économiques, sociétaux et citoyens doivent être notre priorité pour redresser la barre. Pour le Brexit, il faut laisser partir ce qui doit partir et se concentrer à réussir ce qui est présent. Pour les valeurs européennes, il est temps de les renforcer.

Les ambitions sont nombreuses et elles ne pourront être atteintes que si chacun d’entre nous y met du sien et y croit, véritablement. Développer une économie forte, tout en limitant les conséquences néfastes sur la planète, c’est possible ! Mais cela doit être une conscientisation de tous les niveaux, des dirigeants en passant par les industriels et les entrepreneurs. Les moyens financiers sont à investir dans les projets qui intègrent ces dimensions écologiques et sociales. Les uns vont avec les autres.

La démocratie européenne doit être renforcée par l’ouverture au dialogue. Entre citoyens européens, nous ne nous connaissons que peu. Entre voisins transfrontaliers, les échanges d’idées, de projets, de collaboration sont encore trop insuffisants. Pourtant, 1 personne sur 3 vit dans une zone transfrontalière. Cela représente 170 millions d’Européens ! Quelle aubaine pour booster une dynamique de changement, de concertation et de coentreprise afin d’atteindre les priorités européennes ! Osons les consultations et les assemblées citoyennes, engageons nos idées, fédérons les réflexions et les propositions d’actions communes. Et que le Brexit, aussi triste soit-il, devienne une opportunité de nous rassembler !

Ceci est ma conviction : le niveau local est essentiel pour faire briller les étoiles du drapeau européen !