Tournai-Ath-Mouscron C’est le SMS que voudrait envoyer Cameron Vandenbroucke à son père !

Dix ans après la disparition tragique de Frank Vandenbroucke, sa fille Cameron n’a rien oublié de ce matin du 12 octobre 2009. " En voyant papy Jean-Jacques entrer dans ma chambre, j’ai tout de suite compris qu’il se passait quelque chose de grave, car ce n’était jamais lui qui venait me réveiller en semaine " , raconte-t-elle la gorge nouée.

Jean-Jacques Vandenbroucke était en effet porteur d’une très mauvaise nouvelle. "Je ne savais pas comment expliquer à ma petite fille de dix ans qu’elle ne reverrait plus son papa. Alors je lui ai simplement dit que Frank ne pourrait plus revenir à la maison. Et elle a compris ."

Cameron a saisi une photo et a dit à son grand-père, en la lui montrant, que son papa resterait donc pour toujours en Italie ! Son lieu de résidence depuis quelques mois déjà.

Mais des souvenirs plus apaisants, Cameron en garde aussi plein la tête. " Vers l’âge de huit ans, avec ma cousine nous rêvions d’avoir un animal de compagnie, genre hamster ou lapin nain. Mais papy et mamy s’y opposaient. Alors, un jour qu’il rentrait de compétition, sans rien dire à personne, il m’a emmenée chercher ce petit compagnon. Et a ensuite essuyé les foudres de sa maman avec le sourire. "

Frank Vandenbroucke était dingue de sa fille. C’est du moins le souvenir que Cameron veut garder de lui, dix ans après sa disparition.

" Aujourd’hui, j’ai évidemment appris à le connaître par les médias. Car à neuf ans, je n’avais qu’une seule passion, la course à pied et l’athlétisme. Et je ne me préoccupais pas le moins du monde du vélo et de sa carrière. Pourtant, je sais que papa était très fier de moi " , reprend-elle en imaginant les craintes de Frank depuis qu’elle roule à vélo.

" J’ai bien essayé de la dissuader, mais à la suite de son accident et de ses fractures au pied, Cameron a irrémédiablement perdu la mobilité de sa cheville. Réduisant à néant son rêve de devenir championne de course à pied " , confesse le grand-père.

Jean-Jacques Vandenbroucke sait que son fils voulait préserver Cameron du monde du vélo et ne l’aurait jamais encouragée à troquer ses spikes pour une paire de roues et un guidon.

Alors , il veille, à la place de Frank, sur la carrière de sa petite-fille. "Cameron n’est pas passée par la case des débutantes et découvre le cyclisme en compétition à l’âge de dix-huit ans. Sans aucun écolage préalable. Ce qui me fait craindre pour elle à chaque fois qu’elle enfourche sa machine. Mais bon sang ne saurait mentir" , conclut-il avec résignation.

" Mon fils me manque aussi. Sans doute autant qu’à sa maman et à ma petite-fille. Mais le destin, hors norme, d’un champion parfois malmené par l’existence ne doit pas nous faire oublier que Frank ne voudrait certainement pas que l’on vive dans l’amer souvenir de sa disparition " , ajoute Jean-Jacques qui vient de dévoiler, avec Cameron, la stèle commémorative. Et ce dimanche après-midi, c’est en roulant deux heures à vélo qu’il se retrouvera seul à seul avec son fils.

Un défilé de supporters tous les jours

Depuis dix ans, il ne se passe pas une seule journée sans que la tombe de Frank Vandenbroucke ne reçoive une visite.

"En entrant dans le petit cimetière, accolé à l’église du village, l’itinéraire est même fléché. De sorte que ses innombrables supporters ne se fourvoient pas dans le dédale des allées" , explique Chantal Vandenbroucke.

Frank est un champion atypique. Il a déchaîné les passions en remportant Gand-Wevelgem et Paris-Nice en 1998. Puis, dans l’euphorie, et parfois même la contestation, sa plus prestigieuse victoire à Liège-Bastogne-Liège, l’année suivante.

Mais la carrière de VDB, ce n’est aussi pas moins de 13 équipes en quinze ans de professionnalisme. Et quelques tourments aux plans professionnel et affectif.

"Pourtant, depuis sa disparition, sa popularité ne cesse de croître. Surtout dans le sud du pays, où Frank demeure parmi les coureurs cyclistes les plus plébiscités" , reprend sa maman.

D’autres ont un palmarès plus étoffé que lui, mais ne demeurent pas pour autant dans l’imaginaire collectif. Les supporters de Frank lui vouent un véritable culte, aujourd’hui encore, et n’ont cure des épisodes chaotiques de sa trop courte existence.

"C’est ce que nous rappellent, sans cesse, ceux qui débarquent, en pèlerinage sur la place de la Rabecque à Ploegsteert" , observe, avec réconfort, Chantal Vandenbroucke.

La tombe de VDB, ornée d’une roue de vélo, voit s’empiler, comme autant de témoignages d’affection, les bidons de ceux qui n’hésitent pas à faire le déplacement à vélo jusque dans l’entité de Comines.

"En avril dernier, Frank a même fait l’objet d’un remarquable documentaire, en sept épisodes, sur les antennes de la chaîne flamande de service public. Et l’on ne compte plus les publications, dans les deux langues, qui traitent de l’homme, de sa vie et de son œuvre. Comme d’une icône ou d’un mythe" , conclut sa maman.

Alors, ce dimanche à Ploegsteert, c’est un hommage de plus qui a été rendu à Frank Vandenbroucke, lorsque ses parents et sa fille ont dévoilé la stèle commémorative des dix ans de sa disparition.

Johan Vercammen, supporter: "Les meilleurs amis du monde"

"Il a bouleversé mon existence quand il m’a laissé rentrer dans sa vie" , confie ce supporter flandrien. Originaire de Vilvorde, Johan suivait la carrière de Frank, à distance, jusqu’à ce jour de 2006, où au détour d’un cyclo-cross, VDB lui a donné son numéro de téléphone dans les vestiaires. "À compter de ce jour, nous sommes devenus les meilleurs amis du monde. Et je peux témoigner l’avoir vu faire preuve d’empathie et mettre la main au portefeuille pour venir en aide autour de lui."