Les résultats seront proclamés le vendredi 13 mars prochain.

Ce samedi, ils étaient une nouvelle fois nombreux à se frotter aux dictées des Olympiades d'orthographe de Tournai. Découvrez ci-dessous les textes des différentes catégories.

Dictée des enfants (écoles primaires)Prendre son envol... de Maïté De Temmerman

Du haut de ses trois pommes, le garçon s’avança sur l’estacade et s’arrêta net, s’agrippant à la rambarde pour ne pas tomber et admirer le spectacle qui se tenait devant lui.

Ses yeux étaient ébahis et posés sur un rassemblement de mouettes dont on pouvait distinguer les cris à quelques mètres de là.

Sa maman, à quelques pas derrière lui, l’appela pour continuer leur route. L’enfant ne bougea pas, les mains toujours accrochées à la rambarde, le regard fixé sur cet instant de volage, de rencontre et de découverte. La mère vint prendre son fils dans ses bras.

Et il n’avait d’yeux que pour cette mouette, qu’il suivait du regard lors de son envol, s’éloignant peu à peu de cet instant de liberté.

Dans sa chambre, quelques minutes plus tard… Un livre ouvert sur la commode, des mots peints et colorés d’Orsenna. Un carnet de notes fermé, mots gardés, mots secrets. Et cette petite clé, posée sous la lampe de chevet. Qu’ouvre-t-elle ? Je vous laisse imaginer.

Dictée des ados (écoles secondaires)
Ras-le-bol en terre aviaire, d'après Gil Bartholeyns

La région où Sully s'était aventuré le matin même formait une suite équivoque de collines ambitionnant les sept cents mètres d'altitude, sommées de forêts d'épicéas, de landes et de tourbières battues par les vents dominants d'ouest. Les brouillards, naissant des tourbières et de la transpiration des résineux, mouillaient les villages bordiers qui s'étiraient sans raison le long d'une route croisant une ancienne voie de chemin de fer, passant devant le terrain de football, l'école, la pompe à essence, la boulangerie. Avec les églises et les épiceries moribondes, c'était à peu près tout.(...)

Frederik en avait marre. Les gens lui sortaient toujours des chiffres mirobolants comme des lapins d'un chapeau. On mélangeait tout, les espèces végétales, les espèces animales, les contextes, l'eau potable et l'eau de pluie, et les gaz à effet de serre alors que le pouvoir de réchauffement du protoxyde d'azote était malheureusement pour les éleveurs deux cent quatre-vingt-dix-huit fois plus important que celui du dioxyde de carbone. On faisait dire aux chiffres tout et son contraire selon que l'étude fût à charge ou à décharge.

Frederik en avait plein les bottes de se faire balader et esquinter par l’ignarerie à grande échelle. Les kiwis de Nouvelle-Zélande, les mangues d'Arabie saoudite, les avocats du Mexique, tous certifiés bios, ça lui donnait une petite crampe de conscience mais ce qu'il connaissait, lui, c'était les poulets et il avait de bonnes raisons de penser que l'élevage biologique de volailles polluait plus que le sien. Frederik voyait parfaitement comment ça se passait chez son cousin Philipp. Ses installations et ses machines étaient à peu près les mêmes, mais ses poules excrétaient partout en se baladant à l'air libre. Leurs déjections filaient directement dans les sols ou ruisselaient sans aucun contrôle. La police de l'environnement ne venait pas enquiquiner Philipp, tout simplement parce qu'il avait moins de quarante mille volailles, seuil fatidique à partir duquel on était dans leur collimateur. Frederik en savait quelque chose…


Dictée des adultes (dès 16 ans)


Balade heuristique dans la fagne de Jean-Pierre Otte, "Blaise Menil, mains de menthe, le guérisseur".

L'été a gonflé, comme la cosse sombre d'une fève, serrant ses graines dures. Les fermes sont lourdes d'avoine et de foin; elles naviguent avec leurs cargaisons de raves et leurs silos, virent dans le vert des billons d'essartage, accostent les futaies couleur de braise.

Il y a des ballots jusqu'aux travées des granges. Les gerbiers sont pleins, les sacs d'orge et de tourteau(x) entassés. Joseph qui est rougeaud et frisé comme le valet de trèfle, s'éclipse à l'étable pour répandre de la paille et vérifier l'arrivée de l'eau dans les auges.

Menil est aux champs. Le soleil roule comme un moyeu avec sa moelle d'or et ses rayons dispersés. Autour des baies de bourdaines, des happements, des froissements noirs : de gros merles se laissent choir sous les feuilles cireuses. Une brise a disséminé les lunules des pissenlits, laissant dans l'herbe des têtes d'os poreux.

Menil glisse ses doigts entre les oseilles des prés repliées sur leurs cuisses de grenouille(s), dégage la racine de bardane et celle de la consoude qui, fraîchement (fraichement) épluchée, cicatrise les gerçures aux seins.

Au-delà d'une lueur verte que filtrent les buis vitrifiés, il trouvera d'autres plantes qui guérissent : la berce, le bouillon-blanc, l'aigremoine et, au bout d'une sente humide dans les feuilles d'arums, sur les décombres d'un muret, les chélidoines dont le latex jaune des tiges rompues guérit les verrues.

Dans la lumière diffuse et chaude, le village s'étire et se déplie avec ses coqs et son église, le peuple des pintades et des poules derrière les treillis, les brebis qui ont des graines de tanaisie dans la laine et la lessive de tout le monde qui sèche au vent. Les verdiers se mirent dans la gomme translucide qui s'exsude au(x) tronc(s) des pruniers.

Un lait bleu brûle (brule) et bout dans le rhizome de l'euphorbe. Le millepertuis porte sous les pétales des petites glandes de suc rouge dont il tire l'huile aux brûlures (brulures). L'aubépine et la bourrache font tomber la fièvre et livrent le corps à un brusque désœuvrement, une somnolence maussade, comme un fond de vase soulevée, que les menthes rendront peu à peu transparente.

Menil recueille chaque plante avec beaucoup de délicatesse, cassant net la tige à deux doigts du sol, coupant avec l'ongle les fleurs avant qu'elles s'ouvrent. Il les fourre précautionneusement dans le sac de toile qu'il porte en bandoulière. Quelquefois il trouve une belladone; il la met à sécher entre les pages rognées d'une bible où elle laisse des taches rouges. (...)

"Après la fenaison, le séchage du seigle sur les essarts, il y a un creux, quelques jours de battement, avant les semailles de septembre. Besace au dos, souliers ferrés et bâton de cornouiller, je m'échappais sur les chemins vers les villages et les futaies. Je sentais une chlorophylle douce et difficile inonder mon corps : l'adolescence et son souffle frais et flexible comme la cépée d'alisier. Je m'abreuvais à la lèvre blonde des sources. (...) Je m'aventurais au pays d'Ourthe. On venait de fêter l'Assomption. Les Vierges aux croisées des chemins étaient fleuries d'œillets et d'origans. Le jour déclinait lorsque vint une averse. Je me réfugiai dans un bois de feuillus et me collai à l'écorce d'un rouvre. Mon corps s'engourdissait. Je marchai devant moi, au hasard, à travers laies et clairières."