Devrim Gumus est le nouveau directeur-gérant du Logis tournaisien. La priorité n° 1 : l’entretien des 4.500 logements sociaux

Mille cinq cents personnes se trouvent sur la liste d’attente du Logis tournaisien, mais la construction de logements sociaux n’est pas la première priorité du Logis tournaisien. La priorité n° 1 : l’entretien du parc locatif.

À la tête de la société de logements tournaisienne, Devrim Gumus, 37 ans. Le nouveau directeur-gérant, jadis responsable des services techniques de la Ville de Tournai, a succédé début septembre à Eddy Sory. Le Logis tournaisien s’était séparé de lui en mai dernier après avoir été en congé maladie depuis janvier 2016.

Dans quel état avez-vous retrouvé le Logis tournaisien ?

En bon état. C’est une institution saine qui fonctionne de manière opérationnelle. Il n’y a seulement pas de stratégie puisqu’il n’y a pas eu de directeur-gérant depuis presque deux ans. Mais le personnel est compétent. Il a très bien géré la situation sur le court terme. Pour l’instant d’ailleurs, comme je viens d’arriver, je rencontre ce personnel. Je rencontrerai ensuite les partenaires du Logis dont la Ville de Tournai bien sûr, et les comités de quartier.

Quel est votre rôle alors ?

Mon travail est d’établir une stratégie sur le moyen et le long terme dans le cadre de la politique de logement de la Ville de Tournai. Cette politique est déterminée par le conseil d’administration du Logis tournaisien. Le CA établit la politique et je la traduis en stratégies. Je donne ensuite les impulsions stratégiques aux diverses directions qui traduisent cela de manière opérationnelle. Nous avons également changé de gouvernement wallon et de ministre de tutelle. Nous sommes donc en stand-by par rapport à leur politique. Maintenant, en termes de stratégie, j’ai travaillé sur le schéma de structure communal de la Ville de Tournai. Des zones de logement ont été établies. Le Logis ne s’inscrira que là-dedans.

La situation financière serait compliquée. Est-ce exact ?

Non, le Logis tournaisien est une entreprise saine. Avec son patrimoine actuel, il est en positif tous les mois. Le chiffre d’affaires du Logis tournaisien est tout de même de 8,5 millions d’euros par an. Nous avons une capacité économique qui nous permet d’investir dans le logement social. Par contre, il est vrai qu’il y a beaucoup de dossiers en cours qui nécessitent de dégager des fonds et il faut donc tout d’abord les terminer. La situation va se résorber au fur et à mesure que les logements vont être mis en location.

Le Logis veut donc tout d’abord terminer les gros dossiers en cours.

Exactement. Le Logis construit une centaine de logements en ce moment. On peut citer les chantiers du quartier du Maroc à Tournai avec trente-cinq logements destinés à la location et à la vente, celui de la rue de Tournai à Templeuve avec vingt maisons et dix appartements destinés à la vente et vingt autres logements moyens pour de la location…

D’un autre côté, il faut entretenir le parc existant.

Tout à fait. Et c’est notre première priorité. Nous avons un beau parc locatif, quelque 2.200 logements pour 4.500 locataires. Il faut l’entretenir et il y a déjà pas mal de chantier en cours. Le dossier le plus important en ce moment, c’est celui de l’avenue du Beau séjour à Tournai avec un programme d’investissement énergétique, des travaux d’isolation et de bardage. À terme, il s’agit de renouveler tout le parc locatif dans les vingt ans. Nous avons des logements qui datent des années 1950 et avec le coût de l’énergie, avec les difficultés que vit la population actuellement, nous nous devons de faire diminuer la facture énergétique. Cela n’a pas de sens d’avoir un locataire social qui paie une énorme facture énergétique. Un logement décent pour tous, c’est la première ligne du Code wallon du logement. Je ne veux pas paraître sentimental, mais je veux que l’on y parvienne.

Propos recueillis par Laurent Dupuis

Devrim Gumus a grandi dans une cité sociale à Courcelles

Devrim Gumus est très fier d’être devenu directeur-gérant du Logis tournaisien. Une étape supplémentaire dans son parcours.

Après quelques années dans le privé, il a été responsable des services techniques de la Ville. "J’étais responsable de 450 personnes, j’ai adoré ce travail à la Ville", glisse Devrim Gumus, ingénieur civil de formation. "J’ai un profond respect pour le service public. Dans le privé, tout tournait autour du rendement, de l’argent. C’est important, mais ça me lassait."

Ce respect pour le service public, cela vient de son histoire familiale. "Je suis fils d’ouvrier et petit-fils de mineur. Mon grand-père paternel est arrivé de Turquie dans les années 1960. Je suis né à Charleroi et j’ai grandi dans une cité sociale à Courcelles jusqu’à mes 12 ans. Quand le poste s’est ouvert au Logis tournaisien, je me suis dit qu’un gamin des cités pouvait prétendre au poste de directeur-gérant d’une société de logements publics. J’étais déjà fier d’être dans les conditions pour prétendre au poste. Et puis, j’ai eu le poste."

Les parents et les grands-parents de Devrim Gumus sont fiers de lui. Et les défis que le nouveau directeur-gérant du Logis tournaisien va relever prennent donc une autre dimension. "Je sais ce que c’est de vivre dans une cité sociale. Les petites maisons ouvrières que je vais rénover demain, cela a de l’importance pour moi. J’ai grandi dans ces maisons des années 1950-1960. C’est mon enfance."

"Et qui sait, un jour, conclut Devrim Gumus, c’est peut-être un gamin de Carbonnelle qui me succédera au poste de directeur-gérant du Logis tournaisien."