“T’as pas un euro ou cinq mec ?” La demande peut surprendre, mais au moins elle a le mérite d’être directe. Et quand tu portes la main à la poche et que tu présentes des pièces de 5 cents, dont le nombre peut atteindre le petit euro, comme geste à considérer comme solidaire, on te refuse la main avec le prétexte : “je n’accepte plus ces pièces”.

La surprise est, d’abord totale, avant de devenir un peu de l’agacement frisant la colère. Nos SDF seraient-ils devenus snobs au point de refuser ce qu’on appelait avant, avec respect, ces pièces de mineur frappées à l’effigie de ceux qui ont travaillé durement aux prix de lourds sacrifices physiques ou humains au fond de la mine ?

Penser cela serait déplacé, car chaque être humain mérite de vivre dignement sans devoir faire la manche tout en respectant les règles de la société avec ses devoirs et ses droits.

La scène décrite se passe au centre de Tournai en octobre 2020, un midi, donc à l’heure de table, un jour pluvieux où le passant masqué accélère le pas pour fuir la pluie qui inonde cette Grand’place ne rayonnant vraiment que quand un soleil généreux fait déborder les terrasses.

Les SDF, qu’on ne peut qu’associer malheureusement à la pauvreté par l’image que présente de cette main tendue par désespoir, ne peuvent être bannis de notre paysage simplement pour le confort visuel et politique d’une ville. Le simple fait de se voir refuser ce don de pièces, dont même les banques et les commerces ne veulent pas ou plus, interpelle.

Le comportement de ce SDF refusant ces “pièces de mineur”, loin d’être hautain, s’explique simplement par le fait qu’ils ne peuvent les écouler ensuite dans les commerces qui, eux-même, n’arrivent plus à les refiler à leur banque sous peine de payer le traitement de cette monnaie légale. Cette justification fait sourire en coin et laisse perplexe…

Ces serpents semblent un peu se mordre la queue en période de vaches maigres. Période qui n’a pas pour seul coupable la crise du Covid.

Les anciens doivent probablement regretter l’époque du petit carnet d’épargne où chaque famille faisait l’effort d’apporter quelques francs à l’école, le tout étant après versé à la Caisse d'épargne, cet écureuil lent mais précieux. Des années après, le petit chemin des petits francs avait fait gonfler des maigres économies.

Voir des SDF en rue sous la pluie refusant cette petite monnaie mérite une sérieuse réflexion sur notre mode de vie à tous.

Rester les mains dans les poches, le nez masqué derrière un tissu rendu obligatoire probablement pour la bonne cause, n’est pas la solution.

Mettre des gants pour évacuer de force un camp de migrants aménagé dans la nature afin simplement de survivre en rêvant d’un monde meilleur l’est encore moins.

Aussi, si les budgets alloués à des manifestations notamment comme l’art dans la ville passaient simplement pour des dépenses plus humanitaires, il est probable que les petites pièces de mineur glissées dans une bonne caisse éviteraient des mains tendues dans nos villes qui font saigner souvent des cœurs attendris mais impuissants.