Devenu bourgmestre en 2006 en détrônant le PS de la gouvernance de la commune de Rumes, Michel Casterman n’a cessé de confirmer, élection après élection. Entretien avec le champion du taux de pénétration (2 050 voix sur 3 550 votes valables) en Wallonie picarde.

Comment êtes-vous arrivé dans le monde de la politique ?

"Je suis en activité communale depuis 1976. Mon engagement politique a réellement débuté depuis la fusion des communes. On est venu me chercher car j’avais déjà une certaine visibilité. Cela vient du Patro, mes belles années de jeunesse. C’est là que j’ai tout appris du partage, de la solidarité mais aussi du coaching des jeunes et à prendre des responsabilités au sein d’une organisation. Cela a continué par la suite dans le festival des Exploits. Il y avait déjà en moi cette volonté de m’impliquer dans la vie locale qui a débouché sur mon engagement politique. C’était l’époque où le PS était ultra-majoritaire dans nos trois villages."

En 2006, vous passez de l’opposition au poste de bourgmestre. Comment avez-vous vécu ce changement ?

"C’est vrai que cela n’a pas été un moment facile pour moi. Du confort de l’opposition, je passais aux responsabilités de gestion du jour au lendemain. Cela a été un choc. J’avais la volonté de relever le défi mais, en même temps, cette impression d’avoir le monde qui me tombait dessus. Je ne me suis pas senti tout de suite à la hauteur et cela a évolué progressivement."

Quelle a été votre priorité en devenant bourgmestre de Rumes ?

"Mon objectif, c’était de redonner des couleurs à notre commune. À la base, Rumes faisait figure de village gaulois replié sur lui-même. Je voulais contrecarrer cet isolement. Exporter nos racines, faire valoir notre patrimoine, valoriser notre potentiel humain !"

Vous prenez le pouvoir en 2006 pour 7 petites voix.

"Oui et cela a été un vrai bouleversement car la commune était coupée en deux à ce moment-là. Le challenge était de devoir ressouder les liens. Je ne parle pas d’affrontement au niveau de la vie sociale mais on ressentait une réelle division."

Douze ans plus tard, l’écart est gigantesque avec 1 754 votes de plus que le PS !

"À chaque élection, on a gagné en crédibilité. À force de travailler les dossiers, à force d’être constamment présent sur le terrain, à l’écoute des gens et de leurs préoccupations, etc. Cela prouve que le travail paie aussi. Les gens se sont rendu compte que cela fonctionnait avec nous."

Avez-vous été surpris par le résultat des dernières élections ?

"Je ne vais pas dire le contraire ! J’avais évidemment de bons espoirs, et peut-être plus encore, de reconduire la majorité mais je pensais tout de même qu’il y aurait eu une certaine érosion dans le score dans la mesure où il a toujours quand même un peu l’usure du pouvoir. Une maison à attribuer, dix candidats, on fait au moins neuf mécontents. Je pensais qu’on allait perdre des plumes et, finalement, c’est le contraire qui s’est produit. Je crois qu’il y a une certaine sérénité et rigueur dans la manière de conduire les choses et les gens y sont sensibles."

Avant la dernière campagne électorale, vous aviez évoqué l’idée d’un demi-mandat avant de vous raviser. Pourquoi ?

"Il y a eu une vraie réflexion. Je me suis dit que c’était le moment de passer la main progressivement. Cela n’a pas été possible parce que les plus jeunes ne sont pas encore prêts à prendre la main de par leur vie de famille ou professionnelle. Cela n’a pas été possible cette fois-ci mais cela viendra à son heure."

Pouvez-vous assurer, aujourd’hui, que vous exercez votre dernier mandat ?

"Pour moi, c’est mon dernier mandat. Mais en politique, rien n’est jamais sûr. Je ne dois pas dire cela devant mon épouse sinon je vais attraper le balai sur le dos (rires). Il faut être raisonnable, il y a le dynamisme de la jeunesse que je vois au niveau du collège et dans notre groupe. On voit la volonté de travail et d’implication. Cela ne veut pas dire que je ne serai pas derrière si on a besoin de moi. Mon épouse me dit que j’aurais besoin d’une seconde vie car j’ai encore beaucoup de projets à côté de l’activité communale, je voudrais faire un pèlerinage à Compostelle, etc."

Votre score personnel est impressionnant. Vous n’avez enfin pas peur de voir vos voix quitter le parti ?

"C’est sûr qu’on se pose ce genre de question. À partir du moment où des citoyens ne votent que pour moi, on peut se demander ce qui va se passer après. Je pense que le travail et le bilan qu’on pourra présenter, je l’espère, à la fin de l’actuelle mandature permettront de poursuivre avec les plus jeunes avec des chances de succès même s’il y a toujours des inconnues. Les gens ont besoin de sécurité dans leurs choix mais ils attendent aussi à un moment donné du changement et je pense qu’il va pouvoir provenir de notre groupe."

Propos recueillis par Mickaël Delfosse