Il y a quelques années, l'enquête Mon expérience du sexisme révélait que 98% des femmes belges ont déjà été victimes de harcèlement de rue au moins une fois dans leur vie. Un constat effrayant. C'est d'ailleurs dans cette problématique que la zone de police de Liège a mené une opération spécifique. Trois policiers en civil, une policière et deux policiers, ont patrouillé dans un quartier identifié par les services de police. Si la policière ou une autre personne se retrouvait victime de harcèlement de rue alors les policiers intervenaient en flagrant délit et entamaient la procédure judiciaire prévue par la loi.

Il y a quelques semaines, la zone de police Bruxelles-Nord a mené pareille opération. Le député fédéral Daniel Senesael (PS) a interpellé la ministre de l'Intérieur Annelies Verlinden (CD&V) à ce sujet en lui demandant notamment s'il était envisagé que les autres zones de police du pays adoptent cette méthode. "Le communiqué de la zone de police Bruxelles-Nord soulève que la loi harcèlement de rue de 2014, laquelle définit les comportements rencontrant les éléments constitutifs d'une infraction, est encore trop méconnue et déplore que, trop souvent, les victimes ne portent pas plainte, ce qui peut créer un sentiment d'impunité dans le chef des auteurs, malgré la publication du guide Genre et espace public en 2020", soulignait encore Daniel Senesael.

La ministre Verlinden a rappelé que le harcèlement de rue est soumis à un cadre légal clair. "Malheureusement, les éléments constitutifs de l'infraction ainsi que l'identification de l'auteur sont souvent difficiles à constater. La zone de police de Bruxelles-Nord a décidé d'examiner les possibilités visant à rendre opérant le cadre légal. Il est à remarquer que c'est le résultat d'un véritable travail de réseau, d'échange et de partage entre acteurs policiers ainsi que judiciaires et la société civile."

On apprend ainsi que, sur base de l'expérience de la zone Bruxelles-Capitale-Ixelles et d'un projet d'approche opérationnelle développé à Liège, une formation en quatre modules a été créée dans la zone de police Bruxelles-Nord pour aider les policiers à mieux comprendre et à améliorer l'accueil et la prise en charge des victimes, de même que la qualité des procès-verbaux à établir.

"Il était prévu d'organiser ces formations au début de l'année, mais la crise covid en a reporté les premières sessions en octobre. Elles sont également ouvertes aux autres zones de police et aux magistrats du parquet de Bruxelles. La zone Bruxelles-Nord a déjà mené trois opérations dans le cadre de ce projet, principalement dans le quartier Nord. Un travail d'analyse est en cours, en vue de déterminer de nouveaux secteurs d'action."

Comme le signale justement le député et bourgmestre d'Estaimpuis, il semble plus qu'opportun et important que cette formation en quatre modules soit désormais étendue et offerte à l'ensemble des zones de police du pays.