Vincent Demeyer est comme un gamin à qui l’on aurait offert le plus envié des cadeaux.

Cela fait vingt ans que l’artisan menuisier ébéniste habite au pied de la butte. "J’y ai d’abord construit ma maison, sur un terrain qui appartenait à la famille de mon épouse. À 300 mètres à peine du vieux moulin que j’ai vu péricliter, puis mourir, vaincu par un terrible coup de vent, en janvier 2008", se remémore Vincent en consultant les archives retraçant la tumultueuse histoire de son moulin.

Pourtant, aujourd’hui, le plus proche voisin du fier édifice est bel et bien le meunier patenté du moulin de Thimougies.

"Il y a treize ans, à l’occasion de l’inauguration du moulin de Moulbaix, j’ai rencontré deux professeurs flamands qui enseignaient l’art de la minoterie. Et, sans trop me poser de questions, j’ai entamé deux années de formation, à Bruges et à Gand, pour décrocher mon diplôme de meunier", poursuit notre volubile interlocuteur.

"L’aventure aurait pu tourner court. Car, alors que je m’apprêtais à achever mes études, les mains dans la farine, notre vieux moulin, dont les premières évocations remontent au XVe siècle, s’est brisé, vaincu par le temps", narre, la gorge nouée, l’apprenti meunier de l’époque.

Mais, loin de décourager son homme, cette triste fin a décuplé la volonté et l’énergie de rebâtir le moulin.

"J’ai d’abord été épaulé par Eric Vanleene, le charpentier du moulin de Moulbaix qui est venu m’aider à démonter, pièce par pièce, la carcasse de bois gisant sur le sol", poursuit, avec infiniment de reconnaissance, Vincent Demeyer.

Toutes les pièces, encore en état, ont été soigneusement abritées dans les dépendances de trois fermes de la région, pour préserver l’intégrité du patrimoine dévasté.

"J’ai ensuite pu compter sur la précieuse collaboration de Jean Bruggeman, un éminent molinologue, originaire des Hauts-de-France, qui a établi toutes les prises de mesure nécessaires en vue de reconstruire un jour le moulin de Thimougies", souligne, avec un certain détachement, le meunier sans moulin.

Entre-temps, il a fallu encaisser le déclassement du monument par les experts de la Région wallonne, au chevet de la cathédrale de Tournai.

"C’était une catastrophe, car en étant privés de cette reconnaissance patrimoniale, nous perdions tout espoir de subsidiation auprès des instances européennes", évoque le Thimougien dans la tourmente.

"Dépités, mais sans jamais renoncer pour autant, les Thimougiens ont même envisagé l’achat d’un ancien petit moulin, à Furnes. Jusqu’à ce qu’en 2015, avec le soutien du bourgmestre Rudy Demotte, un accord puisse finalement être trouvé entre la Ville de Tournai et le Commissariat général au tourisme, en vue de la subsidiation d’une reconstruction à l’identique. Alors que plus personne n’osait y croire", épilogue, avec soulagement, le meunier qui est grimpé au sommet de son échelle, comme pour vivre la fin de l’aventure sur un petit nuage.

Un budget conséquent de 598 000 euros est attribué au projet de reconstruction, dont 80 % à charge du Commissariat général au tourisme.

Et cinq ans plus tard, le meunier, entouré de ses amis, voit ainsi son rêve éveillé devenir réalité.