Les propriétaires de kots font la tête. Un tiers des logements reste inoccupé !

On entend bien souvent que Tournai est une ville étudiante. Que ses hautes écoles attirent de nombreux étudiants et notamment des Français.

Le projet de construction de résidence pour étudiants au quai Sakharov à Tournai devrait dès lors être une bonne idée. Et pourtant, curieusement, cela ne semble pas être le cas.

"C’est étonnant mais les propriétaires de kots font la tête à Tournai", glisse Sylvain Glorieux, du service Logement à Infor Jeunes. "Dans notre service, nous brassons les annonces de kots, de chambres chez les particuliers… Ce que l’on remarque depuis 2 ou 3 ans, c’est qu’il commence à y avoir plus d’offre que de demande. En ce moment, nous avons une centaine de logements vides sur un catalogue de 300 à 350 offres de l’entité de Tournai pour à peu près 70 propriétaires. Il y a 5 ans, il restait 10 kots libres peut-être."

Pourquoi cette inversion de la loi de l’offre et de la demande alors ? La réponse se trouve notamment chez les étudiants français.

La Fédération Wallonie-Bruxelles a ainsi notamment limité le nombre d’inscriptions des étrangers dans certaines filières. "Et puis, le tirage au sort pour ces filiales se déroule fin août. Imaginez ! Il faut se retourner et trouver un logement en quelques jours pour être prêt pour la rentrée. Cela peut en refroidir plus d’un."

"Et puis, les étudiants français préfèrent maintenant se loger en France, à Lille, à Ascq ou à Pont-de-Bois, et faire la route en voiture ou en train jusqu’à Tournai. Ils font le chemin car en habitant en France, cela leur permet de conserver l’APL, l’aide personnalisée au logement. Si ces étudiants habitaient Tournai, en Belgique, ils perdraient l’APL. Il a dû y avoir un ramdam là-dessus en France ces dernières années car le changement est très marqué."

"Pour les propriétaires, avant, les kots, c’était la poule aux œufs d’or", glisse encore Sylvain Glorieux. "Maintenant, cela a bien changé. Des propriétaires sont inscrits à Infor Jeunes depuis plusieurs années et ils n’en reviennent pas de la situation aujourd’hui. Ils baissent même les prix ! Nous les invitons à proposer leurs logements à des non-étudiants au lieu de les laisser inoccupés mais ils préfèrent la stabilité avec la garantie des parents derrière."

127 kots en rive droite ?

La SPRL Colbert Investissement a introduit une demande de permis d’urbanisme pour un bien sis à l’angle du quai Sakharov et de la rue des Magasins à Tournai. Le projet consiste en la construction, en substitution des bâtiments existants, d’un complexe résidentiel côté quai Sakharov, et d’une résidence d’étudiants rue des Magasins. Ce périmètre est situé près de l’Escaut et du Pont des Trous.

Les promoteurs veulent tout d’abord démolir un immeuble occupé par un commerce au rez-de-chaussée et des appartements aux étages ainsi que les entrepôts et garages à proximité. La nouvelle construction s’étalerait sur les trois façades de la parcelle.

"L’aile donnant sur le quai Sakharov accueillera un rez-de-chaussée, deux cellules commerciales ainsi qu’un parking ventilé pour le stationnement des véhicules des occupants de la résidence de standing qui, elle, occupera les quatre étages supérieurs", peut-on lire dans la notice de présentation du projet.

Et côté rue des Magasins, se trouve le projet de résidence étudiante de 127 studios. Et là, le dossier n’évoque pas la construction de parkings.

Or, la situation de la mobilité dans le quartier comprenant la clinique Notre-Dame, est très compliquée. Il est difficile de s’y garer, ce qui implique d’ailleurs déjà aujourd’hui du stationnement sauvage et dangereux.

Des riverains se sont déjà rendus au service Urbanisme pour consulter le dossier. Ils déplorent le manque de places de parking et s’inquiètent du gabarit du bâtiment à l’ombre du Pont des Trous.

À noter que selon les analyses de terrain d’Infor Jeunes (voir ci-dessus), Tournai n’a toutefois, visiblement, pas besoin de kots supplémentaires.

Par ailleurs , on n’entend plus parler du projet d’aménagement de 76 kots dans un ancien couvent de la rue des Carmes. "Le projet n’a pas encore été déposé. Il n’est pas enterré. Il est plutôt en stand-by", note Robert Delvigne (MR), l’échevin de l’Urbanisme.