De nombreux citoyens ont donné leur sang ou leurs plaquettes suite aux attentats à l'aéroport de Zaventem et à la station de métro Maelbeek à Bruxelles. Reportage à la Maison Croix-Rouge de Tournai.

Dès l'annonce des attentats à l'aéroport de Zaventem et à la station de métro Maelbeek à Bruxelles ce mardi matin, de nombreux citoyens se sont dirigés spontanément vers les centres de transfusion de la Croix-Rouge de Belgique. C'était le cas ce mardi après-midi à Tournai.

Dans un local à l'entrée, une infirmière est devenue téléphoniste malgré elle. Elle répond aux nombreux coups de fil de personnes désirant donner leur sang ou leurs plaquettes. Elle accueille également les citoyens poussant la porte de la Croix-Rouge tournaisienne.

"Je viens pour donner mon sang. J'ai entendu l'appel de la Croix-Rouge", glisse une demoiselle.

"Je vais tout d'abord vous demander si vous êtes O négatif ou A négatif", répond l'infirmière.

La demoiselle est O négatif. Elle est alors invitée à entrer. "Il y a un petit temps d'attente", ajoute l'infirmière dans un sourire.

"Un petit temps d'attente", c'est tout de même relatif car il faut plutôt compter au moins une heure pour donner son sang ou ses plaquettes.

La salle d'attente précédant la salle de prélèvement est effectivement bondée. Des dizaines de citoyens attendent patiemment leur tour. Cette salle serait d'ailleurs pleine à craquer si les porteurs d'autres types de sang étaient tous restés. Car oui, il a fallu établir des priorités.

"Nous donnons la priorité au O négatif et au A négatif. C'est là que se trouve l'urgence actuellement. Les autres donneurs peuvent bien sûr revenir plus tard dans la semaine", lance le docteur Bernard Castiaux aux personnes présentes dans la salle d'attente.

Bernard Castiaux : "Une affluence record, comme après Ghislenghien" 
© Laurent Dupuis

Après avoir rempli un document, les donneurs doivent rencontrer l'un des deux médecins disponibles, dont le docteur Castiaux. Entre deux donneurs, Bernard Castiaux nous explique qu'il a appris la nouvelle des attentats en se rendant à sa permanence à la prison de Leuze-en-Hainaut. "En terminant ma consultation, je me suis enquis des dispositions à prendre à l'occasion de ces événements. Et je suis ainsi arrivé à la Croix-Rouge de Tournai car il fallait du renfort. Le personnel était débordé par l'affluence de donneurs. La dernière et seule autre fois que j'ai vu autant de monde pour donner son sang à Tournai, c'était suite à la catastrophe de Ghislenghien", nous glisse l'expérimenté docteur Castiaux, médecin préleveur à la Croix-Rouge depuis 1973, avant de recevoir un nouveau donneur dans un local transformé à la va-vite en bureau privé pour y rencontrer les citoyens dans la discrétion.

Jonathan, 38 ans 
© Laurent Dupuis

Au début de la file, à l'entrée de la salle de prélèvement, Jonathan, 38 ans et originaire de La Louvière, attend son tour. "Je travaille dans le coin et j'ai entendu la nouvelle en arrivant au travail. Je suis tout de suite venu à la Croix-Rouge qui se trouve juste à côté de mon boulot. C'est un acte citoyen pour moi de venir donner mon sang, tout simplement. C'est d'ailleurs la première fois que je donne mon sang, je n'aime pas les piqûres à vrai dire, mais je voulais être ici. C'est une manière pour moi d'être solidaire. Et je ne suis pas seul. Je suis d'ailleurs étonné de voir autant de personnes. C'est d'autant plus surprenant que l'on ne trouve quasiment que des porteurs de sang de type O négatif et A négatif. J'espère toutefois que ce sera la dernière fois que nous devrons faire ce genre de démarche dans ce cadre."

Meryl, 19 ans 
© Laurent Dupuis

Alors qu'un fauteuil vient de se libérer pour Jonathan, Meryl, une Tournaisienne de 19 ans, se retrouve en tête de la file d'attente. Elle donne son sang de temps à autre. Son aide est d'autant plus précieuse qu'elle est A négatif. Cette fois, elle est venue à la Croix-Rouge avec deux autres élèves de sa classe. Elles sont en 7e année en section Gestion d'entreprise à l'école de la Madeleine à Tournai. "J'ai appris la nouvelle à la radio. Puis, à l'école, nous avons suivi les événements et nous étions sur Facebook à la récréation quand nous avons vu l'appel au don de sang de la Croix-Rouge. Nous avons alors demandé l'autorisation de sortie aux éducateurs et au professeur que nous allions avoir l'après-midi. Nous avons obtenu la permission et nous sommes donc arrivées à la Croix-Rouge. Nous sommes ici par solidarité. Autant venir à la Croix-Rouge et donner son sang pour peut-être aider quelqu'un plutôt que d'écouter les infos en continu. Car ça, ça n'aide personne. Et puis, en tant qu'étudiantes, à part donner notre sang, nous ne pouvons pas faire grand-chose."

Grégory, 30 ans 
© Laurent Dupuis

Dans la salle de prélèvement, la télévision repasse toujours les mêmes images. Les experts répètent toujours les mêmes choses. Par contre, le bilan des attentats s'alourdit au compte-gouttes. Dans le fond de cette salle, Grégory, allongé, une aiguille dans le bras droit, presse une boule en forme de cœur. Ce Tournaisien de 30 ans est visiblement marqué par les événements "Quand j'ai vu les images, j'ai ressenti de la peur... De la peur pour ma femme, pour ma famille, pour mon fils de 4 mois. J'ai peur pour son avenir... J'ai eu peur pour mes amis à Bruxelles aussi. Je me suis assuré qu'ils allaient bien via cette application sur Facebook. Et puis, je suis venu spontanément à la Croix-Rouge. Je donne parfois mon sang. Je suis O négatif et donneur universel. Cette fois, j'ai décidé de donner mes plaquettes. A mon niveau, c'est la seule chose que je puisse faire pour aider les personnes qui ont été victimes de ces attentats."

Manon, 23 ans 
© Laurent Dupuis

C'est également le propos de Manon, une Tournaisienne de 23 ans, qui vient de donner son sang et qui s'apprête à rentrer chez elle. "J'ai suivi les infos et puis, je regardais sur Facebook pour voir si mes amis à Bruxelles allaient bien. Puis, j'ai vu l'appel de la Croix-Rouge. Je me sentais impuissante face aux événements et je me suis dit que, à mon petit niveau, je n'avais pas d'autre arme que mon sang pour aider. Et manifestement, je n'étais pas la seule à le penser puisque c'est bondé ici. J'ai attendu une heure avant de pouvoir donner mon sang. Mais c'est sans le moindre regret, bien sûr. Je suis même très heureuse de voir qu'il y ait autant de monde. De voir cet élan de solidarité qui s'est mis en place suite aux attentats."

Manon quitte la Croix-Rouge de Tournai. Le temps de réaliser les interviews, la file s'est encore allongée. À l'accueil, l'infirmière-téléphoniste décroche toujours autant le combiné du téléphone. "C'est quand même beau, cette solidarité", nous glisse-t-elle dans un sourire.