Tournai-Ath-Mouscron

La défense a plaidé mercredi soir l'acquittement au procès de Daniel Deriemacker, accusé devant la cour d'assises de Flandre occidentale de l'assassinat de sa compagne Carmen Garcia Ortega, le 10 janvier 2017 à Comines.

. Me Vandemeulebroucke a entamé sa plaidoirie en ne cachant pas l'agacement que lui inspirait son client. "Ce (mercredi) matin, c'en était quasiment terminé pour moi, j'en avais ras-le-bol", a-t-il dit en référence à la suspension d'audience justifiée par l'envoi d'une lettre anonyme au président de la cour et dont la source serait la soeur de l'accusé.

L'avocat a aussi fait allusion aux relations extra-conjugales de Daniel Deriemacker, tout en demandant au jury de ne pas en tenir compte. Il a mis en garde les jurés des dangers d'une vision à sens unique du dossier, comme celle qu'ont eu selon lui les enquêteurs.

Pour Me Vandemeulebroucke, la conviction du ministère public et des parties civiles ne repose que sur des petits éléments qu'ils espèrent voir constituer une "montagne" de preuves. "Et lorsqu'un élément ne convient pas, on le laisse simplement de côté", a-t-il commenté, mettant notamment en cause l'enquête de téléphonie.

L'avocat a encore évoqué le tapis de sol de la voiture de l'accusé sur lequel ne figure "pas une éclaboussure de sang", le fait que son client ait rapporté lui-même que sa compagne avait souvent un couteau dans son sac, ou encore qu'il n'avait pas à se rendre à son travail pour se débarrasser de ses vêtements puisque le canal et la Lys se trouvaient à proximité du lieu des faits.

Me Vandemeulebroucke a également dû s'en prendre au principal témoin. "C'est un récit sans interruption, sans interrogation. Deux heures et vingt minutes d'audition pour une page et demi de déclaration?", s'est étonné le conseil de Daniel Deriemacker. Le témoin n'était en outre pas sûr du modèle de la voiture qu'il a vue, a rappelé l'avocat.

Enfin, son client n'avait pas de "boule de cristal" lui permettant de savoir à quel endroit exactement la victime allait devoir s'arrêter. "Pour le même prix, elle aurait pu poursuivre sa route, ou un autre participant à son cours d'espagnol aurait pu l'aider à changer sa roue", a-t-il conclu.

Après une pause, la cour s'est penchée sur le témoignage anonyme envoyé à plusieurs parties.

La femme qui a provoqué une interruption de séance avec sa lettre anonyme et ses coups de téléphone a été entendue. La témoin en a confirmé le contenu, mais il apparaît que ces informations aient été entendues via via.

Plusieurs parties au procès ont reçu ces derniers jours ou ce mercredi matin un témoignage anonyme indiquant que l'accusé n'était pas le seul auteur du meurtre et qu'il en était en réalité le commanditaire. Une lettre avait même été adressée au président Boyen, ce qui a contraint l'avocat-général, Chantal Lanssens, à interrompre son réquisitoire mercredi matin.

"J'ai estimé qu'il était important que toute la vérité soit révélée", avait-elle indiqué dans un coup de téléphone adressé à la mère de la victime.

Cette dame a tout d'abord rappelé que ses informations provenaient de la soeur de Daniel Deriemacker. "J'ai rencontré sa soeur Rebecca au Colruyt il y a quelques années. Elle m'a dit que Daniel savait qui était le véritable meurtrier."

Selon la témoin, l'accusé resterait silencieux car il mettrait sa famille en danger. Juste avant son arrestation, il aurait déclaré à de bons amis qu'il y aurait un deuxième auteur. "Je ne sais pas qui est le meurtrier. Mais ce que j'ai entendu dire, c'est que Daniel aurait bien crevé le pneu, mais n'aurait pas commis le meurtre", a ajouté la femme, originaire de Wervik.

Le président Antoon Boyen a insisté sur la provenance des informations contenues dans la lettre.

Tout d'abord, elle a refusé de répondre avant d'indiquer qu'il s'agissait d'une femme avec qui Daniel Deriemacker avait eu une liaison peu avant son arrestation. Finalement, elle a donné le nom de la soeur de la connaissance de l'accusé. "Je n'ai eu qu'un seul contact avec elle, lorsque je l'ai aidée pour son déménagement", a réagi Deriemacker.

Les informations sur l'arme du crime et le mobile ne semblaient reposer sur rien. La femme aurait simplement tiré ces conclusions de certaines conversations avec des amis, bien qu'elle a nié propager des rumeurs. "Je sais que Rebecca est bavarde. S'ils continuent à la questionner, elle parlera", a-t-elle conclu dans son étrange témoignage.