Un permis de détention pour acheter un poisson rouge: un "non-sens" pour le secteur aquariophile

Ce 1er juillet entre en vigueur en Wallonie l’obligation de présenter au vendeur un permis de détention.

Pauline Deneubourg
Un permis de détention pour acheter un poisson rouge: un "non-sens" pour le secteur aquariophile
©EdA

Lorsqu'ils ont appris il y a deux semaines que les poissons étaient aussi concernés par le nouveau permis de détention d'un animal de compagnie, le secteur aquariophile aurait pu croire à un poisson d'avril… en retard, et à une mauvaise blague ! Il n'en est rien. À partir de ce 1er juillet, il faudra aller retirer ce document auprès de l'administration communale pour acheter un poisson afin d'attester que la personne n'est pas sous le coup d'une interdiction de détention d'un animal ou d'un retrait de permis de détention. "E n soi, l'idée de ce permis est intéressante, relève David Vankwikenborne, responsable du magasin Le Poisson d'or à Évregnies. Il permet de limiter les risques de maltraitance animale ou les abandons d'animaux achetés sans réflexion. Cela a un intérêt pour les chiens, les chats… soit les animaux de compagnie, mais cela n'a pas de sens pour les poissons !"

Une validité d’un mois

Accompagné d'autres représentants du secteur, David Vankwikenborne a été reçu, la semaine dernière, au cabinet de la ministre wallonne en charge du Bien-être animal, Céline Tellier. "Nous avons pu attirer son attention sur les limites et les incohérences du texte par rapport à l'acquisition de poissons, ajoute-t-il. Notamment en raison de la durée de validité du permis qui n'est que d'un mois ! Ainsi, si une personne achète un poisson, et puis un ou deux mois plus tard, souhaite en ajouter dans son aquarium, elle devra à nouveau solliciter l'extrait du fichier central de la délinquance environnementale et du bien-être animal. Et ainsi de suite, si elle en achète régulièrement…"

Pour le responsable de l'enseigne estaimpuisienne, le principe de l'achat compulsif et non réfléchi ne peut être appliqué aux poissons. "Déjà par rapport à l'investissement que cela représente pour l'achat des poissons et de tout le matériel, souligne David Vankwikenborne. Ensuite, lorsqu'une personne se présente pour acheter ses premiers poissons ; nous ne lui vendons pas en même temps le matériel et les animaux. Il faut en effet d'abord installer l'aquarium, le remplir d'eau et le laisser prendre vie pendant une dizaine de jours. Ce n'est que par la suite que l'on peut intégrer les poissons, et il est aussi conseillé de ne pas mettre tous les poissons en même temps ! Cela pose à nouveau la question de la durée de validité du permis de détention qui va inciter les gens à acheter en 'gros', ce qui n'est pas conseillé pour le bien-être des poissons… Nous laissons aussi la possibilité à nos clients de venir ramener au magasin les poissons qui ne leur conviennent pas ou qui sont devenus trop grands, et nous les proposons à d'autres passionnés ou à des aquariums publics. Ainsi, il n'y a pas d'abandon."

Une période d’adaptation jusqu’au 30 septembre

Le SPW a accordé une période d'adaptation jusqu'au 30 septembre pour la mise en œuvre du permis de détention. "On peut vendre l'animal, mais les personnes devront quand même nous transmettre le document d'ici fin septembre ! Le problème n'est que repoussé… Que faire si nos clients ne nous envoient pas leur permis de détention ?"

Aussi pour les Flamands et les Français

Situé à Estaimpuis, le magasin d'aquariophilie draine une importante clientèle flamande, mais aussi française. Des clients qui devront également présenter un permis de détention en le sollicitant auprès du Service public de Wallonie ! "Cela représente 80 % de notre clientèle, précise David Vankwikenborne. Lorsqu'on leur parle de cette nouvelle obligation, ils ont peine à nous croire ! De nombreux clients français ou flamands, qui viennent parfois de loin, ne seront pas au courant de cette mesure ou ne vont pas penser à envoyer un mail au SPF pour obtenir le papier, avec le temps que cela va prendre… Et puis, cela n'a pas de sens car le SPW n'a pas accès à leur casier judiciaire, ou autre ; il peut juste savoir si la personne a été ou pas condamnée en Wallonie. Avec ces nouvelles contraintes, les clients vont rester dans leur région même s'ils ne retrouvent pas la même diversité de produits ou les prix attractifs… On ne peut pas se permettre de perdre cette clientèle, sans compter les passionnés wallons qui seront plus réticents à acheter régulièrement de nouveaux poissons vu les démarches administratives qu'il faut faire à chaque fois !"

"Sans assoupli ssements, c’est le déménagement ou la faillite"

Le gérant n'hésite pas à parler de possible "désastre pour le secteur aquariophile". "Sans assouplissements de la réglementation face aux particularités des poissons, nous courons tout droit vers la faillite, s'inquiète-t-il. Au mieux, nous serions contraints de déménager vers la Flandre ou la France qui n'ont pas mis en place un tel système de permis de détention…"

Vers des adaptations pour les poissons. Et le reste?

Sur son site internet, le SPW insiste sur le fait que les poissons, eux aussi, ont "des besoins à respecter et doivent être protégés contre la maltraitance, au même titre que les autres animaux." Il reconnaît néanmoins être en réflexion pour "adapter certaines modalités pratiques aux particularités de l'accueil des poissons (achat en plusieurs phases, etc.), en concertation avec le secteur aquariophile. Ceci sera précisé après la période d'adaptation courant jusque fin septembre 2022." Une lueur d'espoir pour les vendeurs et amateurs de poissons.

Mais ce permis de détention laisse perplexe face à la charge de travail que cela représentera pour les administrations communales, même si normalement le document pourrait être aussi transmis via l’e-guichet si les communes disposent de cet outil. Rappelons que pour le moment, cela ne concerne qu’une quarantaine de personnes privées de permis de détention en Wallonie!

Et quid des animaux comme les poules et les lapins achetés par des particuliers pour être élevés à des fins alimentaires? À première vue, il faudra aussi montrer patte blanche…

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