Mouscron - Comines Le projet Seine-Escaut répartit parfois curieusement les tâches entre voisins.

La Lys est un fleuve capricieux. Une voie navigable qui, au gré de ses méandres, franchit allègrement les frontières sans jamais crier gare !

"C’est la raison pour laquelle, dans le cadre du réseau transeuropéen de transport fluvial, trois opérateurs coopèrent sur le terrain. Mais en se répartissant l’imposant chantier d’élargissement du gabarit selon des tronçons qui ne prennent pas toujours en considération la délimitation des frontières géographiques", explique à l’aide d’une carte d’état-major Carl Delhaye, ingénieur civil au département des voies hydrauliques de l’Escaut.

La France que l’on rejoint en traversant le pont de la rue du Fort, prend en charge les aménagements depuis Bas-Warneton jusqu’au confluent de la Deûle.

Et pour la Belgique, la région wallonne poursuit le chantier jusqu’à Wervik, tandis que la région flamande l’achève à hauteur de Menin.

"C’est vraiment une collaboration exemplaire qui va autoriser, d’ici 2024, le passage de bateaux de transport commercial de 4 400 tonnes" poursuit notre interlocuteur.

L’objectif étant de désengorger le trafic routier et de limiter, de la sorte, le charroi de camions sur les autoroutes.

"Mais au-delà du projet à caractère économique, il y a dans ce dossier un volet écologique qui n’est pas négligeable. Ainsi, avec les terres de remblai que nous récupérerons en rectifiant le tracé de la Lys dans la traversée de Comines nous allons aménager le parc des prés de Lys, une réserve naturelle de 6 à 7 hectares", dévoile le chef des travaux.

Cette concession à la nature est dans l’air du temps et correspond aux préoccupations de l’Europe depuis toujours.

"Deux autres compensations s’ajoutent au chantier. La création d’une voie de déviation pour les poids lourds, entre les deux zonings industriels implantés à proximité de la voie d’eau", pointe au cahier des charges Carl Delhaye. Avec le secret espoir de soulager le charroi routier actuel qui rend parfois la vie impossible aux Cominois.

"Et de manière plus anecdotique, la construction d’une échelle à poissons dans l’ancien bras de la Lys qui longe l’écluse. Un coup de pouce supplémentaire à la nature de la part des Français."

Ces grands travaux sont programmés sur une période de 5 ans. Ils ont débuté, aux premiers jours de septembre, par le défrichage des berges cominoises, à partir de l’écluse.

"C’est la première étape indispensable pour élargir le gabarit du fleuve. Mais ensuite le nouvel enrochement des berges, dont les palplanches, ces murs de soutènement constitués de plaques métalliques, seront pour une fois complètement immergées, permettra rapidement à la nature de reprendre ses droits ", conclut l’ingénieur des voies hydrauliques de Tournai, épris lui aussi de préservation de la nature.