Mouscron - Comines Olivier Moulin a l’impression d’incarner Don Quichotte au XXIe siècle !

Depuis l’âge de 14 ans, et il en a presque 50 aujourd’hui, le propriétaire, par procuration, de la Royère poursuivrait-il des chimères ?

"J’ai souvent mis ma carrière entre parenthèses pour me consacrer, exclusivement, au château de ma mère" soupire l’architecte désabusé.

Devant l’écran d’ordinateur qui restitue le plan de la forteresse, à l’époque de sa splendeur, Olivier Moulin peine parfois à trouver ses mots.

"Il a d’abord fallu convaincre mon grand-père et mon père que ce vestige médiéval du XIIIe siècle n’était pas qu’un simple tas de cailloux" explique-t-il en se rappelant l’époque où, pour des raisons évidentes de rentabilité, le bon sens agricole avait transformé les douves du château en pêcherie !

Dévoré par une passion qui le consume, à petit feu sur le bûcher, Olivier Moulin avait pourtant entrevu une lueur d’espoir en 2012. "Le classement du dernier ouvrage militaire fortifié, en Europe, sur la liste de gestion de l’Institut du Patrimoine wallon aurait dû sauver les ruines néchinoises" rappelle-t-il en agitant, fébrilement, l’arrêté ministériel de l’époque.

"Dans le cadre de ce contrat de gestion, l’Institut du Patrimoine avait pour missions d’organiser des stages de consolidation et de restauration du bâti en péril. Mais aussi de rechercher du mécénat privé ou public pour financer les chantiers" poursuit notre interlocuteur dubitatif.

Mais ce classement n’a pas été suivi d’effets. Du moins pas de ceux escomptés par le défenseur du patrimoine qui a la conviction de se battre, plus que jamais, contre des moulins.

"Les archéologues ont réalisé quelques fouilles, exhumant au passage le squelette d’un prisonnier enchaîné, les mains dans le dos. Et l’on a aussi consolidé une coursive et repositionné quelques pierres de parement" conclut-il avec dépit.

Certes, il y a quand même eu un bureau d’études liégeois qui a scanné le site, permettant à l’architecte blandinois de réaliser une hypothèse de restauration en 2D, très proche de la vérité historique.

© DR

"Sans que les fonds ne suivent malheureusement. Aujourd’hui, même l’urgence ne peut être traitée et le château court à sa perte si le politique ne se donne pas les moyens de ses ambitions" résume le propriétaire désargenté.

Olivier Moulin ne désarme pas pour autant.

Malgré l’inertie , voire l’indifférence des instances concernées, le plus médiéval des architectes envisage encore la constitution d’une ASBL de sauvegarde de la Royère.

"Je veux encore croire en les chances de réussite d’un projet à caractère social, plutôt qu’économique" martèle cet infatigable bâtisseur en croisade.

Sans se revendiquer conservateur ou progressiste, Olivier Moulin évoque alors l’idée d’une université populaire à la rescousse de son château. "J’envisage de faire appel à l’association ouvrière des Compagnons du Devoir de Villeneuve-d’Ascq, en mettant à leur disposition permanente le chantier, en contrepartie d’une restauration exemplaire."

Un ultime cri de secours envers la France pour sauver, en quelque sorte, un pan de son Histoire !