Les compensations proposées par Clarebout Potatoes n’apaisent pas les craintes.

Le dossier d’extension industrielle de la société Clarebout Potatoes ne date pas d’hier. "Nous en sommes déjà au stade de l’enquête publique, diligentée par la Région wallonne, pour appréhender le ressenti des Cominois, en matière de mesures compensatoires", rappelle la bourgmestre Alice Leeuwerck (Ensemble).

En un peu plus de trente ans, l’entreprise s’est à ce point développée qu’elle figure parmi les plus importants industriels au monde dans le secteur des produits surgelés à base de pommes de terre.

"Le collectif Comines-Warneton Environnement est vent debout contre cette nouvelle extension et ne décolère pas du peu de compensations environnementales proposées par Clarebout", admet, du bout des lèvres, Philippe Mouton (Ecolo).

Presque risible !

Dans ce dossier sensible, l’échevin du Commerce et de l’Industrie a le cul entre deux chaises.

"Je ne peux évidemment pas exprimer ma position personnelle. Et pour l’heure, je veux, avant toute chose, observer la contribution de l’entreprise à la préservation de la biodiversité", poursuit notre interlocuteur qui s’abstiendra de tout autre commentaire.

"Clarebout Potatoes avance la construction de quatre nichoirs et l’amélioration de la gestion des espaces verts, déjà classés en zone protégée Natura 2000", ajoute la bourgmestre, attentive aux craintes du collectif à l’origine d’une procédure de recours.

Le permis de bâtir concerne un nouveau hangar de réfrigération, sur le site industriel en bord de Lys. Une installation qui ne serait pas sans risque selon les détracteurs du projet.

Le véto français

"Ce type de frigidaire géant utilise de grandes quantités d’ammoniaque. Et en cas d’émanations accidentelles, ce gaz constitue de compacts nuages nocifs. Ce qui présente un véritable risque, de type Seveso, en matière de catastrophes sanitaire et écologique dans la vallée", ose quand même le plus vert des échevins de la tripartite cominoise.

Mais la grogne se fait aussi entendre sur l’autre berge de la Lys. "C’est écœurant, on en a marre de sentir la frite dès sept heures du matin. Avec quinze quais de déchargement supplémentaires, cette extension industrielle sous-tend une production encore plus massive, plus d’odeurs et toujours plus de bruits de cheminées qui claquent dans la nuit. Mais aussi un accroissement du charroi de tracteurs et de camions réfrigérés dans Warneton", formule Lucas, un voisin français de Deûlémont qui exprime ses craintes et son ras-le-bol sur le site du collectif Comines-Warneton Environnement.

"Il y a fort à parier que les autorités françaises, qui ont eu vent de cette demande de permis de bâtir, ne vont pas non plus rester les bras croisés. Car, en matière de protection de l’environnement, nos voisins ont des normes beaucoup plus strictes que les nôtres. Et si la société Clarebout était implantée de l’autre côté du fleuve, elle ne pourrait en aucun cas envisager une telle extension", avoue Philippe Mouton, dans l’attente des résultats de l’enquête qui se clôture dans quinze jours.

Désormais, c’est à la Région wallonne et aux ministres de tutelle que revient décision finale, sur base de la consultation populaire.

"Et cette fois, pas question de nous refiler la patate chaude", conclut Philippe Mouton.