Reconnu coupable de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner et d'un incendie volontaire pour des faits survenus en mars 2014, Mathieu Vancraeynest risque 12 ans de réclusion criminelle. Mercredi, devant la cour d'assises du Hainaut, sa défense a énuméré 11 circonstances atténuantes en sa faveur. Elle a aussi souligné qu'il souffre d'un cancer du cerveau. Une peine avec sursis a été plaidée. Le 22 mars 2014, Mathieu s'est rendu chez Daniel Maroy (84 ans) en compagnie de Jason Piat. Les deux jeunes Estaimpuisiens, âgés de 18 ans, voulaient voler l'argent du vieil agriculteur qui vivait seul dans sa ferme. Jason a frappé Daniel sur la tête, avec un bâton, et Mathieu s'est saisi de l'argent, soit 13.000 euros. Ce dernier a pris la fuite. Constatant que son copain ne le suivait pas, il a fait demi-tour et a vu que Jason frappait la victime à coups de poing. Pour les jurés, il s'est désolidarisé de l'intention d'homicide.

Une semaine plus tard, la nuit du 28 au 29 mars, Mathieu s'est rendu à la ferme avec Mohamed Benbouzid et Jordan Deveuldre. Ils ont bouté le feu à la ferme dans laquelle gisait le corps sans vie de Daniel Maroy, décédé une semaine plus tôt d'une crise cardiaque à la suite d'un stress conscient et vécu.

Après une enfance heureuse, Mathieu a eu une adolescence difficile. "Il a notamment mal vécu le divorce de ses parents. Alors que son frère et sa sœur quittaient le foyer pour l'université, il s'est retrouvé seul au cœur de ce divorce difficile. Ce fut l'abandon de l'autorité car les parents n'étaient pas d'accord sur l'éducation à lui donner. L'argent était une porte de sortie, il essayait de combler son mal-être avec ça", a expliqué Me Sébastien Tounkara lors de sa plaidoirie.

En décrochage sur le plan scolaire, Mathieu allait encore à l'école quinze jours avant les faits. Il rêvait d'être infirmier car son stage s'était bien passé. Il était inconnu de la justice.

Selon sa défense, Mathieu voulait porter secours à la victime après la seconde agression, car il avait appris que Daniel Maroy appelait à l'aide, coincé sous un poêle. "Il a insisté pour y aller en moto mais Mohamed lui a finalement dit qu'il était mort."

Plus tard, après son arrestation, Mathieu a donné de nombreuses informations aux enquêteurs. Il ne s'est plus fait connaître de la police et a enchaîné différents boulots.

Le 12 juillet 2018, il est entré à l'hôpital à la suite de maux de tête et des vomissements. Il a été opéré d'une tumeur au cerveau cinq jours plus tard, en urgence. Depuis, il suit un traitement pour contrer les cellules cancéreuses non opérables. "Il est en mode survie depuis un an, il est en sursis. Il a décidé d'affronter sa maladie et il s'accroche. L'argent n'a plus aucun intérêt pour lui."

La défense relève onze circonstances atténuantes: l'absence de condamnation antérieure, le jeune âge et l'immaturité de Mathieu en 2014, les difficultés familiales, le décrochage scolaire, un rapport à l'argent perçu comme un médicament pour combler d'autres manques, sa personnalité sensible, son rôle en retrait à chaque étape, ses aveux rapides et constants, le fait qu'il fut le seul à vouloir venir en aide à la victime, le fait qu'il a enchaîné des petits boulots et ses regrets.

Pour sa défense, la place de Mathieu n'est pas en prison. Il a déjà passé dix mois en détention préventive et a été laissé en liberté durant le procès pour qu'il puisse se soigner. Un sursis a été plaidé.