La cour d'assises du Hainaut s'est penchée sur la personnalité de Daniel Maroy (84 ans), décédé dans sa ferme à Saint-Léger (Estaimpuis) après avoir été agressé, à deux reprises, le 22 mars 2014.

 Le 29 mars, le feu était bouté à sa ferme. Son cadavre a été retrouvé dans les décombres. Selon le médecin légiste, il est mort d'un arrêt cardiaque, à la suite d'un stress, avant l'incendie. Daniel Maroy était un homme qui vivait seul, isolé du monde. Daniel Maroy vivait seul dans la ferme familiale depuis le décès de son frère, survenu en 1992. Il touchait une pension et élevait encore quatre bovins. Il sortait très peu de chez lui, à part pour faire ses courses dans le village voisin de Dottignies.

"Je n'avais aucun contact avec lui. Il passait devant chez moi, chaque jour, pour aller chercher son foin dans le champ qui se trouve en face de chez moi", explique une riveraine de la rue du Chien, cette rue à cheval sur les communes de Mouscron et d'Estaimpuis, où vivait la victime.

Un autre riverain a raconté la même chose devant la cour, mardi. Même le facteur le voyait peu, sauf le jour du versement de la pension.

Deux fois par semaine, Daniel allait faire ses courses dans un magasin à Dottignies. Le personnel lui avait demandé de passer entre certaines heures, afin de ne pas incommoder les autres clients avec son odeur car il ne se lavait pas.

"Il était solitaire et avait toujours beaucoup d'argent sur lui. On lui avait dit de ne pas se promener avec autant d'argent sur lui, que c'était dangereux, qu'il risquait un vol. Il répondait qu'il fallait lui passer sur le corps", raconte un employé du magasin.

Daniel Maroy allait faire ses courses en tracteur jusqu'au jour où il a eu un accident avec un automobiliste. Son véhicule n'était pas en ordre d'assurances. Il a été confisqué et le vieil homme circulait, depuis, à bicylette. "Il avait perdu toute sa mobilité depuis qu'il n'avait plus son tracteur, il était patraque", explique l'automobiliste qui avait sympathisé avec lui.

Ce dernier venait lui donner un coup-de-main de temps en temps.

Il avait remarqué que Daniel avait beaucoup d'argent chez lui.

"Peu de gens avaient cette information", dit-il. "Daniel était très méfiant mais il était capable de s'ouvrir aux autres. Dès qu'on le connaissait un peu plus, on se rendait compte qu'il était gentil".

Appelé "le fermier crasseux" par les uns, "Jésus-Christ" par les autres, Daniel Maroy avait peu de contact avec sa famille. Néanmoins, l'un de ses neveux, originaire de Flandre, s'est constitué partie civile. Cet homme ne réclame rien.

Mardi, il a remercié l'automobiliste "qui a démontré que Daniel était un être humain sympathique avec le peu de gens qu'il connaissait encore".

Le 22 mars 2014, peu après 20h, Daniel Maroy a été agressé chez lui par deux jeunes du village voisin d'Evregnies, Jason Piat et Mathieu Vancraeynest, âgés de 18 ans. Informés par un copain qui travaillait dans le magasin de Dottignies que le vieil homme avait toujours beaucoup d'argent sur lui, les deux hommes lui ont volé 13.000 euros. Jason Piat lui a porté un coup de bâton sur la tête.

Quelques heures plus tard, Mohamed Benbouzid, 18 ans également, a été déçu que ses copains aient fait le coup sans lui. Il a voulu se rendre à la ferme mais les autres ont refusé. Il y est allé avec son cousin, Abdel Madjid Benbouzid, 21 ans.

Les deux Roubaisiens y sont arrivés en pleine nuit. Abdel Madjid a frappé Daniel, qui dormait dans un fauteuil, avec le manche d'une fourche. Quatre coups violents. Ils ont fouillé la maison et sont repartis avec 6.000 euros.

La nuit du 28 au 29 mars, Mohamed, Mathieu et Jordan Deveuldre, qui dormait chez Mathieu, se sont rendus à la ferme pour y bouter le feu. Daniel Maroy était déjà mort. Son corps calciné a été retrouvé dans les décombres. Ses bourreaux sont jugés depuis vendredi devant la cour d'assises du Hainaut. Quatre sont accusés d'un vol avec meurtre et trois d'un incendie volontaire.

Le procès reprendra ce mercredi à 9h avec les auditions des témoins de moralité des accusés.