Les réseaux s’enflamment régulièrement à propos des constructions qui sortent de terre tous azimuts sur l’entité mouscronnoise. “Mouscron béton ? C’est le contraire !”, tape du poing sur la table la bourgmestre complétée par Marc Meuwis, conseiller en aménagement du territoire à l’urbanisme, qui indique avec sa collègue Laurence Desplechin : “Nous sommes à la base de l’instruction des permis. Les demandes sont analysées par rapport à différents outils, comme le schéma de développement communal et le guide communal d’urbanisme. Ces critiques que nous lisons s’adressent aussi à nous, nous les prenons très à cœur !”

En préambule aux explications, Brigitte Aubert invite à regarder une carte satellite de la région, l’occasion de voir une vague de constructions partant de Lille et remontant vers la cité des Hurlus déjà englobée. “Mouscron est une continuité de Lille où la frontière n’est plus, on voit que l’urbanisation remonte vers Tourcoing/Roubaix/Wattrelos. Mouscron se trouve dans une aire de développement métropolitain de Lille. Elle est aussi au cœur de l’Eurorégion Lille-Tournai-Courtrai. Cette situation est un atout mais elle influence aussi. ” Plus largement, “l’influence de Bruxelles-Luxembourg-Maastricht est aussi visible”, tient à préciser Mme Desplechin. Tel est le premier élément à prendre en compte.

Par ailleurs, la composition des ménages évolue, “avec des seniors qui restent davantage chez eux, des divorces, des recompositions… Cela amène une croissance de 10 % au niveau des besoins en logements, c’est important”, continue Mme Desplechin prolongée par la bourgmestre : “Entre 2020 et 2025, Mouscron gagnera 2 250 habitants supplémentaires. Il y aura une croissance de 7 % d’ici 2 035”.

Pour la bourgmestre et son service Urbanisme, leur équation mène à un résultat sans appel : au rythme où l’on crée actuellement du logement sur le territoire mouscronnois, il y en aurait 1 679 de plus d’ici 2 035 (“1 259 logements prévus + 1/3 de projets particuliers”) alors qu’il en faudrait 2700, “soit un déficit de 1 000 logements dans les quinze ans à venir !” Le rythme de création des logements que certains jugent conséquent ne semble donc pas suffisant et la Ville dit qu’il faut au contraire accélérer le mouvement, ce à quoi l’opposition répond continuellement qu’à défaut de construire non-stop, il faudrait aussi inciter la rénovation de bâtiments inhabités, ce qui est incité par la taxe communale sur les logements vides.

Quel profil d’habitants et quels types d’habitat

À en croire nos interlocuteurs, si des privés et des investisseurs ne passent pas sur un plus grand braquet dans la création de logements, la tension va devenir intenable et le prix de l’immobilier ne sera plus tenable, notamment pour les jeunes. Or, ces derniers ne sont pas à négliger à Mouscron. “La moyenne d’âge de notre population est de 40,9 ans. Elle est de 41,7 en Wallonie. 25 % ont moins de 20 ans contre 22,8 ans en Wallonie. Notre population à Mouscron est plus jeune que la moyenne en Wallonie et il faut que nous puissions la loger”, explique encore Mme Aubert. Aujourd’hui, un logement reste grosso modo en vente durant deux mois sur le territoire mouscronnois.

Une analyse du type de logements vendus entre 2010 et 2020 montre “une légère remontée pour les maisons de rangée, peu de changement dans les villas et les trois façades et une augmentation permanente de demandes d’appartements”. Des constructions qui se créent dans un contexte agréable, insiste M. Meuwis : “On est là pour répondre aux besoins en logements et le cadre juridique est là pour être respecté. On recale régulièrement des projets, on demande qu’ils soient retravaillés, on accompagne… Quant à l’artificialisation des sols, Mouscron est loin d’être le vilain petit canard : on utilise le sol de façon très parcimonieuse. De plus, l’aménagement de la Grand-place, du quartier de la gare, le futur commissariat… On va sur une qualité de vie intra-urbain, on va avoir un centre urbain qualitatif”.

Parallèlement à cette thématique de la construction détaillée auprès des médias locaux, la bourgmestre promet aussi de faire le point sur la préservation des écrins verts de sa ville dans un second temps, tout en indiquant déjà que “33 % de Mouscron est en zone verte et agricole, et il n’y a pas de volonté d’y toucher”.