Le grand entretien de la semaine avec Daniel Senesael : Quand il évoque François Mitterrand, le bourgmestre d’Estaimpuis a la larme à l’œil.

Encore gamin, Daniel Senesael était plus petit que ses camarades. Chétif, malingre et roux. "Alors j’ai vite compris que pour ne pas être exclu et envoyé sur les roses il fallait que je devienne le pitre de la classe", balance, comme un lourd témoignage, le facétieux bourgmestre d’Estaimpuis.

Mais avec l’âge la situation est allée en empirant, pourrait-on dire. "J’étais un adolescent rebelle, même si sur le temps de midi je donnais des cours de comptabilité à ceux qui n’avaient pas tout compris. Et, dès 2004, avec l’émergence des réseaux sociaux, c’est un jeune député estaimpuisien qui a fait passer l’hémicycle wallon du noir et blanc à la couleur", résume le mandataire exubérant qui refuse toujours de rentrer dans les rangs.

Remontage de bretelles

"À vrai dire, malgré les critiques, je n’ai jamais songé à m’assagir. Même après que le parti socialiste m’a vertement rappelé à l’ordre, parce que j’ai poussé la chansonnette en slip de bain pour présenter mes vœux", conclut à ce propos un homme fantasque, peut-être, mais qui assure qu’on l’y reprendra encore !

C’est certain, à 63 ans, on ne changera plus un personnage haut en couleur, qui étonne et réjouit parfois par ses excès. N’en déplaise aux esprits chagrins.

Des rires aux larmes

Derrière le déguisement du clown se cache pourtant un bourgmestre qui ne vit que pour sa commune. Au risque d’irriter, une fois encore.

"Depuis 25 ans j’arrive tous les matins vers 5 heures à l’administration communale. Et, comme le ferait le concierge s’il me précédait, je débranche l’alarme et allume la machine à café", ironise l’infatigable homme de dossiers.

Cette énergie débordante, rarement défaillante en un quart de siècle, il la tient de son pygmalion en politique.

"Devenir bourgmestre, c’était une vocation, un peu comme pour le curé du village. Mais à la différence que ma foi en l’homme, parfois ébranlée par l’actualité, c’est à l’ancien président français François Mitterrand que je la dois. Un gouvernant que l’on a moqué, en affirmant qu’il se prenait pour Dieu", explique Daniel Senesael, avec une émotion qu’il peine à contenir.

Le président Mitterrand a toujours été un modèle de rectitude, en politique du moins, pour le mayeur de la cité du Satcheu.

Centre éducatif Mitterrand d’Estaimpuis

"En septembre prochain, il faudra peut-être expliquer aux élèves, en bon historien ou prof de morale, qui était celui qui a donné son patronyme à notre nouvelle école secondaire", reconnaît son fils spirituel, après avoir décroché le cadre évoquant l’hommage qu’il lui a rendu, il y a 24 ans, à Paris.

"François Mitterrand m’a toujours fasciné par sa volonté incessante, durant deux septennats, d’apporter toujours plus de justice sociale. C’était aussi un précurseur de la pédagogie active, qu’il prônait pour véritable ascenseur social. Notre nouvelle école secondaire mérite, à ce titre, de porter son nom dans une entité frontalière", assène, d’un air péremptoire, le représentant du pouvoir organisateur du CEME.

Daniel Senesael n’a pas la prétention d’arriver à la cheville de François Mitterrand. Mais il aspire, encore et toujours, à marcher dans ses pas.