Olivier Lowagie est le commandant de la zone de secours de Wallonie picarde. Entretien. 

Fils de pompier, ancien commandant des pompiers de Mouscron, Olivier Lowagie est aujourd’hui le commandant de la caserne de Tournai et celui de la zone de secours de Wallonie picarde. Il gère le passage en zone. Comme un chef d’orchestre, il est en quête d’harmonie.

Et ça, c’est en plus de votre quotidien.

"Exactement. Les services incendie, c’est avant tout 25.000 interventions ambulances et incendie en Wallonie picarde. Ça, c’est notre quotidien. Mais il y a tout le travail en amont. Nous faisons cela pour les pompiers et pour les citoyens. Pour améliorer l’intervention, la rapidité de l’intervention et/ou la qualité de l’intervention."

La qualité de l’intervention ?

"Oui, c’est important. Encore ce mercredi, nous avons reçu le courrier d’un expert mandaté par une compagnie d’assurances qui nous demande d’expliquer nos méthodes d’intervention. Nous sommes parfois attaqués suite à des interventions. Cela fait également partie de notre quotidien maintenant. Quand nous sommes mis en cause, et je ne dis pas que nous sommes responsables, nous devons pouvoir répondre. Il faut donc que nos interventions soient sans faille. Le niveau d’exigence vis-à-vis de la zone de secours est en hausse. Nous devons l’atteindre pour éviter des procès éventuels. D’où les investissements que nous menons au sein de la zone de secours."

Et ces investissements sont nombreux ?

"Nous avons de gros chantiers en cours. Le redéploiement des casernes notamment. Les décisions sont prises et maintenant, il faut les mettre en pratique et en musique. Cela commence dès le mois d’août avec le démarrage de la phase projet avec Ipalle et un bureau d’études qui traduira nos besoins en cahier des charges. Nous poursuivons en même temps la procédure d’acquisition des terrains pour les trois nouvelles casernes. Le dossier le plus avancé est celui de Rebaix. Les deux autres casernes seront situées à Evregnies et à Blaton. Il y a encore bien d’autres chantiers : le dispatching, la formation, le recrutement, l’achat de matériel roulant et d’équipement des pompiers, la prévention incendie, la planification d’urgence, le recensement des ressources en eau…"

On a parfois l’impression que cela prend beaucoup de temps.

"Tout prend plus de temps qu’avant. Par exemple, avant, on gérait en bon père de famille mais on avait moins de contraintes. Quand on avait besoin d’une tenue, on regardait chez divers fournisseurs et on achetait. Aujourd’hui, pour 200 tenues, il faut passer par un marché public."

Tout cela semble bien loin du métier de pompier.

"C’est un autre boulot, c’est clair. Un boulot que j’essaie de faire avec les compétences qui sont les miennes, avec mes qualités, et en maîtrisant mes défauts. Ce n’est pas facile tous les jours, mais c’est passionnant. C’est comme être entraîneur d’une équipe de football dans un stade où il y a 10.000 autres entraîneurs. Mais moi seul entraîne l’équipe. Et comme l’entraîneur, j’ai aussi des patrons, les bourgmestres des communes de la zone, qu’il faut essayer de satisfaire."

Vous sentez-vous encore pompier ?

"Bien sûr ! Ce n’est pas parce que je ne vais plus tous les jours en intervention que je ne suis plus pompier. Je vais d’ailleurs encore sur le terrain, pour être au contact des pompiers aussi. Ça me semble important. C’est le rôle du chef, des chefs, d’être le soutien moral. Et puis, se sentir pompier, ce n’est pas avoir un casque sur la tête. C’est tout d’abord se sentir prêt à aider les gens. Si je suis pompier, c’est pour ça. Nous avons un métier noble, c’est vrai, pas facile, c’est vrai aussi. Un métier souvent différent des autres car nous voyons l’envers du décor. Mais c’est avant tout un métier pour la population. Toute action que nous prenons, in fine , c’est pour aider les gens. C’est la volonté des pompiers. De tous les pompiers. Même des administratifs. Le mot service est important à mes yeux. Je trouve cela même dommage d’avoir changé le mot service incendie en zone de secours . Je n’en fais pas un fromage mais, symboliquement, c’est dommage que le mot service ait disparu."

Propos recueillis par Laurent Dupuis