Une Ducasse d’Ath avec son controversé Sauvage

La Ducasse d’Ath 2022 sera "habituelle". Avec aussi son personnage du Sauvage qui est montré du doigt par certains.

F.H.
Ath, Bruno Lefebvre
©CPEFT

Après deux années d’interruption, la Ducasse d’Ath retrouve ses traditions multiséculaires et ses habitudes parfois solidement ancrées dans le terreau local.

Parmi celles-ci, figure le personnage du Sauvage, un acteur du cortège folklorique présent sur la barque des pêcheurs napolitains, un groupe créé en 1856.

"Le groupe est créé par une association, les Matelots de la Dendre, qui s'est fait connaître en organisant des spectacles, essentiellement des opéras-comiques et des opérettes" lit-on sur le site web de la Ville, et de l'Office du tourisme en particulier. "La "barque" évoque probablement un opéra de 1827, "Masaniello ou le pêcheur napolitain", qui met en scène un héros révolutionnaire du XVIIe siècle. Le personnage du Sauvage apparaît plus tardivement en 1873. À l'origine, il ne représente pas un Africain, mais bien un Amérindien issu d'une île légendaire de Gavatao (qu'on pourrait situer dans les Caraïbes). Il s'agit en effet d'une représentation stéréotypée d'un Amérindien (peau noire, pagne et coiffe à plumes, massue, anneaux) telle qu'on peut la retrouver dans de nombreuses illustrations depuis le XVIIe siècle."

Débat pas neuf

À plusieurs reprises, au cours du XXe siècle notamment, le personnage du Sauvage a suscité le malaise, comme au lendemain de la Deuxième guerre mondiale en raison de la présence de GI’s ou encore un peu plus tard quand des étudiants africains ont rejoint l’Institut agricole d’Ath.

Régulièrement relancé, le débat s’est rouvert avec davantage d’instance en 2019 quand un groupuscule de Bruxelles a dénoncé le caractère raciste, à son sens, de cet élément du cortège de la Ducasse d’Ath, à travers le blackface mis en scène sur le char en question.

"Même si la pandémie de Covid a perturbé l'organisation de la Ducasse et que le personnage n'est pas sorti en 2020 et en 2021, le débat n'est pas terminé" notent les autorités communales athoises. "La problématique des relations multiculturelles et du racisme est restée au cœur de l'actualité de ces derniers mois. L'UNESCO et la Fédération Wallonie – Bruxelles, deux institutions qui ont classé et reconnu la Ducasse d'Ath, ont demandé à la Ville d'Ath d'ouvrir une réflexion et une discussion sur le personnage du Sauvage."

Table ronde et forum

En juin 2021, une table ronde a ouvert un débat dans tous les sens. Des initiatives ont aussi été lancées dans les écoles. Et au printemps 2022, la Ville a ouvert un forum et une enquête afin d’informer, mais aussi de recueillir les sentiments de la population.

Ouverte au plus grand nombre (à travers le monde!), l’enquête a été complétée par 1304 personnes parmi lesquelles celles âgées de 26 à 45 ans étaient majoritaires (560) et essentiellement issues d’Ath (859, soit 66%) ou du "bassin de vie" (269).

La plupart participent "toujours" à la Ducasse (1085) ou au moins occasionnellement (182).

"Ça ne choque pas"

Trois questions ont été posées dans ce forum.

La première: le Sauvage vous choque-t-il? Avec une déclinaison des différents "attributs" du personnage (grimage, chaînes, anneau, plumes, etc.). Constat: le personnage ne choque pas vraiment; toutes les réponses restent en deçà de 10%. Et les chaînes pourraient choquer "le plus", à côté de son "attitude"."Ils le connaissent depuis qu'ils sont enfants; ils possèdent les clés de lecture" note Laurent Dubuisson, directeur de la Maison des géants.

"Mais on comprend qu’il puisse choquer"

La deuxième question était ainsi libellée: comprenez-vous que le Sauvage puisse déranger d’autres personnes? Les réponses sont équilibrées: oui pour 48,5%, non pour 50,5%. Les

"Non, il ne faut pas confondre folklore et politique, notre Sauvage ne vise aucune communauté ni aucune personne, il doit rester, comme tout notre folklore c'est une partie de notre histoire de plus de 500 ans et ça ne peut s'effacer" avancent les uns. "Oui, c'est du racisme systémique qui ne respecte pas les personnes noires descendantes de nos colonies" disent les autres. Ou encore: "je comprends l'image que cal peut renvoyer: violence, racisme ".

Ce sont des personnes âgées de 26 à 45 ans qui sont les plus choquées.

On pourrait faire évoluer le personnage

Enfin, la troisième question prenait le pouls en lien avec une éventuelle évolution: y a-t-il des éléments à modifier? Il y a nettement une évolution: près de 40% des participant(e)s à l’enquête estiment que des changements peuvent être apportés. Lesquels? Les chaînes sont citées en premier lieu, devant le grimage et l’attitude. Et d’aucuns suggèrent de faire évoluer la coloration vers les teintes de la cité.

"L’évolution n’est plus un tabou, mais…"

"Ce n'était pas un sondage pour/contre le Sauvage" concluent les responsables athois. "C'est une prise de pouls. Le débat reste vif, mais il est plus nuancé qu'on aurait pu le croire. On constate un grand attachement des Athois (es) à leur sauvage. Mais un questionnement est apparu. L'évolution du personnage n'est plus un tabou."

Justement, peut-on s'attendre à une évolution de ce personnage? Pour 2022, il n'en est pas question pour les autorités communales. Et ensuite? Le bourgmestre Bruno Lefebvre reste un peu vague. Une chose est certaine: "on ne nous imposera pas le changement… Sauf si la loi devait changer: si demain, une loi interdit le blackface, les choses seront claires; mais nous n'en sommes pas là. Nous ne sommes pas fermés à tout; mais ma pire crainte, c'est qu'on crée le sentiment contraire (NDLR: celui d'un racisme) en voulant imposer quelque chose…"

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