A la suite de la polémique à laquelle a donné lieu la dernière édition de la ducasse voici bientôt deux ans, la ville d’Ath a été sollicitée par l’Unesco et par la fédération Wallonie-Bruxelles pour mener une réflexion sur le Sauvage et de manière plus générale sur la pratique du black face dénoncée, à l'époque, par le collectif des Bruxelles Panthères. La Maison des Géants, la maison culturelle (MCA) et l'asbl Rénovation du Cortège se sont associées pour organiser une première rencontre dans le but d'ouvrir un dialogue apaisé et constructif.

Si la crise sanitaire a ralenti le processus, celui-ci est désormais bel et bien lancé. Près d'une quarantaine d'Athois impliqués dans ce folklore ancestral ainsi que différents associations de lutte contre le racisme viennent de participer à une journée de réflexion dans la cité des Géants. Celle-ci fut l'occasion pour les uns et les autres d'échanger des points de vue sur la question tout en partageant leurs sentiments.

Durant la matinée, trois intervenants ont pris la parole, à savoir Laurent Dubuisson, directeur de la Maison des Géants, Françoise Lempereur, professeure du patrimoine immatériel à l’ULG et Florence Pondeville, juriste à UNIA, institution publique indépendante luttant contre les discriminations et défendant l'égalité des chances.

La problématique du black face a été abordée en trois temps, sous forme d'autant de questions. Quel est le rôle du Sauvage? Quelle est la représentation de l'autre et des étrangers dans le folklore? Qu'est-ce que le blackface et en quoi peut-il choquer?

Une fois le contexte posé et les différents points de vue exposés, les citoyens se sont rassemblés en sous groupe pour lancer les discussions. Ces tables rondes n'ont pas rassemblé des experts mais des citoyens issus d'horizons très divers. Des musiciens, des porteurs, des figurants, dont des membres de la barque napolitaine sur laquelle le Sauvage se met en scène, des Athois(es) amoureux ou non de leur folklore, sans oublier des représentants d’associations de personnes étrangères, ont exposé à tour de rôle leurs ressentiments.

À Ath, il ressort de ces échanges que le folklore doit rester inclusif. "La volonté de travailler de manière collective sur ce qui pose problème est unanime", soulignent les organisateurs. Si la controverse autour du black face ne concerne pas que la ville d’Ath, c’est la première commune qui a décidé de confier ce débat de société à la collectivité. Une démarche citoyenne et participative inédite.

Si pour la population locale, le Sauvage représente un personnage qui n’a aucune intention négative, il est clair qu’il n’est pas compris ni perçu de cette façon là par tout le monde. Cette journée constitue une première étape vers une probable évolution de ce personnage grimé de noir. Un travail de communication pédagogique sera néanmoins réalisé pour expliquer en quoi le Sauvage est ce héros positif aux yeux de toute une ville. Rassurons ses admirateurs, celui-ci sera bien présent au sein du cortège folklorique en août prochain pour autant bien sûr que la situation sanitaire permette à la ducasse d'avoir lieu.

"Ce n'est pas un débat facile et celui-ci ne se règlera pas en deux temps trois mouvements. Derrière le personnage du Sauvage, il n'y a aucune intention de blesser ou de colporter un message à caractère xénophobe. Cela ne correspond absolument en rien aux valeurs de tolérance et de partage que véhicule une fête familiale comme celle de la ducasse. Force est pourtant d'admettre que cette star du cortège, véritable porte-bonheur pour les locaux, suscite une incompréhension et un malaise chez pas mal de gens de l'extérieur. La ville d'Ath ne pourra pas éternellement vivre dans sa bulle. A un moment donné, il faudra en tirer les conclusions car nous vivons dans un monde de plus en plus ouvert, globalisé et hyper connecté au travers des réseaux sociaux", commente Laurent Dubuisson, responsable de la Maison des Géants.