Encore trop tabou, c’est pourtant un sujet d’ordre social, médical et économique. Avoir ses règles, c’est une réalité de plus de 3 millions de femmes dans notre pays. En Belgique, on estime qu’une femme dépense en moyenne au cours de sa vie près de 5300€ en protections périodiques. Un coût qui est loin d’être anodin pour de nombreuses femmes en situation de précarité.

Luttant contre la précarité menstruelle, l’asbl BruZelle a été contactée par deux citoyennes athoises, Laurence Meunier et Aurore Renard, pour mener à bien un projet collaboratif et pérenne dans la cité des Géants. Leur objectif est de faciliter l'accès aux produits d'hygiène intime en organisant des collectes de protections périodiques.

Autour de ces deux jeunes femmes s'est rapidement constitué un groupe de travail rassemblant le tissu associatif local (planning familial), Amosa, Infor jeunes, Croix Rouge, Saint Vincent de Paul, le Carré, l’Agora Club du Pays Vert), les acteurs sociaux de la Ville (CPAS, Service Jeunesse et cohésion sociale) ainsi que Jessica Willocq, échevine de l’égalité hommes/femmes (Ecolo) qui avait déjà été interpellée à ce sujet par la section locale de son parti.

Ce projet vise à lutter contre la précarité menstruelle dont les femmes font l’objet, laquelle a pour origine le manque d’information ou le manque de système de prise en charge adapté comme par exemple le coût élevé des protections hygiéniques. En effet, celles-ci sont payantes alors que ce sont des protections essentielles pour toutes les femmes, sans exception. Pour les femmes précarisées, l’inégalité est encore plus criante puisqu’elles sont parfois obligées de s’en passer ou de les garder plus longtemps au risque de mettre leur santé en danger. Cela peut même mener à des infections qui peuvent parfois être mortelles.

Le contexte de crise sanitaire a encore rendu plus difficile l’accès des femmes à ces produits même si le gouvernement fédéral a déjà baissé la TVA de 21% à 6% sur ceux-ci. Cette victoire a été rendue possible grâce à la mobilisation des associations de femmes et en particulier du collectif Belges et Culotées. "Il est essentiel de renforcer l’accessibilité à ces produits. Quand on va au cinéma ou à l’école, on ne doit pas apporter son papier toilette !", font remarquer à juste titre les deux initiatrices de l'opération athoise qui complètera les actions de la fédération Wallonie-Bruxelles, dont celle votées le 9 mars dernier qui vise à mettre à disposition des protections périodiques dans toutes les écoles du primaire au supérieur.

"La précarité menstruelle est un enjeu réel dans la lutte pour les droits des femmes et il nous paraissait important de lancer ce projet car la crise sanitaire ne fait qu’augmenter la précarité générale, touchant principalement des femmes. En tant qu’échevine de l’Enseignement et de la Jeunesse, je soutiendrai nos écoles dans la mise en place des propositions de la FWB et nous continuerons à proposer des animations EVRAS (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle) en collaboration avec le planning familial pour informer les étudiantes", commente Jessica Willocq. 

La crise sanitaire n'arrange rien 

Concrètement, différents points de collecte et de distribution de ces produits de première nécessité seront répartis sur le territoire de l'entité. Les citoyens pourront s'y rendre pour faire leurs dons via une boîte à l'effigie de l'association Bruzelle qui lutte contre la précarité menstruelle. En voici la liste: Croquez Nature (rue Ernest Cambier 37), la Croix-Rouge (chaussée de Bruxelles 146), la pharmacie Multipharma (chaussée de Mons 83), l'administration communale d'Ath au guichet d'accueil (rue de Pintamont 54), le cabinet Beuriot / Agora Club du Pays Vert (rue du Collège n°4) et enfin la pharmacie Ronlez à Ghislenghien (chaussée de Grammont 55)

Au fur et à mesure de l’avancée du projet, de nouveaux lieux viendront compléter ce réseau. Les généreux donateurs sont invités à déposer uniquement des serviettes hygiéniques jetables et emballées individuellement pour des questions d'hygiène. Si le tampon peut sembler une alternative intéressante à la serviette menstruelle, son utilisation est souvent déconseillée pour les femmes qui vivent en situation de grande précarité et principalement dans la rue. "Etre sans domicile fixe entraîne souvent la perte de la notion du temps. L’utilisation d’un tampon implique son remplacement à intervalles réguliers et, si ce n’est pas le cas, il y a un risque de choc septique. Sur les conseils des acteurs de terrain, nous avons pris la décision de ne plus collecter ni distribuer de tampons dans les trousses BruZelle."

Quant à la la coupelle menstruelle, elle peut sembler pratique, respectueuse de l’environnement et financièrement abordable mais il faut penser à la vider, la rincer, la laver, la stériliser et la conserver dans de bonnes conditions d’hygiène. Le manque d’accès régulier à l’eau courante et à des conditions d’hygiène satisfaisantes rendent l’usage de la coupelle menstruelle compliquée. Nous avions réfléchi à cette possibilité et nous ne l’avons finalement pas retenue. Le but est de les distribuer gratuitement et dans la dignité aux personnes menstruées en situation de précarité via les associations partenaires. Plusieurs lieux seront des lieux de distribution (privés/communaux) où les citoyennes pourront se fournir en protection gratuitement."