Ce reconfinement d'un mois imposé aux métiers de contact par le Codedo est celui de trop pour Mourad. Même dans ses pires cauchemars, ce jeune coiffeur ne s'attendait pas à devoir refermer le salon qu'il exploite depuis maintenant sept ans dans la capitale du Pays Vert. 

"Je n'ai jamais imaginé que ce scénario aller se reproduire une 3e fois. Depuis la reprise de nos activités le 13 février dernier, nous avons respecté à la lettre toutes les directives du gouvernement et des experts sur le plan sanitaire. Personnellement, j'ai investi plus de 2000€ dans du matériel (détecteur CO2, etc.) permettant d'accueillir la clientèle dans des conditions d'hygiène et de protection optimales. Et voilà que cinq semaines plus tard, malgré tous les efforts consentis, notre secteur est à nouveau pénalisé et mis à l'arrêt pour un mois", déplore Mourad.

Pour notre interlocuteur comme pour ses collègues exerçant un métier de contact, il s'agit d'un nouveau coup très dur dont certains risquent de ne pas se relever malgré les aides régionales et fédérales accordées pour compenser tant bien que mal les importantes pertes de revenus. 

"Pendant ce temps-là, les factures continuent à tomber, les loyers aussi. La personne à qui je loue ce rez-de-chaussée dans le centre-ville pour exercer mon métier comprend ma situation mais la sienne n'est guère plus enviable. Il a aussi un crédit à rembourser auprès de sa banque et celle-ci ne lui fera aucun cadeau. J'ai droit au double droit-passerelle tout en ayant touché la prime de 3750€ de la Région Wallonne. C'est déjà mieux que rien tout en restant largement insuffisant pour faire face à toutes mes charges qui s'élèvent entre 4000€ et 6000€ par mois", poursuit Mourad. 

Employant trois indépendants et un ouvrier à temps plein, ce dernier commence à s'interroger sur son avenir professionnel. "Je me demande de plus en plus si cela vaut encore la peine de continuer. Depuis la réouverture du salon le mois dernier, je travaille à perte. Mon chiffre d'affaires a chuté de 70%. Heureusement que la passion de coiffer est toujours là et que ma compagne travaille dans un secteur qui n'est pas impacté. Elle m'aide financièrement ainsi que ma belle-mère, sans quoi j'aurai déjà dû mettre la clé sous la porte."

La situation est à ce point problématique que Mourad a été contraint récemment de fermer temporairement son 2e salon de coiffure à Lessines et de regrouper ses activités dans la cité des Géants. Le 29 mars prochain, il compte bien participer à la manifestation prévue à Bruxelles pour protester contre les mesures du Codeco qu'il n'est pas le seul à juger injustes et incohérentes, pour ne pas dire tirées par les cheveux sans vouloir faire un mauvais jeu de mots.  

"Il est temps de bouger et de faire pression sur les dirigeants en leur faisant comprendre que cela devient une question de survie pour beaucoup d'entre-nous. Le pire, c'est que nous n'avons aucune garantie que la situation sanitaire sera meilleure dans un mois. La campagne de vaccination est beaucoup trop lente. A ce jour, seulement 10% de la population belge a été vaccinée. A ce rythme-là, nous ne sommes pas sortis de l'auberge."