Comme il fallait s'y attendre, la polémique autour des vaccins administrés à des membres du personnel communal non prioritaires n'est pas passée sous silence lors du conseil communal d'hier soir. Brûlante d'actualité, la question été soulevée par Pascale Nouls qui a émis le souhait de savoir avec précision le nombre exact de travailleurs de la Ville ayant reçu la première dose.

En préambule, la conseillère de l'opposition (La Liste Athoise) s'est dite très étonnée de la tournure prise par la campagne de vaccination organisée dans la cité des Géants depuis qu’un enseignant de l’école Saint-Joseph a dénoncé cette pratique qui continue à faire débat sur les réseaux sociaux. "Ce n’est pas l’opposition qui a mis le feu aux poudres en ce qui concerne les priorités vaccinales mais bien les enseignants du réseau libre par le biais d’un communiqué de la RTBF du journal de 13h du 23 mars dernier. En tant que médecin, il était de mon devoir de m’intéresser aux ordres de priorité de la vaccination, moi-même n’ayant pu en bénéficier à Epicura faute de doses disponibles."

Assurant quelques permanences médicales sur le site du Ceva, le docteur Nouls est la première à reconnaître que l’intention de départ visant à ne pas gaspiller les doses excédentaires était louable de la part de la Ville mais que tout a dérapé par la suite selon elle. 

"Au lieu de reconnaître cette erreur et de faire votre mea culpa, vous vous enfoncez dans les contre-vérités et des justifications non fondées. Peu à peu, vous perdez la confiance d’une partie de la population sans même vous en rendre compte. Plusieurs personnes m’ont informé par mail qu’il existait bien une liste administrative établie par la commune. Nous soutenons tout le personnel communal mais ce groupe n’est pas une priorité pour la vaccination. Seule la circulaire ministérielle de novembre 2020 est d’application pou vous comme pour nous soignants. Même le gouverneur s’inquiète de ce rififi athois", dixit la mandataire LLA. 

"Je sais que le bashing du bourgmestre est quelque chose que vous appréciez particulièrement. Je ne vais pas parler de récupération politique ou de propos diffamatoires puisque vous et votre groupe l’avaient fait à ma place", a répliqué le bourgmestre, avant de demander au directeur général d'apporter les éclaircissements nécessaires pour en finir avec cette controverse. 

"Ces derniers jours, j'ai entendu beaucoup de choses qui ne me semblent pas tout à fait correspondre à la chronologie ni aux circonstances des évènements", a commenté Bruno Boël. Le premier fonctionnaire de la capitale du Pays Vert est ensuite entré dans le vif du sujet en expliquant que le samedi 27 février, vers 14h, il avait reçu un appel téléphonique de la coordination médicale de vaccination alors installée à Epicura pour lui signaler qu'il restait des doses inutilisées et que pour ne pas les jeter, celles-ci pouvaient profiter à des membres du personnel communal intéressés pour autant qu'ils se présentent avant 15h30 au centre hospitalier. 

"A l'époque, nous étions toujours dans la phase 1 dédiée au personnel médical de première ligne, bien avant donc l'ouverture du Ceva en centre de vaccination destiné au grand public. La Ville n'a rien demandé ni forcé aucune décision. Si les gestionnaires médicaux de la vaccination sont venus vers moi, je suppose que c'est parce qu'ils n'avaient pas d'autre option que celle-là. Avec le recul, j'aurai peut-être mieux fait de ne pas décrocher du tout", poursuit Bruno Boël. 

Un processus d'exception

Après en avoir discuté avec le conseiller en prévention de la Ville, le directeur général a choisi de relayer l'information auprès du personnel communal le plus exposé au virus, à savoir les employés des services population / état civil, l'accueil, les fossoyeurs et les éboueurs, de même que les 3/4 des services techniques en permanence sur le terrain. "Dans les délais très courts qui m'étaient impartis, je suis arrivé tant bien que mal à envoyer quelques candidats à Epicura. Dans la foulée, j'ai adressé une note à l'ensemble du personnel en indiquant que la démarche s'inscrivait dans un processus d'exception, avant de l'inviter à son tour à se porter volontaire. Cette note interne ayant fuité de l'administration n'avait pas vocation à subsister après l'ouverture du centre de vaccination."

Tout en insistant sur le fait que la ville d'Ath n'a aucun pouvoir de décision ni droit de regard dans le cadre de la gestion des listes de patients prioritaires, Bruno Boël a rappelé que celle-ci était du ressort exclusif de l'Aviq et que pour satisfaire aux obligations légales de cet organisme dépendant de la Région Wallonne, le personnel recruté pour officier dans un centre de vaccination devrait préalablement se faire vacciner. Sur les bords de la Dendre, trois membres du personnel communal l'ont été, de même que 37 nouveaux engagés et étudiants dédiés au centre de vaccination, entre le 3 et le 16 mars sur base d'une liste fournie par la Ville le 2 mars. 

Pour le directeur général, il était impossible de créer en 24h un système informatique d'inscriptions volontaires sécurisé. A supposer même que nous ayons eu le temps d'opérer des consultations externes, je me demande sur quels bases juridiques et critères objectifs nous aurions pu sélectionner le personnel enseignant des autres écoles de l'entité. Bruno Boël a enfin fait savoir que d'autres villes avaient dû agir de la sorte après que leurs centres de vaccination respectifs se soient retrouvés avec d'importants stocks de vaccins à injecter dans un laps de temps très court sous peine de finir à la poubelle.