Au moment où le Gouvernement wallon veut mettre fin à l’étalement urbain, et deux mois après les graves inondations qui ont touché le sud du pays, le débat entendu lors du dernier conseil communal de Frasnes est assez exemplatif quant à la nécessité d’envisager de manière plus globale l’aménagement du territoire.

Le conseiller communal Michel Delitte (Horizon Citoyen) met en garde face à un phénomène d’urbanisation plus intense que jamais à Frasnes. “Le développement urbanistique doit se faire dans le respect des milieux naturels, en tenant compte des zones inondables et en veillant à la sauvegarde du cachet rural, marque de fabrique du Parc naturel du Pays des Collines”.

Il revient sur la convention “ In house ” conclue avec l’intercommunale IDETA pour étudier l’intégration de projets immobiliers sur le territoire de Saint-Sauveur. “Quand j’interpelle la commune pour savoir de quels projets immobiliers il s’agit, on me répond qu’il s’agit d’un projet global au sein du village. La commune ne va tout de même pas débourser 15 000 € pour une étude dont le collège ne connaît même pas les projets précis. Ne pensez-vous pas, au vu des coulées de boue et des inondations déjà connues sur le village, que ces risques risquent d’être amplifiés ?”

Michel Delitte cite aussi le projet immobilier envisagé au hameau de la Taillette, pour lequel le collège a donné un avis préalable positif pour onze habitations. “Est-il concevable de permettre un tel projet immobilier dans un site naturel privilégié sur les hauteurs de Frasnes, non loin de la chapelle Notre-Dame des Champs ? Est-ce opportun de donner systématiquement un avis favorable pour tout projet immobilier en zone constructible ?", interroge l’élu frasnois, selon qui il est temps que la commune se munisse d’un guide communal d’urbanisme et d’une charte paysagère.

“Plus de maison, ni de ruine, encore à vendre…”

André Duty, échevin en charge de l’urbanisme et l’aménagement du territoire, confirme que les villages de l’entité font l’objet d’une grosse pression immobilière. “Il n’y a plus de maison ni de ruine encore à vendre sur notre territoire. Sur Saint-Sauveur, un terrain assez conséquent vient effectivement d’être vendu (entre les rues des Combattants et de la Poste, derrière la boulangerie) pour mener un gros projet immobilier, et il y a une demande pour mettre en route une ZAC (zone d’aménagement concerté)”.

Si la commune s’appuie sur Ideta pour étudier la situation, c’est pour aider à prendre une décision au moment des demandes de permis. “Car on n’a pas forcément au sein de nos communes du personnel formé sur ces matières fort pointues. Quelles sont nos réserves immobilières sur Saint-Sauveur ? Les terrains encore constructibes sont-ils suffisants ? Devons-nous déclencher cette ZAC ? On verra en fonction du résultat de cette étude”.

“Recentrer le bâti autour des villages”

Michel Devos (PS) rappelle qu’il existe une charte paysagère élaborée par le parc naturel. “Il convient que les communes qui adhèrent au parc naturel adhèrent aussi à ce document”.

Si Marie-Colline Leroy (Écolo) plaide elle aussi pour l’élaboration d’une charte d’urbanisme, ça n’empêche pas de solliciter la CCATM. “L’aménagement du territoire est une matière extrêmement compliquée, cet organe-là peut aussi désamorcer des énervements sur les réseaux sociaux car les gens n’ont pas accès aux informations. Plus de transparence peut apaiser les choses”.

“Ce n’est pas parce qu’un terrain est à bâtir qu’on peut y faire n’importe quoi”, dit Didier Verdonck (Écolo) au sujet du projet du hameau de la Taillette. “Des communes comme Péruwelz et Enghien ont établi des chartes en matière urbanistique, lors d’extension de logements et de projets immobiliers. À Saint-Sauveur, on voit déjà des maisons pousser comme des champignons. Si on rajoute encore des lotissements ou des grands nombres de maisons, on ne va bientôt plus distinguer Saint-Sauveur de Renaix. Il faut recentrer le bâti autour des villages sinon on n’aura bientôt plus de collines. La commune a une position à défendre en la matière”.