À l’unanimité, le conseil communal vient d’adopter une motion de soutien appelant les Nations unies à garantir la protection du docteur Denis Mukwege ainsi que celle de ses proches.

Bien avant que ne lui soit décerné le prix Nobel de la paix en 2018, à Oslo, la ville d’Ath entretenait déjà des liens très forts avec ce médecin gynécologue qui, depuis une vingtaine d’années, soigne et opère de très nombreuses femmes mais aussi des enfants victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo.

En décembre 2014, à l’invitation du Rotary Club athois dont il est devenu membre d’honneur au même titre que celui de citoyen de la cité des Géants, le docteur Mukwege était venu livrer au Palace un témoignage bouleversant sur le travail chirurgical qu’il effectue quotidiennement au péril de sa vie à l’hôpital de Bukavu, ville frontalière du Rwanda située à 2 000 km de la capitale Kinshasa.

Ce jour-là, les spectateurs avaient pu découvrir en avant-première mondiale L’homme qui réparait les femmes, titre du documentaire qui lui a éte consacré.

Depuis lors, la situation sur place ne s’est guère améliorée comme l’ont fait savoir au bourgmestre les responsables du Rotary ainsi qu’Emmanuel Mukwege, frère du célèbre chirurgien suscitant le respect et l’admiration aux quatre coins du globe.

"Hélas, les viols sont toujours d’actualité. À ce jour, le docteur Mukwege a dû réparer plusieurs dizaines de milliers de femmes abusées sexuellement et mutilées au niveau des parties intimes avec des couteaux ou encore de la soude caustique. Face à de tels actes de barbarie, on en vient presque à désespérer de la race humaine", commente Jean-Claude Malice, du Rotary.

Vivant à Ath depuis 20 ans tout en étant pasteur à Péruwelz, le frère du docteur nobellisé communique pour ainsi dire avec lui quotidiennement. "Cette motion des élus athois l’a beaucoup touché et il en est très reconnaissant."

Notre interlocuteur confirme que des groupuscules continuent à semer la terreur parmi la population tout en exploitant les richesses économiques du pays. "Malgré le contexte, mon frère fait preuve d’un courage et d’un sang froid exemplaires. À sa place, j’aurais déjà jeté l’éponge."

Bien que son frère bénéficie d’une protection de l’Onu, il ne peut cacher son inquiétude. Lors de l’attentat de 2012 dont il fut la cible et qui coûta la vie à l’un de ses collaborateurs, le Dr Mukwege a séjourné plusieurs mois dans la capitale du Pays vert.

"Bien qu’en sécurité, cet exil le déprimait. Il avait le sentiment d’avoir abandonné et trahi ces femmes qui ont tant besoin de lui. Malgré le danger, je ne le vois pas vivre ailleurs tant il est né pour vouer sa vie aux autres…"

Bruno Deheneffe