Lessines n’est pas seulement la ville natale de René Magritte, un des maîtres de la peinture surréaliste.  C'est aussi une terre dédiée aux soins de santé dont l'hôpital Notre-Dame à la Rose, joyau du patrimoine local, est l'emblématique témoin depuis le 13ème siècle. La région reste imprégnée par l'usage des plantes médicinales qui a marqué son passé. Cette spécialité se prolonge à travers l’activité de certaines distilleries ou d’herboristeries de référence. Celle-ci a également donné lieu à une tradition de guérisseurs et de rebouteux immortalisée par Magritte dans le motif du Thérapeute, celui qu’il consulta après s’être fait une entorse dans les carrières!

Un partenariat artistique s’est noué entre la compagnie Arts nomades basée à Bois-de-Lessines et le centre culturel René Magritte dans le but de monter un spectacle dont la thématique est on ne peut plus d'actualité en ces temps épidémiques puisqu'il évoque notre rapport à la médecine et s’inscrivant dans la lignée du théâtre de tréteaux et des comédies de Molière.

Préparée dans les prochains mois, cette création théâtrale est destinée à être jouée en 2021 et 2022, d’abord à Lessines puis ailleurs. Elle sera le porte-étendard d’une plus vaste opération culturelle valorisant le riche terreau lessinois en matière de soins de santé et s’étendant à différentes collaborations. Le sujet est d’ailleurs déjà exploité à travers des ateliers d’écriture dans les classes d’histoire (5e et 6e années secondaires) de l’Athénée royal René Magritte.

Baptisé Tabarin, ce projet a été imaginé avant de savoir que la pandémie gouvernerait notre quotidien. L’ère Covid-19 n’a fait depuis que renforcer ce sentiment d’avoir choisi un focus pertinent, riche d’héritage et d’actualité, de racines locales et d’intérêt général.

Une étape importante vient d’être franchie en ce sens que le projet a bénéficié de la reconnaissance de la fédération Wallonie-Bruxelles, via le programme “Un futur pour la Culture” qui financera les premières étapes de sa création (résidences d’artistes, travail d’écriture, répétitions…) prévues ce printemps. La compagnie vient quant à elle d’investir dans ses propres tréteaux en bois (ceux du théâtre de la Sonnette), en guise de tremplin à ce programme.

La quête du remède miracle et de la guérison à tout prix est vieille comme l’humanité comme l’est la peur de la maladie. Elle devint un motif particulier de la scène théâtrale aux XVIe et XVIIe siècles. C’est l’époque, outre du “Médecin malgré lui” ou du “Malade imaginaire”, des comédiens-charlatans. Dans les spectacles de foire, très populaires, la représentation se mélange naturellement à la vente de potions et d’élixirs, à des opérations d’arrachage de dents et de lithotomie (trépanation). 

En termes de connaissances et d’avancées médicales, 2021 n’est bien sûr pas comparable au Grand siècle. Mais bien que nous sommes censés être la génération la plus informée de l’histoire de l’humanité, nous avons l’impression que nous pouvons toujours, tels les badauds des charlatans, avaler n’importe quelle couleuvre. Leurs promesses continuent de sonner à nos oreilles comme une alternative tentante aux limites ou rigueurs de la science.

Les comédiens d'Arts nomades ont décidé de se réemparer de la tradition des tréteaux et du théâtre de la médecine. Non pas pour vous vendre de la poudre de perlimpinpin. Mais pour créer, en collaboration avec le CCRM, un spectacle qui interroge les discours sur notre santé, dans un voyage à la frontière de l’info et de l’intox, dressant un pont du charlatanisme aux fake news, de la foire aux écrans…